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La mort d’Ivan Ilitch , Yves-Noël Genod sort le cliché de l’ombre

08 février 2012 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Encore plus de radicalité. Encore plus de fulgurance. Trois représentations de La mort d’Ivan Ilitch sont présentées dans le cadre du « festival » Hors-Série du Théâtre de la Bastille visant à mettre en lumière des artistes encore underground. Après avoir utilisé le jour comme éclairage au TCI pour Oui/Je peux, c’est au noir total, dit théâtral qu’Yves-Noël Genod nous invite pour un voyage tendre, violent et mélancolique au pays des paroles de Julio Iglesias.

Il s’approche du public, prêt à s’y fondre, liane blonde, et nous propose d’une douce voix d’éteindre nos portables à l’aide d’un vers récemment découvert d’Apollinaire : « Nous voulons explorer la bonté, contrée énorme où tout se tait». Le silence se fait, le noir promis est cassé par un fluo blanc. Un homme est comme expulsé des gradins et se jette sur scène avant de disparaitre dans la pénombre. Il ne parle pas, il chante « Je sais, en amour il faut toujours un perdant; j’ai eu la chance de gagner souvent… Je t’ai perdue, pourtant. »

Il a la voix de Julio, il la brise un peu. Bientôt il sera nu et cela se fera dans une douce tristesse. Lui qui livre son âme par le biais de ces textes sur-connus expose son corps, sa pisse, sa morve comme vecteurs exutoires de l’angoisse. Le comédien est habité par la performance dans un clair-obscur inspiré tant de Caravage que de Joël Pommerat. Le corps est magnifié, sculpté sans susciter pour autant d’état voyeur. L’effet est quasi scientifique, Thomas Gonzalez est l’Homme de Vitruve, les angles de son anatomie ici explorés au néon qu’il manipule.

L’enchainement des titres, a cappella, sur le grand plateau vide du théâtre de la bastille, entouré de pendrillons noirs apporte un tragique évident à ces monuments de la culture populaire. Se faisant, Yves-Noël Genod offre à l’imaginaire kitsch sa part de drame. Les textes parlent d’amour perdu, vieillissant.

L’ensemble est un poignard venant traverser nos émotions. Comme pour « Oui », l’absence est ici reine, elle intervient par le biais de la fumée, des ombres, des flashs sur nos yeux quand la lumière s’arrête net. Genod provoque un faux seul en scène où les spectateurs sont totalement acteurs : dans les moments de noirs théâtraux, chacun mettra le sens qu’il voudra au silence. La mort d’Ivan Ilitch est une superbe performance sur l’introspection de l’âme.

Photo Sylvain Couzinet-Jacques (Thomas Gonzalez)

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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