Musique
Yvette Horner a 90 ans : Son copain, son compagnon, c’est l’accordéon ! Ou un suicide journalistique une veille de fin du monde

Yvette Horner a 90 ans : Son copain, son compagnon, c’est l’accordéon ! Ou un suicide journalistique une veille de fin du monde

19 décembre 2012 | PAR Arnaud Berreby

Il y a quelques semaines, la grande Yvette Horner fêtait ses 90 ans; l’occasion rêvée de disserter sur l’instrument dont elle est un des plus célèbres représentants dans l’hexagone, vous avez bien entendu deviné: l’accordéon.

 
Ah! ça ricane sec dans les couloirs labyrinthiques de »Toute La Culture »!
Le sujet ringard par excellence…
Qui s’intéresse encore à l’accordéon? Pépé Maurice? Mémé Ginette?
Et pourtant… Et pourtant vous faites erreur! l’accordéon bouge encore, il n’était pas mort: il ne faisait que dormir dans vos greniers.
On l’a sorti de sa malle abandonnée et dépoussiéré: maintenant, écoutez -le swinguer…
Le titre de notre article est extrait d’une chanson de Serge Gainsbourg : »L’accordéon », au départ créée pour Juliette Grécot en 1962, mais nous la préférons interprétée par Philippe Clay et Gainsbourg en personne, enregistrée pour les besoins d’une émission télé; elle narre les aventures d’un musicien qui fait la manche avec pour toute richesse son accordéon en bandoulière: phrasé et jeux de mots gainsbourgiens au service d’une mélodie désinvolte mise en couleurs par un accordéon virevoltant, une guitare rythmique et un xylophone.
C’était le temps où notre Serge chantait vraiment avant sa période talk over si fashion de nos jours; à l’occasion vous vous replongerez dans des pépites comme la Javanaise, la chanson de Prévert, ou l’avant-gardiste Black Trombone aux cuivres grandiloquents- bref le Gainsbourg d’avant Gainsbarre.
La rencontre entre les deux artistes a lieu à l’initiative de Gainsbourg, un de ses amis lui faisant remarquer la ressemblance physique étonnante entre les deux futurs compères; il propose alors un duo à Clay qui l’accepte pour notre plus grand plaisir!
L’accordéon, donc: C’est l’histoire d’un chauffeur de salles unique en son genre au timbre à la fois joyeux et nostalgique, tendre et mélancolique, qui eut son heure de gloire dans la première moitié du 20è siècle; il anime alors les fêtes populaires à une époque où danser n’était pas le privilège d’une minorité dorée.
Il a la particularité musicale, grâce à ses deux hanches, d’être à la fois pilier rythmique et soliste mélodique comme un époux modèle made in Versailles légèrement coincé le jour qui se métamorphoserait en vieille folle bas-résille et stilettos à la nuit tombante, rodant dans des lieux champêtres connus seulement de certains initiés…
La valse Musette, la Java sont alors à la mode et les virtuoses du « piano à bretelles » s’appellent Gus Viseur, Jo Privat, Tony Muréna.
Ils copinent parfois avec les Manouches pour le meilleur !
Ecoutez cette version de « Passion »(1939) de Muréna avec l’immense Django Reinhardt à la guitare: exaltante, enivrante, chasse- spleen des plus efficaces !

Un peu plus tard viendront André Verchuren, Aimable, Yvette Horner, Marcel Azzola; ce dernier trouvant une gloire ô combien méritée grâce à son célèbre accompagnement sur « Vesoul »(1968) du grand Jacques et son cultissime « Chauffe, Marcel, chauffe! »-Brel entrainant le virtuose vers des sommets -mission accomplie, coaching réussi!
La partition exécutée par Azzola est telle que l’oreille lui reste scotchée au taquet tout au long de la chanson; un peu comme la flûte sur « Il est 5 heures, Paris s’éveille »(1968) de Dutronc, l’autre Jacques étant d’ailleurs cité dans « Vesoul »- confirmation que le « Name Dropping » a existé bien avant Vincent Delerm!
Cette chanson raconte l’épopée d’une virée-chevauchée, comme un « Easy Rider » en chanson à la française, aux six coins de l’hexagone, qui nous dépeint Brel le misogyne obéissant aux quatre volontés de son accompagnatrice mais qui finit – tout de même nom de diou !- par se rebeller:
« Mais je te préviens, je n’irai pas plus loin!
« Mais je te le dis, j’irai pas à Paris.
« D’ailleurs, j’ai horreur de tous les flonflons
« De la valse Musette et de l’accordéon!

Ecoutez !

On voit bien là le sens de l’humour de notre instrument et sa grande humilité.
Il accepte sans broncher lui, qu’on nomme aussi « la boite à soufflets », d’être vilipendé de la sorte!
Mais son humilité le perdra: il tombe peu à peu dans l’oubli, remplacé par plus moderne, à l’arrivée du Rock et de la Pop vers le milieu des années 60.
Il devient alors progressivement le symbole d’une musique pour la génération précédente donc forcément réac- jeunisme quand tu nous tiens…
Enfin, ultime coup de grâce: Valery Giscard D’Estaing, oui l’ex, au comble de la ringardise, nous en fera une démonstration
magistrale en sa bonne ville de Chamalières au début des séventies: avec un ami pareil, l’accordéon n’a même pas besoin d’ennemis!
Fort heureusement à l’aube des années 80, Renaud et son accent titi parigot le remet à l’honneur: il retrouvera alors une seconde jeunesse qui semble devenir éternelle.
Ecoutons le remonter le moral de son cher poto « Manu »(1981) qui s’est fait larguer par sa petite:

« T’as été un peu vite pour tatouer son prénom
A l’endroit ou palpite ton grand coeur de grand con
Eh! déconne pas Manu, va pas te tailler les veines.
Une gonzesse de perdu, c’est dix copains qui reviennent »
Duo accordéon guitare sèche sans autre artifice. Sobre et envoutant.
D’autres artistes suivront tels que Gérard Blanchard et son Rock Amadour , les Négresses Vertes, la Mano Negra, les Têtes Raides ou dans un registre solo Astor Piazzola ou Richard Galliano qui vient du Jazz.
Ce dernier nous gratifie d’une « Foule », au festival Jazz de Marciac en 2008 accompagné de Wynston Marsalis, hommage à Piaf qui a tant fait swinguer les cœurs.

Ecoutez !

Elle évoque une romance échouée sur les récifs aigus qui peuplent la mer de nos échecs, avec Paris comme décor :
Montmartre, son funiculaire en contre champ et la rue Lepic qui nait en bas de la Butte, à deux pas de la place de Clichy la populeuse et commence son ascension, serpente lentement en se languissant déjà d’elle même, narguant le Moulin de la Galette, s’étire en s’étiolant, se lamente en venant enfin mourir au pied du Sacré Coeur.

Toutes les villes du monde ont été bâties de la sorte: le peuple au ras des pâquerettes qui cherche à s’élever dans la douleur tandis que les bourgeois et le clergé tutoient les hauteurs…
Comme « extension du domaine de la Butte », ajoutons que dans la famille « accordéon », nous demandons le Bandonéon! – son cousin issu de germain -savoureux régal à nos oreilles:
Merci d’écouter Michel Portal sur cet instrument, épaulé par Aldo Romano, qui nous gratifie d’un « Il Camino » sensible et chaleureux !

En espérant que, désormais, vous poserez sur l’accordéon un autre regard, peut-être moins méprisant, moins moqueur…

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