Danse
Alors on danse

Alors on danse

25 octobre 2021 | PAR Nicolas Villodre

Dans le cadre de la Biennale 2021 de Charleroi Danse, Mette Ingvartsen nous a dévoilé sa dernière pièce, The Dancing Public, qui est  une réflexion sur la transe à travers les âges en même temps qu’une performance, au sens le plus sportif du terme.

Conférence dansée

La danseuse-chorégraphe innove en fusionnant habilement discours sur les crises maniaques recourant à la danse depuis l’époque médiévale, énoncé en wallon via un micro HF scotché sur sa joue droite et gestes à l’appui des plus explicites. Parti a été pris, comme dans le contemporain post-brechtien et/ou postmodern depuis, disons, les années septante (nos années soixante-dix), d’abolir  la rampe, symbolique ou réelle, séparant l’artiste du public. Celui-ci est ici accueilli par la danseuse elle-même déjà en tenue de combat, autrement dit de coureuse de fond, vêtue d’un short et d’un t-shirt noirs, chaussée de bottines de boxeur de la même teinte, non de ballerines, de baskets ou de rien du tout. Une boucle électro meuble l’espace avant que l’audience ne l’emplisse ayant déposé armes et bagages au vestiaire.

Tout le monde debout, Mette Ingvartsen lance son invitation à la danse, son incitation à la danse, sans chercher à forcer ni les uns ni les autres. En termes simples mais convaincants, elle résume les faits de dansomanie à partir du cas d’Aix-la-Chapelle en 1374 qui a fait suite à une catastrophe naturelle, jusqu’aux marathons de danse aux États-Unis juste après la crise de 29, tels que décrits par Horace McCoy dans They Shoot Horses, Don’t They?, en passant par la tarentelle, la danse de Saint-Guy, les convulsions de Saint-Médard, de la Salpêtrière – en omettant la source du ballet romantique, Giselle,  inspiré au librettiste Théophile Gautier par une nouvelle son ami Heinrich Heine évoquant les Parisiennes éprises de danse au point de mourir d’épuisement. 

Chorée

L’exposition que nous vîmes en 2018 au musée de l’Œuvre Notre-Dame de Strasbourg, 1518, La Fièvre de la danse traita en partie de ce sujet, tout comme le roman à succès de Jean Teulé, Entrez dans la danse. Dans le cas présent, tout en devisant, Mette Ingvartsen parcourt la salle de bal qu’elle partage avec le public. Elle se fraie une voie à travers cette petite foule. Une partie l’imite avec talent, l’autre se contente de la suivre. Tous évitent de se heurter à l’obstacle d’une tour en aluminium dressée au centre de la piste pour l’éclairer un tant soit peu. La détermination de la danseuse ne fait de doute. Elle déambule avec aisance ou bien fait du surplace en faisant passer le poids de son corps d’une jambe à l’autre. Jamais ne faiblit l’énergie, près d’une heure durant. Jamais n’est ressenti son besoin de reprendre souffle.

Elle mime ce qui mine le corps social en souffrance. Et en particulier le corps de la femme, sacrifié, déconsidéré, disqualifié. Corps hérétique, hystérique, maléfique. Mais pas question de mimer la transe. On y entre ou pas. Ici, en l’occurrence, sur une musique techno trance. La B.O. efficace, composée de morceaux d’Affkt feat. Sutja Gutierrez, Scanner, Radio Boy, LCC, VII Circle, Kangding Ray, Paula Temple, Ron Morelli, Valanx, Anne van de Star, est diffusée à plein tube et mixée live par cette dernière. L’éclairage de nuit d’orage, signé Minna Tiikkainen, est à base de flashes et de clignotements émanant de tubes fluorescents fixés verticalement à trois podiums bornant la salle sur lesquels la danseuse se donnera en spectacle, façon gogo girl. À la manière provocante d’une rock star – on pense à la Catherine Ringer des débuts. Que ce soit sur le mode épique, lyrique ou dramatique, Mette Ingvartsen tient son pari.

Visuel : The Dancing Public de Mette Ingvartsen, 2021 © Hans Meijer.

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