Danse
Tabac Rouge de James Thierrée au Colisée (Roubaix)

Tabac Rouge de James Thierrée au Colisée (Roubaix)

18 mars 2013 | PAR Audrey Chaix

Le Colisée de Roubaix accueille la tournée française du dernier spectacle de James Thierrée, Tabac Rouge, interprété par la Compagnie du Hanneton. Après Raoul, où il était seul en scène, Thiérrée choisit dans cette nouvelle création de rester en retrait et de ne pas monter sur le plateau. Avec ce « chorédrame », comme il l’appelle, entre danse et théâtre, il explore les dynamiques d’une troupe, au sens fort du terme, et propose un spectacle radicalement différent de ce à quoi il a jusque là habitué son public.

Dans un décor très chargé de machineries et d’inventions en cuivre, en verre, en cordes et en ombres, comme tout droit sorti de l’imagination de Jules Verne, un vieillard, interprété par Carlo Brandt, se meurt. Autour de lui s’empresse un maître de cérémonie dégingandé, que l’on imaginerait bien dans une troupe de cirque. Danseuses et acrobates (toutes des femmes) complètent le tableau – le vieillard tenant les fils de cette invraisemblable communauté que Thierrée lui-même compare à un bal de fourmis. La reine est ce vieillard fatigué, qui règne sur ses ouvrières. Image fondamentalement perturbante que ces jeunes femmes qui forment sa cour. D’emblée, Tabac rouge forme un tableau dérangeant, comme celui d’un cauchemar dont on ne sait plus trop comment se sortir.

Esthétiquement, le plateau, transformé en ruche grouillante, fourmillant d’étranges machines faites de bric et de broc, offre un spectacle magnifique : on ne sait plus où donner de la tête, dans cet étrange clair obscur, alors que le reflet des miroirs nous oublie, avant que les vieilles ampoules jaunissantes ne créent une atmosphère tamisée et suffocante. Un vieux bureau à roulettes, une drôle de catapulte, des câbles et des cordes descendus des cintres : on ne sait plus où donner de la tête alors que la troupe se contorsionne et s’agite sur la scène.

Sauf que sans réel fil conducteur pour soutenir la trame dramatique, ce ballet complexe s’apparente à un tel chaos que l’on n’est plus sûrs de bien suivre ce qui se passe sur scène. Au risque de créer une distance néfaste entre le plateau et la salle. Alors bien sûr, la performance est remarquable, les décors sont impressionnants, la scénographie est stupéfiante. Sans pour autant que l’on se sente emportés par le souffle divin qui avait soufflé sur la Symphonie du Hanneton. On ressort de Tabac Rouge déçus, avec le sentiment d’être passé à côté.

 Lire ici l’avis de Marie Boëda. 

Photo : Le Colisée, Roubaix

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Audrey Chaix
Professionnelle de la communication, Audrey a fait des études d'anglais et de communication à la Sorbonne et au CELSA avant de partir vivre à Lille. Passionnée par le spectacle vivant, en particulier le théâtre, mais aussi la danse ou l'opéra, elle écume les salles de spectacle de part et d'autre de la frontière franco-belgo-britannique. @audreyvchaix photo : maxime dufour photographies.

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