World

[Live Report] France-Irlande, la troisième mi-temps à la Philharmonie

[Live Report] France-Irlande, la troisième mi-temps à la Philharmonie

27 février 2017 | PAR Alice Aigrain

Ballon ovale vs cornemuse, concertina et harmonium. Ce samedi 25 février, la France a rencontré la culture celtique. Et pas seulement sur la pelouse dublinoise où à l’occasion du tournoi des 6 nations, l’Irlande donnait une leçon de rugby au XV de France. À la philharmonie, certains spectateurs peu rancuniers ont pu également se familiariser avec un autre jeu, plus musical, dont irlandais et écossais sont aussi les spécialistes.

Peut-on vraiment qualifier la musique dite celtique ? C’est la question sur laquelle se penchait la Philharmonie ce week-end. Il n’y a en effet pas vraiment de consensus sur sa définition tant géographique que musicologique.  Entre fantasme et tradition, il existe pourtant des musiciens qui font vivre et évoluer la culture celte, ses contes, son imaginaire et ses langues. Ce sont trois groupes que le public a été invité hier à écouter et à découvrir pendant plus de 3h30 de musique enchanteresse. Ils sont ceux qui réinventent la tradition celtique, qui y mélangent les influences, les sonorités, tout en conservant les instruments, la langue, ces petits décrochés qui modulent le chant, ce travail de l’a capella ces grains de voix et ces timbres qui créent une atmosphère qui varie entre nostalgies et un mystère, si déterminante dans cette musique.

Il y a d’abord eu Lynched, probablement le plus original des trois. Ce quartet dublinois a été formé par les deux frères Lynch (à la guitare et à l’uilleann pipes,) rejoints par Cormac Mac Diarmada et Radie Peat. Originellement plus proche du milieu punk que de celui du folklore irlandais, s’ils se tournent vers la musique traditionnelle c’est parce qu’ils la jugent «Plus punk que le punk ». Elle y véhicule la même envie d’insurrection, les mêmes messages, mais l’on « en comprend les paroles ». Le mélange entre ces deux cultures est savoureux, un folk punk reprenant les musiques traditionnelles avec ses instruments les plus emblématiques : cornemuse, fiddle, concertina et harmonium donnent la sonorité à des interprétations difficilement classables. Leur dernier album Cold old Fire est illustratif de leur démarche : réactiver ce qui fait le cœur de la musique irlandaise : ce melting pot musical dû à sa condition de terre de passage et de voyage ainsi que cette tradition orale dans laquelle la musique n’est jamais dénuée de fond. Lynched s’attelle donc à décrier l’injustice autant qu’à peindre le tableau d’un pays empli d’espoir et de douces folies. Le quartet s’est présenté sur scène avec l’assurance de ceux qui sont là pour partager. Avec un naturel déconcertant, ils ont animé la grande salle de la philharmonie avec la même décontraction qu’ils l’auraient fait pour l’auditoire enivré d’un pub irlandais. Douceur et sympathie, militantisme et amicalité, le public est rapidement embarqué dans le voyage.

Puis il y a eu l’arrivée en Écosse via la douce voix de Julie Fowlis. Chanteuse reconnue, elle interprète la tradition celtique qu’elle étudie et connaît dans ses détails et ses profondeurs. Pas de renouveau franc ici, mais la réactualisation d’un répertoire de chants issu de la tradition des Hébrides. Accompagnée de 3 instruments à cordes (bouzouki irlandais, violon et guitare) et d’une cornemuse, elle chante en gaélique des musiques à la rythmique qui rappelle celle des vents qui balayent ces îles de l’Ouest de l’Écosse. Enfin, le groupe The Gloaming est venu clôturer cette nuit celtique. Le groupe fait office de tête d’affiche. Le quintette irlando-américain est porté par des musiciens talentueux venus d’horizons divers : au fiddle Martin Hayes, fait figure d’icône de la musique traditionnelle. Avec lui, un chanteur spécialisé dans la tradition de chant sean-nós et ancien membre d’Afro Celt Sound System : Larla O’Lionaird; un guitariste américain Denis Cahill qui aime expérimenter le mélange des cultures et des sonorités, un jeune violoniste, qui manie un fiddle Fardanger et ses 5 doubles cordes avec une dextérité et un ressenti qui colore toutes les interprétations du groupe d’une subtile mélancolie. Enfin, venu d’un autre monde sonore: l’électronica et le folk rock, le New-Yorkais Thomas Bartlett aussi connu comme Doveman finalise ce groupe venu d’ici et d’ailleurs.
A leurs côtés, le chemin de retour en Irlande se fait plus lent, plus minimaliste. Le tempo ralentit, la voix assume sa part de nostalgie. Les arpèges se réduisent, on nous conte une histoire dans une langue ancestrale que l’on pense pourtant comprendre. Dans cette façon de dérouler répétitivement des arpèges minimalistes, on y voir la tradition ancestrale qui consiste à revenir sur une syllabe en la modulant, comme on y retrouve la musicalité de l’esthétique minimaliste – Philip Glass entre autres (qui passera à la fin du mois dans cette même salle). Mais on ne tape plus du pied, on se redéfile plutôt les images d’un voyage qui n’existe plus que par les souvenirs qu’ils nous en restent. Dans le dernier album 2 de The Gloaming, la tradition celtique semble avoir été digérée et amenée ailleurs. La réelle compréhension d’un héritage est sûrement dans cette démarche même. On en reconnaît cette chose indéfinissable qui rend la musique irlandaise si profonde et pleine, mais on ne sait plus vraiment où nous sommes. Une incertitude qui se pose comme un manifeste de ce qu’est la musique celtique aujourd’hui : une essence qui perdure et infuse un espace indéterminé.

[Live-Report] Les Ecrans, Ecran Noir et Toute La Culture font leurs Oscars au Club de l’Etoile
Agenda culturel de la semaine du 27 février 2017
Alice Aigrain
Contact : alice[email protected]

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *