Danse
Rocío Molina scintillante

Rocío Molina scintillante

18 janvier 2022 | PAR Nicolas Villodre

Rocío Molina a choisi le festival flamenco de Nîmes pour y donner la première en France de sa nouvelle création destinée à mettre en valeur la guitare, qui a pour titre et sous-titre : Al fondo riela (Lo Otro del uno).

Toque flamenco, épisode 2 

Le flamenco(,) s’entend. Raison pour laquelle la bailaora spectaculaire, experte en effets visuels, et il est vrai aussi claquettiste d’exception a tenu à rendre hommage aux guitaristes qui, habituellement, n’ont de statut que celui d’accompagnateurs. La trilogie qu’elle dédie à la six-cordes débuta il y a deux ans avec Inicio (Uno), un duo magistral de Rocío Molina avec la figure historique du toque flamenco, Rafael Riqueni, dont nous avions rendu compte ici même. Le fidèle guitariste de Rocío, Eduardo Trassierra, se lance le premier dans l’arène, égrenant les notes, en accentuant la plus basse, le mi de la sixième corde. Dans la pénombre, on distingue à peine la silhouette de la danseuse, venue du fond de la scène. L’ordre de bataille – celui du rituel dansé – est respecté avec, tout d’abord, de légers tours de poignets, deux-trois levers de bras, une démarche au discret déhanché, et l’entrée en jeu des jambes.

Une note de guitare est répétée ad lib, moins allègrement que dans la Samba de uma nota só de Tom Jobim, et certes moins funèbrement que le glas – n’allant pas jusqu’à filer le bourdon. Le baile flamenco s’accommode du silence comme de l’obstination. Rocío est capable de tout donner comme de tout vouloir. Son public l’a maintenant admis. La frénésie dont elle peut faire preuve le touche autant que sa pondération, l’exubérance qui la caractérise depuis ses débuts contraste avec la suspension d’un geste, d’une phrase, d’une routine, l’acmé le partage avec le déceptif – ce qui, la vogue postmoderne aidant, poussait certains observateurs à user du terme de « déconstruction » pour qualifier son style, sa manière. Il lui arrive encore, à elle et à certains de ses collègues, de briser net le contact avec la salle, pour mieux relancer la machine, en plein milieu d’une séquence et non à son terme ou au « remate », comme il est d’usage dans le cante et le baile traditionnels.

Fond miroitant

Du noir au blanc de la première partie du spectacle, la chorégraphie passe à la couleur. Le rôle de Julia Valencia est ici doublement important : d’une part, elle contribue à la mise en scène, comme si la danse, aussi virtuose soit-elle, ne suffisait pas ou plus; de l’autre, pour la première fois sans doute, elle a conçu et fait couper avec précision des costumes à la mesure de l’artiste, au poil près. Ceux-ci ont valeur plastique, comme disaient les futuristes, et contrastent du début à la fin de la pièce, avec une chamarrure absolue, des pieds à la tête, dans un épilogue étonnant (comme d’habitude!), baroque, auto-dérisoire.

Une autre bonne surprise de la pièce est la prestation du deuxième guitariste convoqué, le talentueux Yerai Cortés, qui aligne les thèmes festifs, dansants au milieu de l’écoulement, en duo avec la bailaora, lui, dos au public, sa silhouette étant des plus graphiques qui soient, elle, en bata de cola, nous gratifiant de quelques variations de son taconeo tant espéré. Enfin, le travail d’éclairage, de réalisation et de projection d’images vidéo d’Antonio Serrano est sensationnel, rigoureux comme le cinéma pur d’une Dulac ou d’un Kirsanoff, nullement envahissant, tout au contraire. Il permet à la danseuse de briller intensément. Et ce, à tout moment.

Visuel : Rocío Molina, Al fondo riela © Sandy Korzekwa – Festival flamenco de Nîmes.

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