Danse
Meg Stuart aux Amandiers : libérer la danse

Meg Stuart aux Amandiers : libérer la danse

04 mars 2019 | PAR Simon Gerard

Du 20 au 24 mars aux Amandiers, la chorégraphe et danseuse américaine Meg Stuart présentera Built to Last, création décomplexée et légère explorant le rapport de la danse à la musique, lorsque celle-ci porte en elle le poids intimidant des monuments artistiques.

Depuis les années 1990, Meg Stuart prend la danse comme un creuset ou fusionnent une infinie variété de formes et de matières, d’individus et de médias. Il en résulte des projets au carrefour de l’installation plastique, de la création vidéo et bien sûr de la chorégraphie. À mi chemin entre le terrain de jeu et la table de dissection, les plateaux imaginés par Meg Stuart prennent le corps humain comme objet et sujet d’expérimentations. Quelles relations aux objets, aux images, aux sons ? Quelles relations aux autres ? Quelle relation à soi ?

Dans Disfigure Study, Meg Stuart étudie la dissociation et la déformation des corps, qu’ils soient individuels ou collectifs. Dans Hunter, c’est l’artiste elle-même qui opère une investigation protéiforme de sa propre identité — à travers la danse, certes, mais aussi via des objets, des sons, des matériaux. Avec The Fault Lines, la chorégraphie fusionne avec la vidéo dans une forme artistique hybride — proto-cinéma, cinéma prothèse… Dans Blessed, la danse entre en conflit avec les éléments, déployant dans le déluge un éventail d’émotions contraires.

C’est donc avec un réel enthousiasme qu’il s’agirait d’accueillir la programmation de Built to Last de Meg Stuart aux Amandiers de Nanterre, du 20 au 24 mars 2019. Créé en 2012, ce projet se distingue des autres projets de la chorégraphe en cela qu’il interroge nos rapports à la musique — et plus particulièrement aux monuments musicaux, à ces partitions paradigmatiques qui ont orienté l’histoire musicale et artistique de l’humanité. Quel poids ont Beethoven, Rachmaninov, Schönberg sur notre quotidien ? Quelle chorégraphie penser pour ces musiques dont le poids vient précisément de la sédimentation de leurs utilisations à travers le temps ?

La solution apportée par Meg Stuart est légère. À trop se demander comment s’approprier quelque chose, on n’y touche pas. Tout individu doit prendre Beethoven comme s’il en était maître et possesseur. Il en résulte un spectacle dont l’éclectisme et la décomplexion sont inversement proportionnels à la gravité des musiques qui l’accompagnent. Aucun blasphème là-dedans, et c’est Bertolt Brecht qui en parle le mieux dans « Sanctification par le sacrilège » (Écrits sur le théâtre) :

« Ce qui maintient en vie les pièces classiques, c’est l’usage qu’on en fait, même lorsqu’il n’est qu’un abus. […] Bref, leur délabrement leur profite, car seul vit ce qui vivifie. Un culte rigide serait aussi dangereux que ce cérémonial de la cour de Byzance qui interdisait aux courtisans de porter la main sur les personnes de sang royal, si bien que celles-ci, tombant, royalement soûles, dans un étang, n’étaient secourues par personne. On les laissait mourir afin de ne pas mourir soi-même. »

Par l’exploration des usages passés de ces monuments musicaux, les danseurs de Built to Last parient sur le futur. Ce grand écart chorégraphique trouve son illustration plastique dans un mobile monumental surplombant le plateau. Ses allures rétro-futuristes, de même que les tenues des danseurs, évoquent un temps constellatoire, à la fois suranné, actuel et dans l’anticipation. Built to Last est un retour à l’actuel en somme : que notre époque soit minée par le pessimisme, les catastrophes, le désenchantement et l’anesthésie des imaginaires, peu importe : ce qui compte est ce qui est au monde, en ce lieu, à ce moment.

 

 

CP Eva Würdinger, Chris Van der Burght et Julian Röder

 

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