Fictions

« Yerma » de Federico Garcia Lorca : Malheurs d’une femme sans enfant

« Yerma » de Federico Garcia Lorca : Malheurs d’une femme sans enfant

17 septembre 2019 | PAR Julien Coquet

Yerma, pour sa plus grande tristesse, ne parvient pas à donner d’enfant à son mari. La pression sociale de l’Espagne rurale des années 1930 deviendra insupportable pour cette femme acculée.

La première de Yerma, en 1934, fut très chahutée : comment pouvait-on applaudir une femme qui étranglait, à la toute fin de la pièce, son mari, au seul prétexte que celui-ci ne lui donnait pas d’enfant ? La droite espagnole se déchaîna contre un sujet alors polémique, et surtout contre un auteur bien trop proche des républicains. Position politique qui coûtera la vie à Lorca deux ans plus tard, au début de la Guerre d’Espagne (1936 – 1939). Toute la pièce est centrée autour de la fertilité : dans cette première moitié du XXème siècle comme pour tous les siècles qui ont précédé, une femme est d’abord un ventre : « Nous les femmes nous n’avons qu’une chose à faire, des gosses et la charge des gosses ». Le mari de Yerma, Juan, délaisse pourtant son épouse alors que celle-ci rêve d’avoir un enfant. Toute la vie du village, toute la vie sociale, tourne autour de la maternité. « En outre, dans cette Andalousie si fortement marquée par l’Islam et un catholicisme strict, avoir des enfants est le signe de l’élection par Dieu et la manifestation de sa bénédiction » (écrit Albert Bensoussan qui traduit la pièce et signe l’appareil critique). La frustration développée par Yerma, la honte qu’elle subit et le désir charnel qu’elle a pour un autre villageois la conduiront au meurtre de son mari.

Situé entre Noces de sang et La Maison de Bernarda Alba, Yerma est porté par la belle écriture métaphorique de Garcia Lorca qui compose là une tragédie de la frustration, mêlant lyrique et baroque.

« Je ne pense pas au lendemain, je pense au jour d’aujourd’hui. Tu es vieille et tu vois tout comme un livre déjà lu. Moi, j’ai soif et je n’ai pas de liberté. Je veux tenir mon enfant dans les bras pour dormir tranquille, et écoute-moi bien sans t’effrayer de ce que ej vais dire : même si je savais que mon fils plus tard me ferait souffrir le martyre, quand bien même il me détesterait ou me traînerait par les cheveux dans les rues, sa naissance me comblerait de joie, tu m’entends ? Mieux vaut pleurer pour un homme vivant qui nous poignarde que pleurer pour ce fantôme qui, depuis des années, pèse sur mon cœur. »

Yerma, Federico Garcia Lorca, Gallimard, Collection Folio Théâtre, 224 pages, 6,20 €

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