Danse

Deuxième volet du triptyque Cherkaoui : Myth enchante la Villette

25 juin 2010 | PAR Alienor de Foucaud

Depuis le 17 juin, Sidi Larbi Cherkaoui est mis à l’honneur au Théâtre de la Villette, pour la première fois, trois de ses ballets sont présentés en triptyque à Paris. La semaine dernière, Foi ouvrait le bal ; hier soir, la compagnie présentait le second volet, Myth. Le chorégraphe y dessine un univers gestuel éclectique accompagné en direct par les chants polyphoniques de Patrizia Bovi et son ensemble Micrologus.

 

Des tableaux vivants se succèdent, parfois violents, parfois sensuels, mais toujours émouvants. Un décor unique tient les interprètes à huis clos : un purgatoire pour certains, une librairie pour d’autre, ou encore une salle d’attente d’un cabinet de médecin. Un lieu fermé, lisible, défini mais pas nécessairement univoque. Contrairement aux décors précédents, celui-ci inclut une porte, et n’est pas une paroi.

Les personnages qui atterrissent dans ce monde intermédiaire représentent des archétypes, dissociés entre des pôles terriens (matériel), et céleste (spirituel), entre leurs côtés féminins (réceptif) et masculins (actif), entre les consciences orientales (holistique) et occidentales (dualiste), entre le bien et le mal. Ils sont visités et accompagnés par leur face d’ombre, par leur nature animale. Vont-ils être envoyés en enfer ou au paradis ? Chez le médecin ou en présence d’un Dieu, renvoyés sur terre ?

Quêtes, interrogations, questionnements. Les thématiques de Cherkaoui restent les mêmes, perpétuellement revisités au travers des thèmes religieux et identitaires. Chaque personnage mène un combat contre lui-même, entre ses connaissances et son intuition, deux extrêmes se bataillent pour s’affirmer en tant que réalité et le mouvement naît de la rencontre de ces deux éléments opposés.

« N’oublie pas qu’on est tout seul » ; « l’homme est un animal sauvage » ; « toute croissance est un saut dans le noir » ; ces phrases scandent le ballet de Cherkaoui, la mort est proche, des anges noirs envahissent l’espace dans des danses macabres, des vanités s’immiscent entre les livres et un squelette trône sur scène. Les personnages livrés à une rhétorique absurde tentent d’accéder à la pureté et de fuir le mal par la prière. Mais avant de pouvoir discerner le bien du mal, il faut savoir qui l’on est, bourreau ou victime ?

A travers une technique de composition comparable à celle des tableaux de Bruegel ou Bosch, Myth créé une encyclopédie picturale de mythes et d’archétypes, tirant son inspiration dans un imaginaire hétéroclite, où les théories « jungiennes », le manga japonais d’Osamu Tezuka, les tarots et la musique médiévale se côtoient et livrent un nouveau mythe, entre traditions et modernités.

 

Triptyque, Sidi Larbi Cherkaoui, Myth jusqu’au Samedi 26 juin, Babel, du 1er au 7 Juillet ; Théâtre de la Villette, Metro Porte de Pantin (ligne 5)

www.villette.com / 01 40 03 75 75

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Alienor de Foucaud

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