Musique
Rencontre avec Jacques Gamblin et Laurent de Wilde à l’occasion du festival Jazz sous les Pommiers

Rencontre avec Jacques Gamblin et Laurent de Wilde à l’occasion du festival Jazz sous les Pommiers

16 février 2011 | PAR Amelie Blaustein Niddam

A l’occasion des 30 ans de Jazz sous les pommiers, le directeur, Denis Le Bas a proposé au comédien Jacques Gamblin et au jazzman Laurent de Wilde de penser un spectacle autour du jazz à découvrir à partir du 28 mai, jour de l’ouverture du festival. Toute la culture les a rencontrés à l’Entrepôt, un cinéma-restaurant-bar-galerie dans le 14e arrondissement de Paris. Un lieu qui n’est pas cantonné à une activité, un peu à l’image de ces deux artistes « libres ».

Quel est le projet des 30 ans ?
Jacques Gamblin : C’est une lecture-concert-spectacle, c’est assez large. Il va s’agir d’une lecture car je n’aurai pas le temps d’apprendre tous les textes par cœur et ce n’était pas le but.
J’ai eu envie de dire oui à Denis Lebas, directeur de jazz sous les pommiers, non pas parce que je suis un grand connaisseur de jazz mais parce que c’est une musique qui me touche.
Je suis fasciné par l’improvisation. L’autre jour, pour donner un exemple, j’ai vu Laurent de Wilde apporter une feuille simple à ses musiciens et ils sont partis à jouer comme s’ ils connaissaient les morceaux depuis des semaines. C’est la réunion de musiciens très forts qui ont l’habitude de jouer ensemble, il y a quelques signes sur une feuille et ça commence, sans question de durée. Cela peut durer 5 minutes ou 25. Cela parait cabalistique. C’est une musique qui voyage avec l’humeur, avec l’état des gens entre eux.

Les bénévoles qui font vivre Jazz sous les Pommiers m’ont envoyé des textes sur le jazz, sur l’improvisation. Je me suis mis à écrire une chose qui sera la colonne vertébrale de cette lecture avec à l’intérieur de ça, des textes d’Alain Gerber, de Sartre, de Jean-Louis Comolli, Christian Gailly de Lester Young…qui seront des bulles d’air dans le texte , très rythmé, très scandé que je suis en train d’écrire. En fait, je mets un peu en relation l’improvisation musicale et le désir amoureux. Un jour, Laurent m’a dit que l’on prenait un instrument pour jouer, bien sûr, mais aussi pour prendre du plaisir. Entre jouer et jouir il n’y a qu’un pas. Si on peut le franchir, c’est mieux. Cela m’a donné l’idée d’utiliser cela comme une métaphore. Quand on rencontre quelqu’un qu’on désire, on ne sait pas sur quel pied danser, quelle note jouer. C’est la voie ouverte à de l’inspiration, mais aussi des maladresses, des lapsus, j’ai voulu m’amuser avec ça pour raconter l’histoire de ce spectacle

Quelle va être la part musicale du spectacle. Quelle sera la relation entre l’impro nécessaire au jazz et le texte volontairement écrit?


Laurent De Wilde: On est sept sur scène, Jacques à la voix, piano, contrebasse, batterie, sax, trompette, dj.
Le texte sera défini, avec à l’intérieur, je pense, des tourneries, des indépendances, mais il faut que la musique dans l’esprit soit en dialogue permanent, et cela, on ne peut pas vraiment l’écrire Il va y avoir des moments entièrement dévolus à la musique et des moments où Jacques parlera et puis progressivement la musique prendra le dessus. On veut vraiment que ce soit quelque chose d’organique. Il n’y aura pas Jacques en lumière et derrière lui un orchestre en rang d’oignons. Ce ne sera pas (il prend la voix d’un présentateur US vintage)  « The Jacques Gamblin Orchestra » (rires).
Ça nécessite un travail. Il faut lancer les gars dans un sens ou dans un autre. Il faut avoir « a little bag of tricks » un petit sac avec plein de bonnes idées que tous les musiciens ont et peuvent jeter à tel ou tel endroit sous ma direction bienveillante.
Pour l’instant le corpus définitif de textes n’étant pas encore totalement établi, il m’est difficile d’écrire quelque chose qui soit en accord avec la dramaturgie qui va en ressortir.  On ne va pas mettre les morceaux dans n’importe quel ordre, on va raconter une histoire, organiser des tensions. Pour moi le vrai travail de suggestion musicale commencera à ce moment-là. Ce sera du 50/50. Moitié écrit, moitié improvisé.
On a fait une première répétition/rencontre la semaine dernière.  Les choses se sont bien passées.  Bien sûr,  il y a eu des ratés, mais on s’est juré de ne pas oublier ce moment-là. Le moment où la musique se fait, et cela ça ne s’écrit pas.

Est-ce une date unique ?
L2W : Non, il y aura 4  représentations à Jazz sous les Pommiers et une tournée d’une dizaine de dates au Creusot, à Malakof, à Martigues, à Amiens…
JG : On pourrait le faire dans un club de jazz aussi (Laurent de Wilde  acquiesce et propose le New Morning).

Vous vous connaissiez tous les deux ?
JG : Non, on s’est rencontrés par l’intermédiaire de Denis Lebas. Laurent touche à l’écriture, il écrit et navigue vers des formes de jazz assez larges. J’avais envie d’avoir beaucoup de possibilités. Laurent voyage là-dessus allègrement.

Vous avez tous les deux des profils libres. Jacques Gamblin vous passez du théâtre au cinéma, Laurent de Wilde vous avez écrit un livre sur Thélonius Monk, vous faites du jazz électro….Est-ce une question d’équilibre de ne pas être coincé dans une catégorie d’art ?
JG : Clairement oui, je n’aime pas rentrer dans des pantoufles.
L2W : J’ai horreur de me répéter, il n’y a rien que je supporte moins que d’entendre « ça tu me l’as déjà dit ».

Avez-vous déjà travaillé avec un musicien Jacques Gamblin et, avec un comédien Laurent De Wilde ?
JG : J’ai fait plusieurs  lectures-concerts dont la dernière était au Châtelet, sous la direction de Franck Tortiller, avec l’orchestre Pasdeloup  qui a aussi une formation de jazz, il y a avait 80 musiciens.  Je lisais des extraits de mon livre Le toucher de la hanche. J’ai aussi joué avec un orchestre symphonique, toujours avec l’orchestre Pasdeloup. Mais avec le jazz, la seule fois c’était au Châtelet.
L2W : Je n’ai jamais joué avec un comédien, mais j’ai joué au fond d’une fosse d’essais de réacteurs de fusée de 60 mètres de fond  lors de l’inauguration de l’usine où l’on fabrique la fusée Ariane. C’était le dernier jour où Michel Rocard était Premier ministre.
Ils avaient descendu un piano blanc avec une grue, moi j’étais descendu avec un escalier sans fin. On ne me voyait pas mais on m’entendait jouer « Fly me to the moon »  (il chantonne).
Les situations extrêmes ne me font pas peur !
JG : Tu travailles aussi avec Abdel Malik, il y aussi quelque chose en lien avec du texte ?
L2W : Oui, on a fait quelque chose où il lisait du Camus et moi je jouais en pur free style.
JG : Je voulais éviter cela.
L2W : Le désordre est bien lorsqu’il est organisé.
JG : La position que je vais occuper, ce sera celle d’un lecteur conteur et parfois celle d’un instrument. Il faudra être précis.
Quelles sont vos autres actualités ?
L2W : Je viens de sortir un album piano-ordinateur qui s’appelle Fly, un hommage à ces insectes merveilleux que sont les mouches.
Je suis en train de participer à la réalisation d’une série de portraits de jazzmen pour Arte, le prochain sera Charles Mingus.
Je prépare aussi un disque en trio que je devrais enregistrer l’hiver prochain.
JG : Et moi je suis en tournée avec mon spectacle Tout est normal mon cœur scintille, que j’ai écrit avec deux danseurs contemporains, ensuite, il y a le film Le premier homme, d’après Camus, mis en scène par Gianni Amelio. Également,  ni à vendre ni à louer, un film burlesque de Pascal Rabate, qui va sortir.
A faire, il y a jazz sous les pommiers bien sûr, et il y aura aussi des lectures, notamment de La nuit sera calme de Romain Gary, à Paris en mai.

On est un magazine plutôt parisien, quels sont vos lieux ?
JG: Ici, à l’Entrepôt.
L2W : Je suis fourré au Sunside et au Duc des lombards.
Je ne viens près de l’Entrepôt que pour voir Jacques et admirer dans sa cage d’escalier, une vue des tuyaux pendant des récents travaux (il montre une photo des canalisations centenaires de l’immeuble).
L2W : C’est de l’art moderne…
JG : C’est de la poésie pour Laurent et pour moi ce sont des travaux…

Interview par Floriane Gilette et Amélie Blaustein-Niddam

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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