Musique

Save The Last Dance For Me : un contrat de mariage atypique

Save The Last Dance For Me : un contrat de mariage atypique

13 février 2013 | PAR Arnaud Berreby

Qu’est-ce que l’engagement ? Quel est le sens de la supposée permanence des sentiments à une époque où les couples ne résistent pas à l’épreuve du temps ?

Ce qu’aimer signifie…

« Save The Last Dance For Me » est une chanson genre bluette romantique écrite par les américains Doc Pomus et Mort Shuman, songwriters à succès dans les années 60 ayant écrit pour les plus grands interprètes de leur époque dont, excusez du peu, Elvis Presley.
Cette chanson, créée pour les Drifters en 1961, évoque les recommandations moralisantes quelque peu neuneu tendance Wasp canal hystérique d’un mari macho à l’attention de son épouse qu’il autorise à danser avec un autre partenaire :

« Tu pourras danser autant que tu voudras avec ce type,
« Qui te fait de l’œil et te tient serrée dans ses bras,
« Tu pourras lui sourire, sous la lune pâle,
« Mais n’oublie jamais qui te ramènera à la maison,
« Et dans quels bras tu t’endormiras,
« Alors chérie, garde moi la dernière danse. »

« Tu pourras danser encore et encore jusqu’au bout de la nuit,
« Et s’il te demande, à la fin de la fête, si tu es seule
« Et si il peut te raccompagner à la maison,
« N’oublie jamais dans quels bras tu t’endormiras,
« Alors chérie, garde moi la dernière danse. »

Ce morceau est très étrange : le mari, à contre cœur, laisserait sa femme dans les bras d’un autre mais en la prévenant de ne pas déraper, le tout chanté par cinq Blacks pré Motown sur une mélodie légère emplie d’harmonies vocales à la Platters ?
Les auteurs de la chanson seraient-ils pervers, maso à moins qu’il y ait un accord implicite au sein du couple genre voyeurisme pré-échangiste cuir et fouet ?

La vérité est tout autre : Doc Pomus l’auteur du texte, atteint de Poliomyélite depuis l’enfance, était bien entendu incapable de marcher encore moins de danser…
Il a écrit cette chanson pour son épouse afin de lui témoigner avec ferveur et délicatesse de l’immensité de son amour : cette dernière danse est bien celle de leur union à tout jamais par delà et à cause justement de sa différence.
Tu seras mes jambes et tout le reste tant que nos esprits seront en communion.
Il pourra te faire danser car cela doit être merveilleux, surtout dans tes bras, comment oserais-je te priver de tanguer puis chavirer au son de ma musique ?
Il est comme l’héroïne de « La Pitié Dangereuse » de Stefan Zweig clouée dans son fauteuil roulant mais son cerveau génial, lui, a produit des chansons splendides et intemporelles.

Cette ritournelle guillerette nous entraine donc au jeu des chaises musicales et pourtant les faits sont têtus, certes, mais la puissance des sentiments évoqués nous emporte vers des hauteurs d’allégresse insoupçonnées…

Mort Shuman, le compositeur, fera, dans les années 70, une seconde partie de carrière en France dans un registre plus léger, mais Il adaptera tout de même cette chanson en français, en 1976, sans obtenir toutefois un franc succès, les auditeurs lui préférant la face B, le simplet « Hello Papa Tango Charlie ».
Il composera également un splendide « Eté de Porcelaine » à découvrir mais pour amoureux exclusivement prêts à s’engager pour l’éternité !

Ce qu’aimer signifie…

 

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