Danse
Hunter de Meg Stuart

Hunter de Meg Stuart

07 février 2015 | PAR Camille Lucile Clerchon

 

Avec Hunter, Meg Stuart se livre sur le plateau dans un solo à la couleur autobiographique. Oeuvre où l’on croirait avoir le privilège de pénétrer l’intimité d’une des chorégraphes majeures de la danse contemporaine…mais qui est avant tout une grande pièce de danse, très construite et travaillée, à la fois dense et légère, grave et frivole née d’une «chasse» aux influences, aux événements et aux éléments qui ont façonnés cette chorégraphe d’origine américaine, en tant qu’artiste et en tant qu’individu.


En bois clair, plexiglas et laine, la scénographie de Hunter ne cessera de dévoiler ses ressources au fil du spectacle. Au coté d’une surface de danse en bois blond qui se déploie en étoile, Meg Stuart est attablée à un bureau en plexiglas, occupée à de petits collages et bricolages, ciseaux à la main, boulettes et chutes de papier à ses pieds, elle nous tourne le dos. Au- dessus d’elle et englobant la majeure partie du plateau une construction en métal, bois et plexiglas forme comme un discret chapiteau, une structure dont certaines des pales mènent parfois à de larges panneaux de laine accrochés par un système de pinces. Il y a à la fois une profusion d’éléments, et une forme d’harmonie sereine dans leur agencement.
Une caméra filme les mains de Meg Stuart et les petites constructions qu’elle fabrique, saupoudre de mousse et de poudre de perlimpinpin. L’image est projetée en très grand, nous voyons ce qu’elle voit, ou peut être pas exactement. Et c’est précisément ce qui est intéressant, et nous poursuivra pendant toute la performance. Que dévoile la proposition sur cette personne? Comment l’appréhendons- nous? Quel glissement s’opère, de par la forme spectaculaire choisie, d’un projet basé sur une recherche individuelle vers un propos universel et collectif?

Le collage que réalise Meg Stuart en direct est un motif récurrent : assemblage d’éléments disparates qui portent un sens nouveau, et non dogmatique, en se frottant les uns aux autres : à l’image d’une création sonore qui surgira lors de la séquence suivante, basée sur un recours au montage à la fois virtuose et presque forcené, suite trépidante d’extraits de voix, de chansons, et de sons urbains. Meg Stuart abandonne son bureau et vient habiter un plateau chauffé à blanc par ces sonorités. Son corps musclé de danseuse est dans le prolongement direct de cet univers sonore fragmenté. La chasse peut commencer, elle engage le corps et s’en joue aussi : comment retranscrire par le mouvement une histoire de soi même?
Dans Hunter, Meg Stuart utilise un grand carré d’une matière semblable au plexiglas qu’elle porte à bout de bras, sur laquelle de la lumière renvoie aux spectateurs d’exceptionnelles variations colorées. Elle danse aussi dans un costume multicolore, patchwork à la fois enfantin et inquiétant, aux excroissances organiques d’évocations tour à tour phallique, foetale ou équestre. Elle danse encore torse nu sous une perruque blonde très longue et très feutrée. Elle danse avec deux hauts parleurs tournoyant en chantant du Yoko Ono. Dans Hunter, Meg Stuart prend aussi la parole évoquant Louise Bourgeois, Trisha Brown, sa mère et ses amours adolescentes.
On ressent dans cette oeuvre une générosité dans l’acte créateur, un goût pour les matières et les textures, les sons et les tessitures de voix, les lumières multicolores et les souvenirs qu’on chérit. Quelquechose de très sensible et de très humain lové dans dans une pièce à la construction implacable, d’une rigueur et d’une technique presque froide. Une manière de dompter le temps et l’espace, le temps d’un solo d‘1h40. Ils sont les véritables enjeux de cette quête ; c’est dans leur traitement oscillant entre le global et le fragmentaire, le continu et le discontinu que s’ébauche comme une réponse à un questionnement sur l’identité individuelle et artistique et plus largement, sur soi.

Hunter de Meg Stuart ( Damaged Goods)
Du mercredi 4 au samedi 7 février au Centre Georges Pompidou

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Camille Lucile Clerchon

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