Danse

Tanz im August à Berlin, un festival prisé et éclectique

Tanz im August à Berlin, un festival prisé et éclectique

05 septembre 2018 | PAR Nicolas Chaplain

A Berlin, on a fêté la trentième année du festival Tanz im August. La programmation internationale, ambitieuse et éclectique a suscité comme toujours un vif intérêt. A travers une trentaine de productions, quelques créations mondiales et des premières allemandes, se sont présentés des grands noms de la danse contemporaine mais aussi des jeunes talents à suivre – en tout plus de 200 artistes.

C’est le Ballet de Lyon qui, retardé par un problème de vol, a ouvert in extremis le festival avec les Trois Grandes Fugues de Lucinda Childs, Maguy Marin et Anne Teresa de Keersmaeker. Impossible de nommer tous les artistes présents pour cette trentième édition mais on peut citer Ola Maciejewska, Isabelle Schad, Wayne McGregor, Lisbeth Gruwez, Robyn Orlin, Alexandra Bachzetsis… Tanz im August a régulièrement offert au public la possibilité de rencontrer les artistes, de participer à des workshops et aux soirées festives.

Le collectif espagnol La Veronal a présenté sa nouvelle création : Pasionaria. Chorégraphiée par le catalan Marcos Morau, cette proposition particulièrement étrange et troublante explore la solitude des êtres, les rêves, les passions et les souffrances de robots humanoïdes qui peinent à faire l’expérience de l’Autre et à exprimer leurs sentiments et leurs émotions. De nombreuses scènes courtes s’enchaînent dans un sas, un hall sobre et stérile (escalier blanc, banquette, issue de secours).  A travers une fenêtre, on aperçoit dans le ciel sombre de la nuit une planète qui se rapproche, menaçante. La représentation, nourrie de cinéma (Lynch, science-fiction) et de littérature (Houellebecq) offre une vision pessimiste, suffocante, apocalyptique de l’avenir et du progrès. Le langage corporel saccadé et pourtant sensuel exige des interprètes précision et endurance, contrôle et souplesse. La musique de Bach sonne comme une prière. Abyssal et hypnotique, Pasionaria est cependant répétitive et finalement ennuyeuse.

En assistant à Landscapes of I de Björn Säfsten, on se demande s’il ne s’agit pas d’une grosse blague, mais de celles qui ne font pas rire… Le chorégraphe travaille sur la notion de contrôle de soi, de représentation de soi en public et écrit des séries de mouvements, rythmes et sons répétés à partir des gestes instinctifs, des expressions et mimiques des interprètes. Il s’appuie ainsi sur les personnalités fortes des trois danseurs (qui ont d’abord travaillé séparément) : la blonde, belle et jeune femme, le grand et costaud black, le petit homme malingre et plus âgé aux mains fines et longues. On assiste alors à une succession de grimaces bêtes, de hurlements, de quelques rares pas de danse simplistes. On n’échappe pas aux clins d’œil au public et aux nombreux commentaires incessants des artistes étonnamment sérieux qui se regardent faire. L’ensemble est désastreux, stupide, indigne.

Avec The Waves (Les Vagues), Noé Soulier a présenté une pièce brillante, puissante et sensible. Le chorégraphe français continue d’explorer les fondements et la réalisation des mouvements ainsi que les multiples possibilités du corps du danseur. Les interprètes, concentrés, volent, enchaînent les sauts, les arabesques, frappent le sol du pied, tombent, roulent avec grâce, virtuosité et sobriété. Les corps exultent dans les scènes de groupe, se font plus tendres dans un duo au sol. Des postures guerrières se dessinent quand tintent les xylophones vigoureux et tribaux de l’Ensemble Ictus avec lequel les danseurs entrent en dialogue. Une grande écoute, non feinte, existe entre eux. Parfois, le silence surgit. On profite alors des respirations des danseurs et la parole se manifeste soudainement. Paisible est la voix de l’artiste qui livre quelques mots de Virginia Woolf. The Waves est splendide, délicat et original.

Le Tanztheater Wuppertal clôturait le festival avec Neues Stück II, une nouvelle pièce chorégraphiée par Alan Lucien Oyen sur le thème de la mort. La scène figure un plateau de cinéma fantasmé et nostalgique. Les décors tournent et les courtes scènes se succèdent. Chacune évoque la mort, le deuil, celui qui part et ceux qui restent. Dans ce tourbillon évoluent les danseurs de la célèbre troupe. Les clins d’œil à Pina Bausch sont nombreux : les cigarettes, les robes à fleurs, les talons hauts, les valises en carton, les tables et chaises en bois de bistrot… Une vendeuse de cigarettes traverse le public qui est en train de jouer avec les artistes et intervient pour deviner un mot avant d’être pendu. La représentation n’est pas dépourvue de charme mais une nouvelle production qui copie Pina en 2018 a-t-elle un intérêt pour le spectateur et pour la troupe ? Il y a quelque chose de kitsch, de trop sentimental (pour ne pas dire mièvre), de trop cafardeux dans cette création où la parole sonne souvent faux. Il n’y a pas la drôlerie cocasse, l’étrangeté et le mystère qu’on trouve dans les pièces de Pina Bausch. Pour écrire un nouveau chapitre de son histoire, la troupe devrait se confronter à des chorégraphes et à des esthétiques plus modernes, plus radicales tout en perpétuant la mémoire de Pina et, pour ce faire, jouer et transmettre aux nouveaux danseurs les pièces (toujours modernes) de cette immense créatrice.

Pasionaria par la Véronal, The Waves de Noé Soulier et cette Nouvelle Pièce II par le Tanztheater Wuppertal Pina Bausch sont programmés cette saison au Théâtre National de Chaillot.

Photos : Alex Font, German Palomeque, Chrisander Brun, Meyer Originals

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Nicolas Chaplain

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