Danse
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Bestiole : Myriam Gourfink est orfèvre du geste

19 janvier 2012 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Myriam Gourfink présente une création au Centre Georges Pompidou. Celle qui chorégraphie depuis dix ans une danse fondée sur les techniques respiratoires du yoga offre ici un petit bijou de lenteur apocalyptique. Si vous ne connaissez pas son œuvre, courrez à Beaubourg ce soir !

Dans des propos recueillis par Geisha Fontaine le 12/07/07, dans La Lettre de Kinem#9 (sept.-déc. 2007), la chorégraphe raconte :  » Je souhaite également exploiter ce que j’appelle « la pression sur l’air ». Je développe une écriture utilisant toutes les nuances des contractions musculaires. Je me confronte à l’air qui nous entoure, au prolongement de notre corps dans l’air, et j’écris à partir de cette sensibilité-là. La pièce est intitulée « Corbeau ».

De cette pression sur l’air vient la musique, qui se fait vrombissement, nous amenant à l’intérieur d’un réacteur dans lequel de lourds praticables sont posés aux sols, à différents niveaux. Sept danseuses vont lentement évoluer dans et sur cet espace volontairement restreint. Elles sont accompagnées par Kasper Toeplitz à la musique, Severine Rième aux lumières et Myriam Gourfink elle même, placés aux extrémités du plateau, qui dans la pénombre envoient ce son, cette lumière et ces indications dans un phrasé redondant et obsédant.

Dans cette ambiance, ces bestioles là nous font penser aux noms que donnent les génocidaires au peuple à exterminer, les Tutsis baptisés « cafards, » et les Juifs devenus les « rats ». Les danseuses sont aussi les « bestioles » de la Métamorphose de Kafka. L’impression d’enfermement vient de la proposition même. Elles sont vêtues de noir, évoluant dans un geste continu et lent de façon circulaire. Elles sont auréolées d’un « Truss », un cercle de projecteurs duquel pendent des écrans LCD qui comprennent la partition chorégraphique rédigée dans une écriture symbolique. Myriam Gourfink a étudié la cinétographie, un système d’étude du mouvement avec Jacqueline Challet Haas, elle crée ensuite son propre langage de composition. Ces insectes-là se croisent mais ne se touchent pas, aucun regard n’est échangé, ils sont comme vidés de leur âme. Le plateau définit par les praticables donne la sensation de hauts murs les contenant forcés.

La proposition est radicale : un seul mouvement sans fin. Le spectacle s’arrête net, comme si une main invisible avait mis un coup de pied dans la fourmilière : un mouvement rapide et plus rien, pas de salut, pas de séduction imposée du public comme on a pu le voir à courte intervalle chez James Thierré et Pippo Delbono où le rythme des rappels est imposé par une musique. Ici tout n’est que pulsations agissants sur nos corps tandis qu’elles sont en mouvement. Au départ la mobilité est imperceptible puis elle devient visible. Les postures partent du périnée et insistent sur les équilibres solides mis en danger par les déplacements.

Bestiole nous confronte à la solitude, à la difficulté d’avancer. Dans un geste resserré Myriam Gourfink nous plonge dans une errance naviguant entre le monde des arthropodes et les pires dictatures.

Visuel (c) Bertrand Delous

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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