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Bartabas, un manifeste Pour la vie d’artiste

Bartabas, un manifeste Pour la vie d’artiste

22 octobre 2012 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Le fondateur du théâtre équestre s’interroge sur la vie d’artiste.  Pour répondre il a convoqué les vivants et les morts du monde de la culture au sens large du terme. Du chef étoilé Alain Passard à la regrettée chorégraphe Pina Bausch viennent dire le choix d’une vie en apparence non enserrée entre le bureau et le métro. Mais est-elle si belle la vie d’artiste ? Il lui faut au moins un Manifeste et c’est une collection des éditions Autrement.

On commence par être déçus, le metteur en scène enfonce des portes ouvertes : « tout ce qui se fait sur une scène ou sur une piste, en direct, devant et avec des gens-ce qu’on appelle dans le milieu culturel le spectacle vivant-et qui n’existe qu’au moment où on le fait, n’a de sens que parce que c’est un instant partagé avec d’autres êtres humains , et qu’il n’aura lieu avec eux qu’une seule fois ( p12).

Il faut savoir être un peu patient. Ce qui est intéressant ici c’est de réaliser qu’il y a un avant et après Zingaro, fondateur de ce drôle de théâtre, pour le coup, doublement vivant. Les plus de 30 ans se souviennent de lui paradant à Avignon, à ce moment-là il n’était pas encore Bartabas, écuyer royal. Depuis les années soixante-dix le théâtre équestre zingaro en a parcouru des routes et sait quelques choses du nomadisme et de ses contraintes.

L’apport du livre dans sa première partie et de casser le stéréotype allant avec l’expression « mener une vie d’artiste » la désignant comme dilettante. Trois ans pour un spectacle, panser, soigner les chevaux. Faire « tribu » (p.17) avec des « révoltés » (p.14), qui ont fait rupture avec une vie pointée comme conventionnelle, étouffante à souhait. Le chapitre sur « Leur système et le nôtre » met en avant des folies tout à fait d’actualité. Perçus comme des « manouches » ils sont expulsés par les mêmes policiers qui les escortaient la veille (p.32). La peur de l’autre est dite à l’occasion d’une abasourdissante anecdote. Alors que la compagnie est maintenant installée au fort d’Aubervilliers « la boulangère d’en face » que la troupe invite tous les ans, ne venait pas. « Ce n’est pas pour moi » disait-elle. Un reportage sur la tournée de zingaro à New-York lui fait traverser la rue. (p.33). Si loin, si proche…

La seconde partie du manifeste « les Invités  » donne la parole à « quelques faiseurs d’éphémère ». À ce moment-là « Pour une vie d’artiste » devient autre chose qu’un plaidoyer pour être une œuvre d’art en soit.

Alain cavalier dans une lettre manuscrite prends le temps de décrire la page qui cache sa table de travail. Il tourne depuis 7 ans un film sur Bartabas . « J’ai commencé à filmer il y a 50 ans, le café était aussi costaud ». Tous les intervenants racontent l’implication totale de cette vie-là où il n’y a pas de notion d’heures sup’, on travaille tout le temps et sans compter. Passard à la recherche d’une nouvelle tomate, le jongleur Chris Christiansen en lutte face à un ballon récalcitrant …

La parole la plus dure est peut être celle du pianiste Alexandre Tharaud qui fait un aveu psychanalytique : «je n’éprouve (…) aucun désir de jouer une œuvre particulière, encore moins de rencontrer le public. Commence alors un travail de mise en désir ». Ensuite, il décrit avec précision, chaque minute qui l’amène du lever au concert. « Une vie à se produire sur scène uniquement de profil »(…) « Je croyais cette vie facile ». »(p.47)

Mais la plus belle phrase, celle qui touche au cœur, on la trouve chez Jean Vilar dans les mots de Jack Ralite « il faut avoir de l’audace et l’opiniâtreté d’imposer au public ce qu’il ne sait pas qu’il désire ».

C’est peut-être cela que ce manifeste met en avant, le droit à la reconnaissance d’un regard plus ouvert sur le monde et en cela, nécessairement politique.

Photo : Nabil BOUTROS/WikiSpectacle

 

 

 

 

 

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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