Performance
« Manual Focus » : les créatures de Mette Ingvartsen

« Manual Focus » : les créatures de Mette Ingvartsen

27 septembre 2020 | PAR Alice Martinot-Lagarde

Au festival Échelle Humaine par Lafayette Anticipations, Mette Ingvartsen met en mouvement et transforme les corps dans Manual Focus, performance nue et animale. 

Trois corps nus se déplacent à quatre pattes. Tantôt s’arrêtent, se positionnent sur le sol, bougent lentement. Les danseuses sont à la fois nues et masquées créant des silhouettes surprenantes au visage de vieillard. Le public les regarde s’apprivoiser, on sourit, on s’interroge et on se sent presque de trop face à ce groupe de bêtes curieuses qui tentent de se familiariser les unes avec les autres. Pourtant notre regard, potentiellement intrusif, permet à la performance de prendre tout son sens. 

Après le choc du spectacle de Sorour Darabi, nous retrouvons au festival Échelle Humaine la chorégraphe et danseuse danoise Mette Ingvartsen qui rejoue pour l’occasion une de ses premières productions, Manual Focus, créée en 2003 à ses débuts. Elle y travaille la notion de point de vue par la transformations étrange et émouvante des corps en créatures inconnues. Presque comme une expérience sociale, elle fait évoluer sur scène trois danseuses, toujours dos au public, ce qui rend rend la métamorphose d’autant plus intéressante que celles-ci ne voient pas l’effet de leurs gestes. 

Pour ce qui est de la nudité, Mette Ingvartsen n’en est pas à son premier essai. Après avoir secoué le public avec 7 Pleasures en 2015, elle se détache ici de toute signification sexuelle des corps pour leur attribuer plutôt une volonté de dévoilement. C’est pourtant masqué et surtout de dos que les danseuses évoluent sur scène, si bien que le public n’y voit plus que des formes. Tout se joue dans la perspective du regard, les corps disparaissent pour devenir des créatures étranges dont la chorégraphie minutieuse et contrôlée parait incroyablement spontanée. À nous de l’interpréter, certains y verrons poésie, d’autres monstruosité… 

Visuel : © Eike Walkenhorst / Lafayette Anticipations

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Alice Martinot-Lagarde

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