Danse

« Vortex Temporum » : Anne Teresa de Keersmaeker livre une danse possédée

« Vortex Temporum » : Anne Teresa de Keersmaeker livre une danse possédée

29 avril 2014 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Cela commence comme Parita 2 : d’abord la musique, puis les pas, mais la comparaison s’arrête là. Le voyage dans le passé ne nous fait reculer que d’un siècle. Cette fois, la chorégraphe flamande traduit les mouvements mathématiques  de Vortex temporum  de Gérard Grisey, un monument de la musique spectrale qui nous ramène aux grandes heures de Cage.

[rating=5]

Arythmie, aiguë, violent, cinématographique. Les termes ne manquent pas pour définir cette musique qui navigue entre classique et électroacoustique. Le son se dilate, le piano s’offusque, les violons ralentissent, le violoncelle s’excite. Le tempo n’est pas là où on l’attend, il est furtif et pervers, nous piège. D’abord joue l’orchestre posé sur un plateau nu dont le sol est jonché de cercles qui s’entremêlent tracés à la craie.
Entreront par la toute petite porte d’immenses danseurs, vêtus en noir mais aux chaussettes et doublures de poches fluo. La folie est là, nichée dans le détail.
Le procédé se met en place. Un dialogue vire à la guerre. Le mouvement qui constitue la définition même de la musique est confronté au geste des danseurs.

Anne Teresa de Keersmaeker travaille depuis longtemps le déphasage ( Fase) et la circularité ( Cesena, Partita 2...) Ici, les points de suspensions imposent des postures d’équilibre, les vrilles se font éperdues et tenaces. Au fil de l’eau les danseurs deviennent les pantins des musiciens qui imposent par leur musique faites d’allers-retours et de tensions des sursauts inimaginables dans la chorégraphie. Ils perdent leur libre arbitre et courent à l’épuisement.

Il y a ce temps de brouillage où tous deviennent danseurs, le piano inclus, mais la paix et l’entente ne sont que de courte durée dans cette course folle où le point concentrique semble attirer en son sein le geste, la forme et le son.

Anne Teresa de Keersmaeker continue son exploration de la musique live. Cesena nous avait entraînés dans la pénombre de l’aube dans le chant médiéval du XIVe siècle, Partira 2 dans le XVIIIe. Le XXe donne une charge dramatique au propos qui voit les impossibles alliances se faire. Qui dirige dans ce combat à 7 contre 7 ? Tout est dans les mains du chef d’orchestre qui dans la lueur sombre pourra, ou pas, relancer la symphonie qui permettra à ces interprètes au visage serré de tourner encore, en arrière et sur eux-mêmes, dans un mouvement que l’on voudrait éternel.

Le spectacle a déjà été donné à La Monnaie de Lille. Pour lire la critique d’Audrey Chaix, c’est ici.

Visuel : © DR

Infos pratiques

Centre Pierre Cardinal (festival Les Musicales)
Le Théâtre de l’Athénée
Marie Boëda

One thought on “« Vortex Temporum » : Anne Teresa de Keersmaeker livre une danse possédée”

Commentaire(s)

  • Camille

    très belle critique.

    juin 15, 2015 at 22 h 44 min

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