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Fanny de Chaillé installe sa Bibliothèque vivante au Collège des Bernardins

Fanny de Chaillé installe sa Bibliothèque vivante au Collège des Bernardins

15 juin 2011 | PAR Smaranda Olcese

Artiste polyvalente nourrie par sa passion pour la littérature, Fanny de Chaillé donne la possibilité à tout inconditionnel de la lecture de voir son rêve récurent et impossible devenir réalité : dialoguer directement, ouvertement, librement avec son livre, lui poser des questions et en avoir des réponses, sonder ses profondeurs et ses non-dits.

Dans le cellier du Collège des Bernardins, la bibliothèque met en avant pour l’occasion un catalogue de premier choix. Une quinzaine de titres aussi divers que prometteurs, laissant présager des moments de lecture des plus passionnants. Certes, parmi ces titres, certains sont déjà pris et il faut attendre patiemment qu’ils se libèrent, par exemple en faisant un tour à l’exposition d’Isabelle Cornaro, Du proche et du lointain, dans l’ancienne sacristie du Collège pour s’y imprégner de son atmosphère toute particulière. Il est possible également de demander un autre titre, un peu au hasard, dans le catalogue. Les lecteurs ne seront pas déçus ! Le face à face, l’échange, la rencontre privilégiée de l’autre, gratuite, non- intéressée, sont hélas trop rare dans nos sociétés, en dehors du cercle restreint des intimes. Selon les aveux de l’initiatrice du projet, La Bibliothèque Vivante se fonde sur la volonté de rencontre de l’autre et sur l’idée que tout un chacun peut être l’auteur d’un savoir et le mettre en partage.

Le protocole est pensé sur le modèle d’un jeu de rôles. Chaque titre est littéralement porté par une personne, que la bibliothécaire conduit jusqu’à la table de consultation. Nous sommes invités à considérer la personne devant nous comme un livre : un objet ! La bibliothécaire nous convie à prendre soin de notre livre, en nous rendant ainsi quelque part responsables du moment que nous sommes en train de passer, de nos actes. De cette manière, l’artiste soulève la question de la responsabilité inhérente à tout acte spectatorial, et pointe vers les choix qui sont toujours, idéalement, d’une manière ou d’une autre, à faire. Pour ce qui est de cette Bibliothèque Vivante : choix d’un titre dans le catalogue, choix d’écouter ou d’interrompre la lecture avec des questions, et pourquoi pas, choix de lâcher prise et de se raconter soi-même devant l’autre. La durée de chaque consultation est limitée à 20 minutes – pas vraiment le temps de s’ennuyer, de faire le tour de la question, de devenir peut être trop intrusif, d’épuiser son livre. Justement, à la fin de la consultation, le lecteur peut avoir envie de reprendre le livre où de le raccompagner dans sa pause cigarette !

Le dispositif que l’artiste met en place évoque un éventail de situations assez ouvert : une consultation, et on pense à la Pythie qui va nous renvoyer la vérité à la figure, un speed dating où l’on doit exposer ses atouts et gagner l’autre… Ce projet d’une parfaite simplicité réussit à engager des jeux troublants. Le face à face insolite se prête ainsi à des jeux de pouvoir et d’autorité à partir des ambiguïtés de l’objet livre et des rapports qu’on peut y entretenir, de la façon dont chacun conçoit la lecture : sur le mode actif ou passif – on peut manipuler un livre, alors que dans la Bibliothèque Vivante, c’est le livre qui nous manie, nous amène où il désire dans son histoire, sur le mode humble ou autoritaire, compte tenu le poids de la lettre écrite. La question de l’auteur y est également mise en jeu. L’artiste signe la proposition, mais à l’intérieur de celle-ci, se déploient les histoires et les points de vue des volontaires ayant participé au projet. Certes, tout le travail consiste en la préparation et l’affinement des propos de chacun. Fanny de Chaillé prête une oreille attentive, exerce son regard critique, telle une passeuse, aide à accoucher. Parmi les titres, des récits biographiques, envolés et poignants, des essais sur le monde de l’art, de l’architecture, sur l’œuvre, ou la question de l’identité, de la transmission. Dans le feu des échanges les pistes se brouillent, les voix se multiplient, les convictions ou les expériences intimes percent en plein jour. C’est un jeu d’une sincérité totale, qui fonctionne justement parce que les partenaires s’avancent masqués, confortés dans leurs rôles respectifs de livre et de lecteur.

L’artiste réalise ainsi un projet profondément humaniste et d’une grande générosité. Compte tenu de l’intensité du moment de face à face, le lecteur en sort lessivé. C’est un luxe que d’avoir un performeur qui se consacre à nous pendant 20 minutes ! C’est un défi également de performer nous mêmes.

 

 

 

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Smaranda Olcese

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