Spectacles

« Ex Anima » Zingaro franchit le pas de l’Homme à l’Animal.

« Ex Anima » Zingaro franchit le pas de l’Homme à l’Animal.

25 octobre 2017 | PAR Bérénice Clerc

Bartabas vit une histoire d’amour avec les chevaux depuis des années. Ex Anima son ultime spectacle comme il l’appelle en ce moment offre à l’animal toute sa liberté. Du silence naît le verbe, du cheval naît l’Homme dans ce spectacle, une figure sans ego, un animal de passage, un guide parfois, rien de plus. Rien n’est spectaculaire, tout est extraordinaire comme l’animal et le sens de la vie.

Le souffle brise le silence, de la terre il créa l’homme et l’animal comme une apparition de cellules pensantes, vibrantes. Le dernier spectacle de Zingaro Ex Anima commence comme un rêve, une brume, des souffles, une vision réelle, irréelle et impalpable de chevaux là, debout partageant notre monde.

Une messe, un recueillement païen, une célébration du moment présent et de nous, animaux pareils aux chevaux, nous savons être libres et n’hésitons parfois pourtant pas à nous soumettre.

Les chevaux de Zingaro tous plus beaux et plus fabuleux viennent, vivent, ressortent à peine guidés par l’humain, ils vivent, s’accrochent, s’étreignent, chutent, se relèvent, se chahutent, se mordillent, prennent du plaisir et des risques.

Les humains sont des figures, en mouvement, des apparitions noires sans ego, sans recherche de spectaculaire, ni dressage, ni voltige, ni prouesses. L’Homme pantin fusionne avec l’animal, respire avec lui, se laisse bouleverser par leurs animalités communes sans mots.

La beauté des images est forte, une puissance d’apparitions sublimes, animal divin, irréel, déchirant l’espace d’un souffle jusqu’au trépas de l’œil clos.

Le travail des lumières est également très vivant, vibrant.

La musique semble composée en un souffle, sans limite ni arrêt respiratoire, sa cadence est cheval, le cheval est musique, l’ensemble bouleverse comme le vide des abysses où tout devient possible, hors de contrôle.

Dans le monde, l’animal, quelle que soit l’espèce, n’est pas là pour être utilisé par l’Homme, il n’est pas à sa disposition pour se soumettre à ses envies humaines, leur faire le spectacle, être humanisé, ou encore mangé. Ici même si l’animal est accompagné vers cet espace scénique on le sent libre, la fragilité est chez l’Homme, l’Homme en noir a peur que l’animal le dépasse, il marche sur le fil de la vie où la chute est toujours proche.

Les spectateurs sont face à eux mêmes, le silence, le vide leur fait peur, ils parlent malgré eux, laissent des interjections et des commentaires sortir là où le silence du verbe serait la plénitude absolue. Les enfants avant un certain âge auront du mal à tenir ces émotions fortes pourtant sans images négatives plaquées.

Un moment suspendu où l’animal nous renvoie à notre humanité et inversement.

Zingaro est un lieu à vivre, Ex Anima ne peut pas être l’ultime spectacle de Bartabas ; après cette expiration viendra une nouvelle inspiration, la vie est bien plus forte que sa sensation actuelle d’achèvement.

 

 

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Bérénice Clerc
Comédienne, cantatrice et auteure des « Recettes Beauté » (YB ÉDITIONS), spécialisée en art contemporain, chanson française et musique classique.

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