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[Live Report] Afro-féminisme en scène et en musique à la philharmonie avec les Amazones d’Afrique

[Live Report] Afro-féminisme en scène et en musique à la philharmonie avec les Amazones d’Afrique

13 mars 2017 | PAR Alice Aigrain

Dimanche 18h, la grande salle Pierre Boulez de la Philharmonie change de continent. Au programme, un riche concert du supergroupe Amazones D’Afrique. Entre musique, militantisme humanitaire et féministe.

SuperGroupe ?

All-star au féminin, collectif militant, supergroupe, formation féministe. Écouter les Amazones d’Afrique c’est se confronter à tout cela en même temps. Au commencement il y a trois grands noms de la musique malienne : Oumou Sangaré, Mamani Keita et Mariam Doumbia qui en octobre 2015 donnent un premier concert à Marseille dans le festival La fiesta des Suds. Depuis elles ont réuni autour d’elles bon nombre de chanteuses et musiciennes parmi les plus reconnues de la musique ouest-africaine. À la manière d’un collectif d’artiste, les collaborations sont plus ou moins longues et stables. Au fil de ces associations intergénérationnelles se forme un projet musical qui réinvente les différentes cultures musicales, traditionnelles ou actuelles. Quelques sonorités de dub, de blues et de funk, mélangées aux traditions mandingues et griotiques, des flows issus de la culture hip-hop ou du chant responsorial, tout entre en collision et finit par faire sens. Ce soir sur la scène il y avait Mamani Keita, Kandia Kouyaté, Mariam Doumbia, Rokia Koné, Mariame Koné, et Aminata Danté à ces très grandes voix d’Afrique de l’Ouest, présentes lors de l’enregistrement de l’album Republique Amazone sorti il y a quelques jours seulement, s’ajoutaient celle de Babani Koné. Pour les accompagner deux guitaristes, un clavier et un batteur.  Les difficultés techniques– larsens, balances mal gérés, micro qui ne s’allument pas, etc., – auxquelles elles se sont confrontées de façon récurrente durant tout le concert a nui à la qualité de la prestation. À cela s’est ajouté un public très retissent et peu engagé qui a fini par se scinder distinctement en deux groupes : ceux qui emportés par l’implication du groupe étaient frustrés du placement assis et ont fini par aller danser devant la scène et ceux qui surpris et refroidis, sont restés de côté, manifestant ostensiblement leur peu d’envie de participer activement à l’ambiance. Malgré cette situation peu favorable, par leur engagement et la diversité de leur musique, les Amazones d’Afrique ont réussi à faire passer leur univers musical et leur message.

Amazones : combativité musicale

Car l’aventure du groupe est avant tout militante. Lors de la genèse, le contexte est celui de la crise militaire et politique qui secoue le pays d’origine des trois fondatrices. Elles se regroupent autour d’une préoccupation commune : celle de la condition féminine dans cette situation mouvementée. Elles s’unissent alors pour mieux transgresser. Transgresser les traditions avant tout, par l’iconoclasme de leur collaboration qui déborde largement les cadres autorisés des traditions de castes des cultures mandingue et bambara. Si elles font éclater ces règles, c’est pour porter une lutte qui ne s’arrête justement pas aux frontières sociales qui séparent les personnes issues des lignées royales et celles de la classe des griots. Leur combat contre les violences faites aux femmes impose d’aller au-delà des traditions, mais aussi des tabous : de parler de ce que le patriarcat enfouit et ne nomme pas. Ce qui ne se dit pas, elles le chantent, avec une force guerrière et poétique. Comme dans leur single I play the kora, (un titre déjà lourd de sens, la kora étant un instrument traditionnellement joué par les hommes chez les griots) qui sonne comme un manifeste féministe parlant de droits, de respects et d’égalité.

À l’origine même du projet, cet engagement est également une réalité de fait, une part des revenus générés par la billetterie et la boutique est reversée à la Fondation Panzi créée par le gynécologue Denis Mukgwege qui soigne depuis une vingtaine d’années les victimes de viol dans l’est de la RDC.

©redit photo: Philharmonie de Paris

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Alice Aigrain

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