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[Live report] Mayra Andrade à l’Alhambra

[Live report] Mayra Andrade à l’Alhambra

11 février 2014 | PAR Elie Petit

Cesária Évora est morte le 17 décembre 2011. Mais le décès de la Diva aux pieds nus et ses 54 années sur scène à chanter le Cap-Vert ne laisse pas cette musique orpheline. Car Mayra Andrade et d’autres, sont là.

mayra-andrade-lovely-difficult1Et si Mayra Andrade était plus que l’héritière de Cesária Évora ?

Mayra Andrade se produisait hier à l’Alhambra, en clôture du festival Au Fil des Voix qui comptait dans sa programmation 2014 pas moins de 19 artistes et groupes dont Mamani Keita, Bibi Tanga et Mor Karbasi. Un festival courageux qui a bravé le pessimisme ambiant et « la crise » en doublant le nombre de ses soirées cette année. Un « pari sur le public ». Un pari gagnant à en croire son directeur artistique Said Assadi, qui a pris la parole avant le début du concert.

L’Alhambra est plein, le public attend, impatient de voir celle qui a sorti en novembre dernier son album Lovely Definitely. Elle arrive, habillée d’un haut coloré et d’une robe noire, mi pagne, mi accordéon de crépon. Et des musiciens soudés. Une claviériste, un guitariste, un batteur, et son bassiste, tous en grande forme.

Mayra Andrade emmène Gainsbourg, Biolay, Tété et Ben l’Oncle Soul au Cap-Vert

La chanson d’ouverture est forte et envoûtante. D’un créole cap-verdien aux sonorités magnifiques. Elle enchaîne immédiatement, après un sourire pour ses proches au balcon, par l’hymne qu’elle a écrit pour son île de Santiago. Et semble émue par les applaudissements du public. Une fraîcheur authentique. A n’en plus savoir quoi répondre entre les titres, Merci ou Obrigado.

Son titre « Simplement », écrit par Benjamin Biolay, a des accents de Gainsbourg dans un des seuls styles que le résident de la rue de Verneuil n’a pas arpenté : une sorte de chanson française en jazz latin qui ressemble aux sonorités de Chambre avec vue d’Henri Salvador, déjà accompagné à l’époque de Keren Ann et de… Benjamin Biolay.

Et vient le temps de sa superbe « Les Mots d’Amour », composée par Tété. Mais pas n’importe comment, car elle invite Ben l’Oncle Soul à la rejoindre sur scène. Un duo détonnant qui donne à cette chanson qui narre la difficulté d’une femme à trouver les mots une dimension nouvelle, à deux.

Un voyage entre rythmes et émotions

Mayra Andrade développe une vraie complicité avec le public. Elle cherche les Cap-Verdiens dans la salle et leur dédie une chanson qu’elle accompagne elle-même d’un ferrinho, un instrument percussif en métal troué qu’elle gratte, pour rappeler les rythmes de l’île.

On est attentif sur le lent Le jour se lève, co-ecrit par Yael Naim dont on sent l’influence musicale sur de nombreuses compositions.

Et rien n’arrête Mayra Andrade qui est rejoite lors de « Tempo ki Bai » par la superstar nigériane Asa. Impressionnant d’énergie et d’envie, le duo danse ensemble et retourne cette complainte qui parle du triste temps qui passe en rengaine infinie.

Au-delà de la musique cap-verdienne

Jonglant entre les langues (portugais, l’espagnol, le français, l’anglais et le kriolu, le créole cap-verdien.), tout semble facile et tout de même d’une intensité très forte, qui a suivi ses parents diplomates au Sénégal, Angola, Allemagne avant de s’installer à Paris.

Le public chante avec elle et même sans elle sur « Rosa ». Il l’accompagne et la porte pour la voir improviser à la Billie Holiday entre scat et vocalese. Elle raconte et traduit aussi les paroles de ses chansons. Et l’on comprend que la profondeur des émotions partagées tiennent aussi des textes qui sont tout aussi fort. Beaucoup d’amour, de nostalgie, d’introspection, et d’espoir surtout.

Apothéose sur « Comme s’il en pleuvait » qui lui donnait également Tété en 2006, dès son premier album, composé exclusivement en créôle, hormis ce titre.

Mayra Andrade a 29 ans et déjà 4 albums avec elle. C’est déjà une très grande qui sait s’entourer, tant de bons musiciens que d’invités marquants et de collaborations fructueuses .. Cesária Évora veille tranquille. La musique de son île a un avenir. Mayra Andrade la fait vivre et voyager, se mélanger et toucher les cœurs, avec talent.

A voir et à revoir ! Mais quand alors ? Au célèbre club de jazz londonien Ronnie Scott les 10 et 11 mars prochain pour les plus courageux et entre autres le 30 mars au Festival Chorus à Nanterre.

Visuel : (c) pochette de Lovely Difficult de Mayra Andrade

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Elie Petit
https://www.instagram.com/elie_petit/

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