Danse
First Memory, la danse souple de Noé Soulier

First Memory, la danse souple de Noé Soulier

17 novembre 2022 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Le Festival d’Automne dresse le portrait de Noé Soulier en six pièces, dont la dernière, First Memory, est présentée ces jours-ci au Centre Pompidou.

Une chorégraphie riche en postures et citations

Le directeur du Centre national de danse contemporaine à Angers est le plus philosophe des danseurs. Ses spectacles questionnent toujours les traces dessinées par les corps et leurs puissances intellectuelles. Nous avions adoré son Mouvement sur mouvement, solo décalé et drôle sur les Improvisation technologies de William Forsythe. First Memory est la première pièce que Soulier a créée de sa place de directeur du CNDC, et elle se place dans la droite ligne, c’est le cas de le dire, de son étude de l’articulation entre les signifiants et les gestes.

Trois panneaux parent le plateau, pour le moment deux danseurs semblent se battre sans se toucher. Le souffle est visible, comme dans une séance de Tai-chi. Ce motif est répété ensuite au féminin. La pièce donne à voir au total sept danseurs et danseuses (Stephanie Amurao, Lucas Bassereau, Julie Charbonnier, Adriano Coletta, Meleat Fredriksson, Yumiko Funaya, Nangaline Gomis) extrêmement laxes et souples.

Ils et elles nous délivrent une collection de postures autant empruntées au yoga, aux Pilates qu’aux grammaires des chorégraphes du XXe siècle. On note des citations de Forsythe, Cunningham et De Keersmaeker pour les plus évidentes. C’est-à-dire que la chorégraphie est faite de lignes, de courbes inversées, de contre-temps ou encore d’appuis décalés. Ces citations sont renforcées par la place très importante donnée à la musique. Créée par Karl Naegelen et enregistrée par l’ensemble Ictus, elle est raide, acide et dissonante. Comme chez De Keersmaeker, les danseurs et danseuses essaient d’être les instruments sans chercher le rythme.

Un spectacle valorisé par la prouesse des danseuses et danseurs

L’ensemble est propre et élégant. Soulier aime le gris qu’il emploie souvent dans ses pièces. Ici, il pousse la déclinaison de la couleur à son maximum. Le plateau passe du blanc au noir et inversement jusqu’à l’apparition d’un autre gris, métallique, entendez, moderne.

First Memory est une étude de style qui vient ausculter ce qu’un mouvement, intense et lent, peut provoquer. Cela donne une obsession pour des dos à l’équerre et des torsions profondes.

Malheureusement, la pièce ne fonctionne pas au-delà de la qualité des interprètes. Ils et elles ont beau être d’excellent.e.s technicien.n.e.s, leurs gestes restent très en surface. Cela est dommage. Il est indéniable que cette création est très soignée, mais les tableaux se succèdent sans fil dramaturgique clair et la fin, le « reveal » apparaît artificiel. Reste un corpus de danseurs et danseuses à suivre, incontestablement talentueux et talentueuses.

Visuel © Anna Van Waeg

 
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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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