Danse
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La Fille mal gardée, ballet pastoral revisité par Frédérick Ashton

21 juin 2012 | PAR Géraldine Bretault

Nous avons assisté ce soir à une reprise de La Fille mal gardée, dans une chorégraphie du Britannique Frédérick Ashton de 1960, entrée au répertoire de l’Opéra de Paris en 2007. Derrière les danses champêtres et la drôlerie, s’esquissent les rudiments du romantisme à venir.


Créée à Bordeaux quelques jours avant la Révolution française, la pièce originelle accomplit dans le champ de la danse la rupture que les impressionnistes introduiront en peinture quelques décennies plus tard : il s’agit de se délester du poids de l’Antiquité et de ses dieux pour situer l’action dans un cadre qui se veut plus terre à terre. La pantomime naît ainsi du besoin d’illustrer les progrès de l’action à travers les gestes des danseurs. L’argument est des plus simples et traditionnels : une honnête fille éprise d’un simple garçon, une mère qui souhaiterait lui voir épouser un prétendant plus aisé.

D’aucuns reprocheront à Ashton son parti pris de la légèreté, au risque de frôler le kitsch, secondé par des costumes et des décors qui cultivent une imagerie d’Épinal. Le Britannique est pourtant fidèle en cela à la version originale de Dauberval, dont le livret se gardait d’évoquer les tourments de la paysannerie de l’époque pour situer son action galante dans un décor plus proche des fantaisies de Marie-Antoinette… Ashton affirme ainsi avoir beaucoup pensé à son Suffolk natal, souvent peint par Constable, pour imaginer cette Arcadie atemporelle.


Dès lors, le chorégraphe peut laisser libre cours à son humour, et il n’en manque pas. En tête, citons la mère de Lise, traditionnellement interprétée par un homme : Aurélien Houette nous a régalés autant qu’il semblait s’amuser, en campant une mère Simone aussi acariâtre qu’égrillarde. Son numéro de claquettes en sabots vaut notamment le détour… Pour interpréter le couple phare, pas d’étoiles ce soir, mais une première danseuse juste et précise dans ce rôle exigeant, Muriel Zusperreguy, et le premier danseur Florian Magnenet, qui campe un Colas impétueux. En revanche, on a pu noter un certain manque de complicité dans leurs pas de deux.

Pour quelles raisons retourner voir ce ballet aujourd’hui ? Pour le formidable rôle dévolu aux rubans, depuis le talisman qui lie les amants dès la première scène, aux rubans multicolores de l’arbre de mai, autour duquel le corps de ballet virevolte avec entrain. Des rubans noués dans des agencements complexes, ou encore détournés pour composer les roues et les rênes d’une carriole. Mais aussi pour redécouvrir les codes de la pantomime, tels qu’ils seront perpétués dans les grands ballets romantiques – un annulaire pointé pour évoquer le mariage, deux mains croisées sur le coeur pour indiquer des sentiments amoureux… Laissez-vous emporter, la fraîcheur des interprètes fera le reste.

 

Visuels © Julien Benhamou / Opéra national de Paris


 

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Géraldine Bretault
Diplômée de l'École du Louvre en histoire de l'art et en muséologie, Géraldine Bretault est conférencière, créatrice et traductrice de contenus culturels. Elle a notamment collaboré avec des institutions culturelles (ICOM, INHA), des musées et des revues d'art et de design. Membre de l'Association des traducteurs littéraires de France, elle a obtenu la certification de l'Ecole de Traduction Littéraire en 2020. Géraldine a rejoint l'aventure de Toute La Culture en 2011, dans les rubriques Danse, Expos et Littérature. Elle a par ailleurs séjourné à Milan (2000) et à New York (2001, 2009-2011), où elle a travaillé en tant que docent au Museum of Arts and Design et au New Museum of Contemporary Art. www.slowculture.fr

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