Musique

Soundwalk : brillants DJ de nos mémoires

Soundwalk : brillants DJ de nos mémoires

07 mai 2012 | PAR Géraldine Bretault

Pendant deux mois, le collectif newyorkais Soundwalk a sillonné les eaux de la mer Noire sur un voilier truffé de matériel hi-fi dernier cri. Objectif de la mission : traquer les sons, tous les sons, des émissions radios aux éléments atmosphériques et à la faune rencontrés sur cette mer balayée par les vents. Vincent Moon (collaborateur de la Blogothèque) a fourni les images vidéo de la pièce.

Quelques révisions géographiques s’imposent au préalable… : quels sont les territoires qui bordent la mer Noire ? La Turquie (le détroit du Bosphore relie la mer Noire à la mer de Marmara au sud), la Géorgie, la Russie, la Crimée, l’Ukraine, la Roumanie et la Bulgarie. Autant de pays dont l’histoire politique au XXe siècle est marquée par des événements tragiques, du génocide arménien aux dictatures communistes.

Toutefois, pour appréhender dans le détail le périple du collectif, il convient de se reporter à l’ouvrage édité à cette occasion, qui réunit le CD de la composition sonore de Soundwalk, le journal de bord d’Arthur Larrue ainsi que les photographies de Stephan Crasneanscki (cf. illustrations).

Car la représentation publique de la pièce sonore Medea s’inscrit plus radicalement dans le champ de la live performance. Sur scène, un cube délimité par ses arêtes lumineuses se détache dans l’obscurité. Au fond, un écran de projection, au centre, des chaises et une table qui accueillent quatre ordinateurs portables associés à autant de consoles de mixage miniature. Enfin, au sol, six enceintes.

Les membres du collectif entrent et s’installent successivement. Commence alors un périple sonore et visuel qui restera longtemps dans nos mémoires. La mer Noire est d’abord rouge, que l’on aperçoit dans un triangle aux arêtes mouvantes, sur l’écran en fond de scène. À mesure que les quatre artistes prennent leurs marques et triturent les sons sur leurs consoles, nos oreilles s’affûtent, et l’ouïe prend le pas sur nos perceptions visuelles.

Comment raconter un voyage, dans l’espace et dans le temps ? Nullement une Odyssée des temps modernes, Medea est l’expérience de l’indicible et de la mémoire impossible. La composition sonore, qui mixe de la musique électronique à des voix d’hommes et de femmes au grain minutieusement restitué, nous entraîne loin, nous happe via les effets synesthésiques qu’induit la création visuelle et sonore qui se déroule en direct sous nos yeux.

Il est rare d’assister à une improvisation aussi véritablement collective, chacun des membres présents sur scène étant à la fois immergé dans ses propres sensations et complètement à l’écoute des propositions de ses partenaires. Un moment d’une grande élégance, une prestation qui sait jouer de nos frustrations pour étirer le temps et nous révéler ce que nous devinons au fond de nous : que notre mémoire est aussi trouble que le destin de Médée.

 

Visuels : Medea – Soundwalk Collective © Stephan Crasneanscki in Medea – éditions Dis Voir, 2012

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Géraldine Bretault
Diplômée de l'École du Louvre en histoire de l'art et en muséologie, Géraldine Bretault est conférencière, traductrice et rédactrice dans le secteur culturel, collaboratrice régulière de l'ICOM, des Rencontres d'Arles, de la revue de design Etapes. Membre de l'Association des traducteurs littéraires de France et du Syndicat de la critique de théâtre, musique et danse, elle a rejoint l'aventure de Toute La Culture en 2011, autour des rubriques Danse, Expos et Littérature. Elle a par ailleurs séjourné à Milan (2000) et à New York (2001, 2009-2011), où elle officiait en tant que Docent au Museum of Arts and Design et au New Museum of Contemporary Art.

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