Danse

Maud Le Pladec et Yuval Pick à la Cartoucherie : deux chorégraphes pour un compositeur

Maud Le Pladec et Yuval Pick à la Cartoucherie : deux chorégraphes pour un compositeur

18 juin 2012 | PAR Géraldine Bretault

Cette année, la jeune chorégraphe Maud Le Pladec comme le nouveau directeur du CCN de Rillieux-la-Pape, Yuval Pick, ont choisi de s’intéresser à l’œuvre d’un grand musicien contemporain, l’Américain David Lang, relativement méconnu en Europe. Les spectateurs étaient nombreux à la Cartoucherie, dans le cadre des June Events.

OMINOUS FUNK et DYSTOPIA, Maud Le Pladec
Théâtre de la Tempête

Quand le noir se fait dans la salle, un gong retentit, et deux éléments blancs se détachent dans l’obscurité, tels des papillons voltigeant en accord avec la musique. Nous mettons quelque temps à comprendre qu’il s’agit des gants du chef d’orchestre. En effet, Dystopia vise avant tout la mise en valeur des gestes des musiciens en action. Si la puissance des coups frappés sur la grosse caisse poussent plus d’un spectateur à se boucher les oreilles, nous retiendrons surtout de cet opus sa capacité à nous faire entrer de plain-pied dans la musique de David Lang, et ses circonvolutions à peine décalées, pour en approcher la poésie.

Julien Gallée-Ferré, qu’on a pu admirer cette saison dans Enfant de Charmatz, surgit ensuite de derrière le piano, vêtu d’un marcel noir, d’un pantalon noir et de baskets couleur fluo. Les musiciens entament l’exécution d’une autre pièce de Lang, CheatingLyingStealing, qu’il disait avoir élaborée à partir de ses défauts. Sur la partition, une indication : « Ominous Funk », qui donne son titre à la pièce – soit « menaçant et inquiétant ». Le danseur suit les respirations de la musique, absolument synchrone avec les pauses de la partition. Que danse-t-il ? Une danse désapprise, qui prend le contrepied du vocabulaire de la danse contemporaine, sans pourtant verser dans la caricature. Maud le Pladec parvient à instaurer un climat de légèreté grave, un sourire doublé d’une profondeur inspirée. Elle confirme ici son talent en livrant une chorégraphie précise, à l’écoute de son danseur, qui épouse les contours de la musique. Une demoiselle à suivre.

Quelques instants plus tard, nous pénétrons dans le Théâtre de l’Aquarium :

NO PLAY HERO, Yuval Pick

S’appuyant à son tour sur deux pièces de David Lang (Anvil chorus, inspiré par le geste du forgeron sur l’enclume, et The so-called Law of nature), Yuval Pick dit avoir accompli avec No play hero une synthèse de ses recherches sur le mouvement. En effet, aucune fioriture, ici, ni trame narrative ; les cinq danseurs se présentent frontalement face au public, alignés avec les cinq musiciens installés derrière leurs instruments sur une estrade, en fond de scène. L’éclairage est neutre, et les danseurs sont élégamment vêtus de noir et de blanc. Beaucoup de torsions, de jaillissement des bras tendus vers le ciel, de coups martelés sur la poitrine, sans oublier les battements de paupières.

Sans peut-être parler de style, on retrouve une certaine marque de fabrique chez Yuval Pick (lui-même s’est formé auprès de Preljocaj, Carlson, ou encore Russel Maliphant), notamment l’impérieux désir de créer du mouvement dansé, et une grande maîtrise dans l’occupation de l’espace scénique, ici présenté à nu. Après une première partie où les danseurs semblent se jauger par le regard puis à travers leurs gestes, ils reviennent sous un éclairage jaune en partie dévêtus, pour se toucher cette fois davantage, et se risquer à des portés figés le temps d’une respiration. Enfin, dans une sorte d’épilogue, les danseurs réapparaissent habillés, et commencent à se déplacer pour se repositionner ailleurs. Comme si, absorbés par l’autre, et les émotions et tensions que son corps dégage, ils ne pouvaient parvenir à trouver leur place, la bonne place, ou une place neutre.

L’écoute atteint alors son paroxysme, que ce soit du public vers la scène, ou des danseurs entre eux et envers les musiciens. L’ensemble est porté par une chorégraphie dépouillée et intense à la fois, où l’absence de récit n’empêche pas l’irruption de blocs d’émotions, portés par cinq danseurs aux physiques extrêmement divers, qui s’accordent par une qualité d’écoute mutuelle. Saluons également la précision impeccable des musiciens du Collectif TaCtuS.

 

Pour découvrir David Lang : http://davidlangmusic.com/

Visuels © Maud le Pladec, et No Play Hero © Nicolas-Boudier

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Géraldine Bretault
Diplômée de l'École du Louvre en histoire de l'art et en muséologie, Géraldine Bretault est conférencière, traductrice et rédactrice dans le secteur culturel, collaboratrice régulière de l'ICOM, des Rencontres d'Arles, de la revue de design Etapes. Membre de l'Association des traducteurs littéraires de France et du Syndicat de la critique de théâtre, musique et danse, elle a rejoint l'aventure de Toute La Culture en 2011, autour des rubriques Danse, Expos et Littérature. Elle a par ailleurs séjourné à Milan (2000) et à New York (2001, 2009-2011), où elle officiait en tant que Docent au Museum of Arts and Design et au New Museum of Contemporary Art.

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