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« Médée », conclusion pour une héroïne vengeresse

« Médée », conclusion pour une héroïne vengeresse

17 septembre 2019 | PAR Laetitia Larralde

Avec ce quatrième tome de Médée, Nancy Peña et Blandine Le Callet amènent l’histoire de cette femme violente et passionnée à son dénouement. Une fin sanglante et pourtant sereine.

Sentant la mort venir, Médée décide de raconter sa vie, telle qu’elle l’a vécue, loin des mythes créés autour de sa monstruosité. Ce tome 4, La chair et le sang, reprend le cours l’histoire alors que Médée, enceinte, et Jason arrivent à Corinthe pour se placer sous la protection du roi Créon, loin de la cour de Iolcos et du meurtre de Pélias. Si Jason est considéré comme un héros, Médée reste la sorcière barbare aux yeux de tous. Tant qu’elle cache son savoir et son besoin de liberté, la vie s’écoule sans heurts. Mais c’est sans compter sur la faiblesse des hommes, leur lâcheté et leur soif de pouvoir qui la pousseront à se venger de la plus odieuse des façons.

La Médée de Nancy Peña et Blandine Le Callet est une femme forte, savante et libre. Même quand ses décisions sont dictées par la passion, elle assume toujours ses actes, jusqu’à choisir la pénitence éternelle pour le meurtre de ses enfants. Elle est souvent représentée aux prises avec une force animale violente, un serpent symbole de ses pulsions primales. Oscillant entre forces occultes et instinct, on sent que Médée tente de cacher sa nature profonde, de vivre comme les autres le souhaitent, jusqu’à ce que les multiples trahisons fassent tout remonter à la surface dans un torrent de rage destructeur.

Le dessin élégant et fluide de Nancy Peña complète avec finesse le texte de Blandine Le Callet. Ce tome correspond à l’argument de la pièce de Sénèque, augmenté de ce qui se passe après sa fuite de Corinthe et raconté d’un point de vue féminin. Les autrices accordent à Médée un épilogue où elle atteint la paix, en accord avec elle-même. Exilée une ultime fois, elle décide de se couper du monde et de vivre libre, en autarcie avec quelques femmes sur une île aux pouvoirs mystérieux. Si l’histoire lui fait l’injustice de ne retenir que ses crimes et d’effacer ceux des hommes, de l’ériger en monstre, elle l’accepte tout en partageant sa version des évènements.

L’histoire de Médée varie selon les mythes, tantôt bourreau tantôt victime, mais toujours l’étrangère contre qui se retourner en cas de malheur. La fin de sa vie reste vague, et la conclusion proposée ici constitue une bulle de sérénité, une respiration bienvenue après la densité digne d’une malédiction de meurtres, trahisons et fuites de la vie de Médée. Femme, intelligente, étrangère, autant de caractéristiques innées qui n’auraient pas dû lui être reprochées mais qui pourtant ont fait son malheur. Entre monstre tragique et femme blessée, Médée nous invite à une acceptation entière de soi, si difficile que cela puisse être. Car en chacun de nous sommeille une part de monstruosité.

Médée, tome 4 : la chair et le sang, de Nancy Peña et Blandine Le Callet
Casterman

Visuels © Casterman

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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