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Aymane Serhani: l’ego-trip sur scène

Aymane Serhani: l’ego-trip sur scène

14 février 2018 | PAR Donia Ismail

Révélé avec son tube Lebsa Jelaba, le chanteur franco-marocain séduit les foules par ses musiques colorées. Jamais sans son téléphone, il introduit le concept du selfie sur scène, symbole de notre société ego-trip.

Si vous êtes rentrés au pays pendant les vacances d’été ou si vous avez surfé sur la toile depuis Paris, le phénomène Aymane Serhani n’a pas pu vous échapper. Il est partout: à la télé où il était l’un des invités de l’émission du 31 décembre de la chaîne marocaine 2M, dans les radios maghrébines… Il a, quelque peu, rythmé cette année.

Le chanteur franco-marocain aux 67 millions de vues sur Youtube s’est fait connaître avec un tube, Labsa Jelaba (Elle porte une djelaba), filmé en « selfie », sa marque de fabrique, avec des potes au bois de Vincennes. D’inspiration algérienne, son raï n’est en aucun cas politique. Lui, s’intéresse à ce que l’on pourrait appeler des futilités. Il est vrai que parfois on en rit. Mais ce qui plaît chez Aymane Serhani c’est la musique, son côté mélodieux. Du raï pur et dur: voix autotunée à mort, synthé groovy, percussions qui donnent envie de se trémousser, la recette parfaite. Il faut avouer que c’est entrainant et que sans le vouloir, on se laisse prendre au jeu, à se dandiner sur ses airs contagieux. Ses clips sont quelque peu redondants. On le voit, lui s’amuser dans sa voiture seule, en selfie dans Nebghi Djini Bsurvet (J’aime quand elle vient me voir en survet), lui dans une voiture se promenant dans les rues de Marrakech dans Hayat, toujours en mode selfie… On l’a bien compris, les selfies il adore ça.

Addict au selfie

Mais jusqu’où va le vice? Sur scène, les chanteurs arabes, quel qu’ils soient, mettent en avant cette stature de l’homme/femme seul(e) face à son public. Des plus classiques comme Kadhem Saher aux chanteuses de pop sucré Nancy Ajram, l’artiste arabe met en avant cet isolement scénique. La diva égyptienne Oum Kalthoum de son temps avait popularisé cette mise en scène, qui n’avait qu’un but: favoriser la communion entre le performeur et son public. Abdel Halim Hafez, Fairouz et même Sabah Fakhri l’ont repris. Ce « seul en scène » a transcendé les seules barrières du classique pour être utilisé dans d’autres genres musicaux, comme la pop. Aymane Serhani ne déroge pas à la règle. Mais lui y ajoute sa marque de fabrique, sa petite dose de folie: le selfie. Souvent adoré par les artistes, la scène est l’unique moment où l’artiste est face à ses fans, partage avec eux un moment d’une rare intensité. Cependant, le jeune Serhani entrave cette communion en y installant une interface, symbole de son ego-trip absolu, un téléphone. En s’enfermant de son complexe selfique il retire à l’expression arabe, sa plus belle forme: la scène. Il l’altère, la dénature en y amenant son Iphone. Alors oui, il est ce que l’on pourrait appeler le symbole d’une génération obnubilée par son écran tactile, mais on pensait les artistes à des années-lumière de ces habitudes. Le selfie dans la rue, devant des monuments célèbres, à des concerts et maintenant sur scène. Aymane Serhani fait du selfie une marque à part entière.

visuel: instagram @aymaneserhani

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Donia Ismail

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