Classique
Nathalie Stutzmann et Alexandre Tharaud affrontent « la force du destin » à la Philharmonie

Nathalie Stutzmann et Alexandre Tharaud affrontent « la force du destin » à la Philharmonie

25 octobre 2021 | PAR Jean-Marie Chamouard

Le 20 et 21 octobre, à la Philharmonie, l’Orchestre de Paris interprète l’ouverture de la force du destin de Guiseppe Verdi, le concerto pour piano N° 3 de Ludwig van Beethoven, avec Alexandre Tharaud au piano et la 5ème symphonie de Piotr Ilitch Tchaïkovski.

Le concert se déroule dans la salle Pierre Boulez de la Philharmonie. Une salle grandiose, impressionnante par son volume et sa beauté. Une salle comble, qui convient parfaitement au thème du concert de ce soir : la force du destin. L’orchestre de Paris a été fondé en 1967 par Charles Munch et Serge Baudo. Il est résident à la salle Pleyel depuis 2006 et à la Philharmonie de Paris depuis 2015. Il est dirigé depuis 2016 par Daniel Harding. Nathalie Stutzmann née à Suresnes le 6 mai 1965 a d’abord mené une longue carrière de chanteuse lyrique en particulier à l’opéra de Paris. Elle débute une deuxième carrière, comme cheffe d’orchestre en 2008, lors d’une tournée au Japon. Elle fonde en 2009 l’orchestre de Chambre Orféa 55 et depuis l’année dernière elle est cheffe invitée principale de l’orchestre de Philadelphie. Elle dirige ce soir l’orchestre de Paris. Le pianiste Alexandre Tharaud (né le 9 12 1968) mène depuis 25 ans une carrière internationale de soliste, avec un répertoire très vaste .Sa particularité : il ne possède pas de piano et s’invite chez autrui pour travailler. Il a remporté en 2021 la Victoire de la musique classique dans la catégorie du meilleur soliste instrumental.

La force du destin : ouverture

Le concert débute par l’ouverture de La Force du destin, un opéra de Verdi composé à la demande du Tsar Alexandre II et crée à St-Petersburg en 1862.
L’ouverture a été écrite pour une deuxième version de l’opéra créée à la Scala de Milan en 1869. Une terrible histoire de fatalité et de vengeance. Les accords en fa du début impriment le poids de ce destin funeste. Les accents tragiques alternent avec des airs lyriques chatoyants exposés en particulier par les bois. Une ouverture comme une brève symphonie, interprétée avec toute l’énergie , l’expressivité de Nathalie Stutzmann et de l’orchestre de Paris.

Un concerto si émouvant

Le destin contraire, Beethoven y a été confronté lorsqu’il a composé en 1802 son troisième concerto pour piano, le seul en mode mineur. Il venait de rédiger le testament d’Heiligenstadt dans lequel le compositeur exprimait son désespoir face à sa surdité débutante. Toutefois la sérénité et plénitude l’emportent sur la résignation ou la tristesse. C’est le premier « grand concerto de Beethoven qui annonce le romantisme. Le premier mouvement allégro con brio débute par une longue introduction de l’orchestre, avant une entrée majestueuse du piano. Un dialogue mélodieux s’engage avec l’orchestre avant la cadence qui met en lumière la virtuosité et la sensibilité d’Alexandre Tharaud. Le Largo est d’une grande beauté, le temps parait suspendu. C’est une méditation sereine contrastant avec le rondo final marqué par la vivacité, la légèreté, la gaité.

Une symphonie si expressive

Tchaïkovsky écrivit à propos de sa cinquième symphonie : « C’est une soumission totale devant le destin ou ce qui est pareil devant la prédestination inéluctable de la Providence ». Elle fut écrite en 1888 pendant une période de doute et de tristesse pour le compositeur mais connut un vif succès à St Petersburg puis à Hambourg. L’œuvre est traversée par un thème conducteur symbolisant la providence. Il est exposé dès le début par les cordes graves et les clarinettes. Sombre et émouvante introduction qui est suivie par un allégro contrasté entre séquences mélodieuses romantiques et moments rythmés haletants. Nous pourrions y voir la confrontation entre la vie et la mort. Le deuxième mouvement, andante cantabile, est poignant : le murmure des cordes est une longue plainte qui s’élève suivie d’un solo du cor. Superbe. Une courte valse élégante presque viennoise précède le quatrième mouvement en majeur cette fois. Le thème est repris avec solennité, majesté comme par un chœur. La richesse de l’orchestration frappe l’auditeur. Les possibilités de l’orchestre symphonique paraissent illimitées. Les batteries, les cuivres assènent les coups du destin. Puissance, déchainement d’énergie positive caractérisent la fin de l’œuvre. L’auditeur est bien passé de « l’ombre à la lumière ».

Verdi, Beethoven, Tchaïkovski, un programme séduisant, une interprétation remarquable : le concert se termine logiquement par une longue ovation du public aux artistes.

visuels (c) Orchestre de Paris

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Jean-Marie Chamouard

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