Musique

Washed out, une vague de plaisir

Washed out, une vague de plaisir

01 juillet 2011 | PAR Morgane Giuliani

C’est une jolie histoire comme seul le Grand Internet peut parfois en réaliser. Point de départ : Ernest Greene, un physique de surfeur et une bouille d’ange aux yeux profonds, vit une adolescence placée sous le signe de l’ennui, dans une ville rurale perdue au fin fond de la Géorgie, de l’autre côté de l’Atlantique. La musique étant la seule échappatoire, il la réalise « en chambre », dans le langage moderne : grâce à des logiciels informatiques, sur son ordinateur et les met à disposition du monde sur MySpace. Dénouement heureux : des producteurs influents finissent par le repérer, et le signent. Washed Out est né.

Entre 2009 et 2010, le jeune prodige ne réalise pas moins de trois EP faisant tranquillement leur chemin sur la Toile par le miracle du bouche à oreille. Le premier, Life of Leisure, titre rêveur s’il en est, se fait une réputation par le single « Feel It All Around », rencontrant un succès certain auprès des connaisseurs de musique électronique. Reprenant le sample de « I Want You » de Gary Low (1983), il propose une voix hantée, des paroles presque indiscernables : Washed Out enveloppe d’une musique pleine de mystère, à la fois lourde par la pulsation répétitive et légère par la voix angélique, combinaison parfaite portant au rêve.

Opportunité géniale : tout en joie mélancolique, le titre « New Theory », également présent sur l’EP, figure au générique de l’un des épisodes de la saison trois de la sublime série anglaise « Skins » et donne un coup d’accélérateur à la renommée de Washed Out.

INTERNET COMME TREMPLIN

La Toile se penche avidement sur ce jeune prodige qui enchaîne les pépites. « Get Up » est la prochaine. Reprenant cette fois le sample de « Got To Get Up » de Change, tube du milieu des années 80, ce titre dansant séduit par son énergie langoureuse égarée entre hier et aujourd’hui. De ce premier EP quasi parfait, on retient également « You’ll See It », titre aérien, où la voix semble venir d’une autre dimension, comme brouillée par le chemin parcouru, tandis que le synthé se mêle habilement à des cymbales joyeuses. Et enfin, « Hold Out », dernier single extrait, à la tonalité beaucoup plus pop grâce au combo synthé-basse-boîte à rythme, offre un cocktail ébouriffant. L’influent Pitchfork décerne à Life of Leisure un mérité 8/10, acclamant la capacité de Greene, multi-instrumentaliste, à proposer une musique de mouvance lo-fi à l’atmosphère aérienne d’aussi bonne qualité que celle des acclamés Toro Y Moi, Neon Indian, tout en cultivant un côté sombre façon Salem.

Sort ensuite un deuxième EP : « High Times », s’illustrant notamment par le single « Belong ». Beaucoup plus psychédélique que les précédents morceaux de Washed Out, il offre un rythme à la MGMT, couplé à des paroles hantées, clamées plus fort qu’à l’accoutumée. C’est une explosion de couleurs teintées de sépia et l’on se laisse allégrement porter par ce trémolo électro. Le synthé étant omniprésent, on a en bouche un goût de New Order à l’écoute de titres volontairement kitsch tel « Olivia » ou encore « Phone Call », que l’on savoure comme un bon vieux générique de la Croisière S’Amuse. On se surprend même à entamer un pas de twist sur l’hypnotique « Yeah », où la guitare vient ponctuer la batterie jazzy.

L’année 2010 se clôt par un troisième EP, sobrement intitulé Untitled EP, que Washed Out défend sur la route avec ferveur, enchaînant concerts et festivals à travers les Etats-Unis, offrant son joli minois aux foules grandissantes l’accueillant. Pendant ce temps, le reste de la planète danse de plus en plus au rythme de ses tubes édulcorés.

 

LE « STYLE » WASHED OUT
Rapidement, on colle une étiquette à Washed Out : chillwave, comprenez « vague de frissons ». Nouvelle vogue dans l’électronique, on s’amuse à créer des mouvances en fonction des sensations ressenties à l’écoute de l’artiste concerné. Il faut avouer qu’ici, le terme est plus qu’adéquat. C’est bien un frisson qui vous parcourt l’échine à l’écoute de cette musique au sein de laquelle on se perd avec délectation, entre ici et ailleurs, aux frontières de la transe, dans un dosage parfait entre rêve éveillé et songe hanté. Surpris par l’engouement rapide et plus encore, les tentatives d’interprétation que sa musique suscite, Ernest Greene garde la tête sur les épaules et répond dans un sourire ravageur qu’il fait simplement ce qu’il aime, sans arrière-pensées.

Malgré cela, il y a quelques mois, la Toile s’emballe. Washed Out signe sur le label rock indé Sub Pop Records et travaille enfin sur son premier album, étapes supplémentaires cruciales, pleines de promesses mais aussi d’angoisse. Comment parvenir à aller de l’avant, à ne pas réaliser un album qui ne serait qu’une copie des Eps fabuleux ? Rapidement, des titres sont dévoilés. « Eyes Be Closed », proposée en téléchargement gratuit, croisement entre Panda Bear et The Cure, rassure : Ernest Greene conserve l’ambiance atmosphérique, sombre, tout en l’agrémentant de passages lumineux comme sur le pont où sa voix extatique se dissous parmi les percussions et le synthé façon 80ies, qui demeure une référence. Second extrait : « Echoes », où l’on peut aussi sentir l’influence de New Order, avec un rythme entêtant et une voix incantatoire, comme sortie de l’inconscient. L’impatience grandit à mesure que d’autres indices sont donnés : l’album se nommera « Within and Without » et la pochette présente un couple en pleine étreinte, pris en photo du dessus, capture d’un moment d’intimité dans une lumière vive : révéler au grand jour ce qui demeure normalement dissimulé.

« WITHIN AND WITHOUT » : CONSECRATION D ‘UN JEUNE PRODIGE
Dans ce premier album magistral, disponible en écoute intégrale sur NPR et Soundcloud, Washed Out sonde l’âme, s’empare de nouveaux instruments et fait de l’amour son thème de prédilection. Il en va ainsi sur l’enjouée mais plus classique « Amor Fati », « Soft », petite perle électro-pop qui n’est pas sans rappeler Phoenix pour le son hype, tandis qu’un violon s’invite sur la sombre « Far Away », entre claviers délicats et percussions martelées. « Within And Without » charme par sa douceur voluptueuse terminant dans un scintillement hypnotique, tandis que « A Dedication » forme une belle chanson de clôture grâce au piano joliment triste et où l’on peut même discerner des cuivres au loin. « Before » demeure cependant mon coup de cœur, que ce soit pour le « Paris ! » répété à de nombreuses reprises, mais surtout, pour le rythme à la fois lancinant et papillonant, le synthé féérique couplé au beat électro imparable.

Tout en finesse, « Within And Without » signe l’arrivée à maturation d’un jeune artiste surdoué, proposant des titres soignés, prenant leur temps, amenant à la découverte permanente. Chaque écoute supplémentaire porte son lot d’effets nouveaux, de trésors enfouis que l’on atteint au fur et à mesure que l’on se laisse bercer par cette douce musique rayonnante, hors du temps, placée sous le signe de l’euphorie mélancolique. Un grand premier album à savourer de toute urgence, et que vous pourrez entendre sur la scène du Nouveau Casino le 7 août prochain, dans le cadre du Colors Music Estival.

Washed Out, Within and Without, Sub Pop Records, 15 euros. Sortie le 11 juillet 2011.

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Morgane Giuliani

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