Danse

Compagnie Compagnie, 7even : Les figures de la danse sont au Festival de Marseille

Compagnie Compagnie, 7even : Les figures de la danse sont au Festival de Marseille

25 juin 2017 | PAR Amelie Blaustein Niddam

La vingt-deuxième édition du Festival de Marseille se déroule jusqu’au 9 juillet avec une programmation reflétant toutes les formes de danses. Les lignes tournées à la fois vers l’hyper local et l’international que Jan Goossens a dessinées se retrouvaient totalement dans la soirée du samedi 24 juin où huit chorégraphes se sont emparés du BNM.

Revoir Gala, encore et encore.

Gala est le monument de Jérôme Bel. La pièce, qui avait révolutionné le festival d’Automne 2015 avant d’entamer une tournée de blockbuster, avait fait étape à Marseille en 2016. Cette année, le Festival de Marseille a demandé au chorégraphe de reprendre son bal populaire en le déplaçant dans l’espace public. Hier, c’était dans le grand parc du Ballet National de Marseille que nous avons pris un plaisir fou à revoir la troupe composée d’amateurs. Le principe est simple : chacun sait danser quelque chose, mais les autres eux ne savent pas forcement. Un majorette, une danseuse contemporaine, un danseur hip hop … se place en avant scène et mène la danse et la troupe tente de suivre. Cette version raccourcie, qui se donnait aujourd’hui sur la Canebière, provoque encore plus d’interactions avec un public qui n’est pas forcement venu pour ça. Bel touche encore plus son objectif marxiste. La danse pour tous et avec tous. Même les animaux hier se sont prêtés au jeu de cette danse si personnelle. Gala déchaîne les foules, et c’est largement mérité.

7even, 7 versions noires des relations humaines.

Il s’agit ici d’une commande et l’idée est jubilatoire. A la demande du Festival de Marseille, Ula Sickle, Faustin Linyekula, Eric Minh Cuong Castaing, Nacera Belaza, Ayelen Parolin, Joeri Dubbe et Amos Ben-Tal se sont prêtés au jeu d’écrire chacun une séquence de 10 minutes. Chacune répond à l’une des 7 Nécessités, le manifeste artistique d’Emio Greco et Pieter C.Scholten (directeurs du BNM). Les sept pièces sont interprétées par les mêmes danseurs issus du BNM et d’ICK.

7 chorégraphes nés dans des pays différents qui donnent chacun leur vision de la danse. Forcement, le résultat est disparate et il est impossible d’adhérer aux sept propositions dans la diversité est forte entre la danse performative d’ Eric Minh Cuong Castaing et celles, ultra figuratives de Joeri Dubbe, Amos Ben-Tal et Ayelen Parolin. Chacune des pièces est construite et permet d’approcher l’identité artistique d’un chorégraphe. Chez ces artistes nés en France, en Israël, aux Pays-Bas, en Belgique, en Algérie, au Zaïre ou en Argentine, de cultures chorégraphiques différentes et de générations différentes, chacun à son geste.

Sept séquences donc, qui commencent toutes par une vidéo nous donnant le nom du chorégraphe. Le spectacle ouvre sur la réalité virtuelle de Eric Minh Cuong Castaing. Un pas de trois où deux sont armés de lunettes. Que voient-ils ? Comment se repèrent-ils dans l’espace ? La vision de leurs corps ralentis, aux décrochages intenses est extrêmement visuel et spectaculaire. Cette pièce donne le ton, l’humanité est augmentée et cela n’est pas forcement pour le meilleur. La notion du robot se retrouvera avec le rewind de Ula Sickle, où une étrange dictature se forme, ici le corps est un matériau qui peut si on l’ordonne sauter plus haut que possible. Celle qui présentait en 2016 Extended Play au Kunstenfestivaldesarts s’amuse à manipuler les codes de la danse et de la perf. Il y a du pas de deux et des extensions mais tout cela est pour de faux. Les pièces de Joeri Dubbe, Amos Ben-Tal et Ayelen Parolin offrent toutes dans leur genre une version guerrière des rapport humains, où l’on finit toujours seul. Chez ces trois chorégraphes reliés par un travail contemporain classique, très figuratifs, l’histoire prime plus que le geste. Mais avouons le, on aurait adoré que Nacera Belaza nous offre 70 minutes de son travail. Désespérée et lumineuse, sa ligne de danseurs très noire avance vers nous dans un pas qui n’est ni une marche, ni un saut, ni un rebond. Un sautillement dans un sursaut leur permet de venir vers nous, sans se regarder, sans se toucher. Noir c’est noir et pourtant, si, il y a de l’espoir. Elle sait faire exploser la danse, toujours dans un geste hip hop pour la rendre collective, dans une presque battle. L’écriture et, comme chez Eric Minh Cuong Castaing hyper calibrée et les interprètes superbement dirigés.

Cet exercice de style dément permet de saisir à quel point « danser » ne veut rien dire. Il permet de comprendre également que « bon danseur » ne veut rien dire. Certains ici se déploient dans un geste plus souple, d’autre dans un geste plus raide. Il y a dans la séquence très biblique de Faustin Linyekula cet homme grand en noir qui vacille et tombe, il y a cette danseuse qui dirige chez Ula Sickle….

Entre les amateurs de la troupe marseillaise de Gala et les pros de 7even on retrouve cette urgence de mettre du mouvement sur la société. Essentiel non ?

7EVEN (FR) from Ballet National de Marseille on Vimeo.

La talentueuse Nacera Belaza propose les 28 et 29 juin La procession & Solo(s) au Théâtre de la Sucrière.

Visuel : Festival de Marseille

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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