Théâtre

A la Seine Musicale, le nouveau « Sacre » de Bartabas, roi du théâtre équestre

A la Seine Musicale, le nouveau « Sacre » de Bartabas, roi du théâtre équestre

24 septembre 2018 | PAR Denis Peyrat

Pour sa deuxième collaboration avec la Seine Musicale, Bartabas a choisi de reprendre les deux œuvres de Stravinsky, le Sacre du Printemps et la Symphonie de Psaumes, qu’il avait déjà chorégraphiées en 2000 pour son théâtre Zingaro, avec le Chœur et l’Orchestre de Paris dirigés par l’immense Pierre Boulez. Interprétées cette fois par les cavalières de l’Académie Équestre de Versailles et les forces musicales de Radio France dirigées par Mikko Franck, ces œuvres prennent un nouveau relief.

C’est le premier spectacle que Bartabas a accepté de reprendre, lui qui a l’habitude de tourner une page après chaque création pour commencer une nouvelle aventure. Triptyk était issu de la rencontre du maître écuyer avec un autre grand génie de notre temps, Pierre Boulez. Le spectacle originel associait en 2000 ces deux mêmes œuvres de Stravinsky avec une troisième : Dialogue de l’ombre double, de Boulez lui-même. C’est le chef d’orchestre qui avait convaincu Bartabas d’associer la méconnue Symphonie de Psaumes au célébrissime Sacre, pour opposer fête païenne et fête sacrée.
Peu de temps après ces représentations à Aubervilliers, et une tournée mondiale triomphale, Bartabas créait l’Académie Équestre de Versailles, pour transmettre son art à de nouvelles générations d’artistes. Cet établissement de formation supérieur a vocation à former des écuyers au travail de dressage, ainsi qu’aux disciplines de l’escrime, de la danse ou du Kyudo (tir à l’art japonais). C’est donc une compagnie-école, qui a ses propres spectacles distincts de ceux du Théâtre Zingaro. Pour cette production, comme à la création les 13 écuyères et acrobates sont associés à 7 danseurs indiens venus du Kerala, qui pratiquent le Kalarippayat, un art martial ancestral. L’un d’entre eux, Sreenuvasan Edappurath, qui a participé comme danseur à la création en 2000, est devenu répétiteur dix-huit ans plus tard.
C’est une nouvelle rencontre, celle de Bartabas avec Mikko Franck, qui a motivé la reprise du spectacle. Le chorégraphe a eu l’occasion d’entendre le chef finlandais diriger Le Sacre du Printemps. Il a déclaré avoir été séduit par son interprétation littérale, sans pathos. Il se rappelait que Boulez disait de cette œuvre : « Il faut jouer la partition, point ! » Mikko Franck en livre en effet une version précise et métrique, sans aucun effet que celui produit par l’exceptionnelle brutalité rythmique voulue par Stravinsky. L’Orchestre Philharmonique de Radio France a une parfaite maîtrise de cette musique et en restitue toute la sauvage poésie, malgré une acoustique de la grande scène peu propice à ce type d’œuvre. Le chœur de Radio France, préparé pour l’occasion par Lionel Sow, est beaucoup moins favorisé par une disposition en fosse très étalée, qui ne permet pas une bonne cohésion des différents pupitres.
L’art de Bartabas se révèle complètement dans le rite païen du Sacre du Printemps. Dans ce monde primitif s’opposent deux groupes : celles qui font corps avec les chevaux et ceux qui restent attachés à la terre ocre, qu’ils foulent brutalement. Les écuyères, sortes d’amazones guerrières, vont s’attacher à soumettre ce peuple terrien. Les guerriers masculins vont graduellement apprivoiser ces chevaux, se couvrant de leurs queues, puis finir par les monter debout. Un seul danseur, l’élu restera au centre de la scène à fouler la terre ocre : il sera finalement sacrifié en offrande au printemps.
L’extraordinaire beauté plastique de la chorégraphie équestre du Sacre n’a d’égale que l’extrême liberté des chevaux, qui semblent être complètement en phase avec la musique de Stravinsky. Cette liberté culmine dans un moment d’abandon où les chevaux blancs livrés à eux-mêmes se roulent dans la terre battue. Ils préfigurent le dernier spectacle en date de Zingaro, Ex anima dans lequel Bartabas au sommet de son art choisit de faire évoluer les chevaux librement, à peine guidés par des hommes qui ne sont que des silhouettes sans personnalité.
La fête sacrée de la Symphonie de Psaumes est, elle, d’une beauté plus formelle, magnifiée par les éclairages de Bertrand Couderc. Cependant elle semble avoir moins inspiré Bartabas dans sa chorégraphie équestre. Suspendue aux cintres, une chrysalide va révéler une créature céleste. Six chevaux blancs évoluent en un ballet géométrique au gré de l’alternance de moments dynamiques et de passages plus contemplatifs, notamment dans le Laudate Dominum. Lors de l’Alleluia final, l’être angélique qui a survolé la scène finira par rejoindre le sable, comme un ange déchu retournant sur la terre, et vers lequel s’inclinent les chevaux en silence.
Le spectacle est à voir jusqu’au 26 septembre. Mais pour ceux qui ne pourraient s’y rendre, une bonne nouvelle : Bartabas a déjà annoncé qu’il réserverait deux de ses prochaines productions pour la Seine Musicale, en 2020 et 2022.
Réservations :
https://www.laseinemusicale.com/spectacles-concerts/bartabas-mikko-franck_e242
Plus d’informations sur le projet de l’Académie Équestre de Versailles :
http://bartabas.fr/academie-equestre-de-versailles/

Crédits photos :

Spectacle : ©Christophe RAYNAUD DE LAGE

Infos pratiques

Gagnez 2×2 places pour Qui a peur du Rose? de Françoise Tartinville
« The Dark master », cuisine et manipulations
Denis Peyrat
Ingénieur exerçant dans le domaine de l'énergie, Denis est passionné d'opéra et fréquente les salles de concert depuis le collège. Dès l'âge de 11 ans il pratique également le chant dans diverses formations chorales, en autodidacte mais avec une expérience qui lui permet à présent de faire partie d'un grand chœur symphonique parisien. Il écrit sur l'opéra et la musique classique principalement.

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *