Danse

Le lac des cygnes à la bastille : la princesse-cygne en majesté

24 décembre 2010 | PAR Christophe Candoni

Retour du lac des cygnes de Tchaïkovski à l’Opéra Bastille dans la version chorégraphiée par Rudolf Noureev. Régulièrement repris à l’occasion des fêtes, le spectacle bénéficie de nouveaux interprètes issus du corps de ballet et des Etoiles de l’Opéra de Paris et ne perd rien de sa magie. Une nuée de cygnes blancs envahit le plateau, les longs bras des ballerines déployés comme de lourdes plumes d’oiseau et les pointes qui martèlent la scène en rythme… une poésie toute féérique.

C’est une lecture renouvelée et très personnelle que propose Noureev quand il créé sa version du lac des cygnes pour l’Opéra de Paris en 1984. L’esthétique est encore classique mais déjà bien éloignée des traditionnelles et désuètes productions russes. La danse est techniquement difficile et plus riche en expressivité dramatique. C’est surtout la profondeur interprétative et dramaturgique de sa lecture de  l’argument qui est inédite tant Noureev enrichit la caractérisation psychologique des personnages, notamment de prince, Siegfried. Une mise en valeur du danseur qui devient le premier rôle du ballet et cela se justifie complètement.

Le spectacle s’ouvre sur un prologue cauchemardesque. Derrière le prince songeur, endormi sur un fauteuil au devant de la scène se joue l’issue tragique du ballet, C’est donc par le prisme du regard du héros et l’accès à ses pensées fantasmatiques que l’on découvre Odette, la princesse capturée par le terrible Rothbart, prise aux proies de l’oiseau maléfique, qui s’envole dans les airs prisonnières de ses longues ailles. Transformée en cygne, celle-ci est condamnée à ne pas recouvrer son humanité malgré l’amour que lui porte Siegfried pris au piège tendu par Rothbart.

Le cygne est un rôle clé du répertoire classique. Odette/Odile est dansée par la même étoile. Nous avons vu Laetitia Pujol qui dansait le rôle pour la première fois. Magnifique de douceur virginale, d’angélisme dans le cygne blanc, puis, prédatrice, séductrice fatale dans le cygne noir, elle déploie une aisance, une virtuosité (quelle impressionnante série de fouettés à l’acte III !) et un style admirable dans les deux facettes antagonistes du rôle.

Nourrev attribue au danseur un nombre plus conséquent de variations, y compris des passages initialement prévus pour le personnage féminin. Matthieu Ganio campait un prince à la fois solide et au romantisme parfait. On le découvre, au début, isolé, mélancolique, il se débat avec ses doutes. Peu enclin à la fête donnée à l’occasion de son anniversaire et insensible au charme des demoiselles qui vivotent autour de lui. Quand le haut mur du fond s’ouvre pour laisse entrevoir le lac, l’ailleurs tant désiré apparaît à ses yeux comme l’étrange lieu, brumeux et glacé, de l’insaisissable amour.

Noureev, attentif à redonner de l’importance à la danse masculine, étoffe également le personnage de Rothbart (Benjamin Pech dans ce personnage sombre et trouble) qui entretient une relation ambiguë avec le prince et permet des pas de deux d’une beauté et d’une force incroyables, des portés inhabituels entre les deux danseurs.

La soirée est aussi l’occasion d’assister à une série de sublimes danses chorales, les scènes de fêtes toutes en couleurs alternent avec les actes blancs. L’homogénéité du corps de ballet, sa tenue irréprochable et lumineuse, la beauté et la lisibilité de chaque geste, les ensembles font merveille.

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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