Rap / Hip-Hop
Rad Cartier, une vision lucide pour des rêves de gloire

Rad Cartier, une vision lucide pour des rêves de gloire

17 décembre 2021 | PAR Chloe Boyer

Ce 10 décembre 2021, l’inclassable Rad Cartier nous a dévoilé son 3ème album tant attendu, VISION THERMIQUE. Pour cet artiste de 25 ans, ce projet qui représente 3 ans de travail est l’occasion d’imposer sa vision à la scène artistique française.

Porté par le collectif « Ligne Bleue Records » très populaire chez les puristes du rap et de la pop expérimentale, Rad Cartier joue sur tous les terrains. Après son apparition remarquée dans la campagne de la créatrice de mode Marine Serre pour le prix LVMH en 2017, il participe cette année à la comédie musicale « Baiser Mortel » de la rappeuse Lala&Ce à la Bourse de Commerce, mais aussi au dernier projet photos « R.A.S » que le jeune réalisateur Remi Besse a monté pour Nowness. Mais alors, d’où vient cet engouement pour ce talent prolifique ?

Effet de rareté d’un projet longuement mijoté

Rad Cartier pourrait passer pour l’artiste des one shots, avec des freestyles distillés à l’envi, lorsque l’inspiration lui vient. C’est en tout cas ce que laisse penser la sortie progressive du CD Street VT ZOOM, album très zouk paru le 27 janvier 2021 qui compile tous les singles qu’il a dévoilés au fur et à mesure, au rythme d’1 par mois en 2020. Mais, loin d’être le résultat de quelques pics d’inspi, c’est un projet sur lequel il a travaillé pendant près de 3 ans. Les singles de VT ZOOM, l’acronyme de Vision Thermique, étaient le moyen de promouvoir l’album sur le long terme, explique-t-il dans son interview pour « le labo » du média « New Tone » en février dernier. Il faut dire que chacune des sorties a fait l’effet d’un leak sur lequel ses fans se sont rués, bien contents que Rad leur offre un peu de sa folie créatrice. Une folie que l’on retrouve dans le très singulier « VT ZOOK II » paru le 30 juillet 2020, hit avec le trio Nyoko Bokbae et Lala&Ce, qui a attiré l’attention sur son univers paradisiaque et rétro.

Et enfin, lorsque Vision Thermique paraît le 10 décembre, on se dit qu’on a bien fait de patienter. En seulement 8 titres répartis en 22 minutes, il explore toutes sortes de sonorités, comme dans « Nébuleuse » où il joue avec ses capacités vocales pour nous offrir un style musical différent à chaque couplet, passant aisément d’une voix nasillarde à un rap séquencé.

Sa vision thermique, confiait-il à « New Tone », c’est sa capacité à détecter les ressentis et les ambiances partout où il passe… Et ce, toujours à travers ses légendaires lunettes de soleil opaques.

L’art de ne rentrer dans aucune case

Auteur, compositeur et interprète originaire du quartier de La Source à Orléans, il est baigné très jeune dans la musique avec ses deux grands-frères rappeurs. Après de courtes études de design-textile à Bordeaux qui avortent lorsqu’il perd sa bourse, il s’installe à Paris pour se consacrer à la musique. Remarqué pour son premier EP GR8 paru en 2017, c’est son album Filles du calvaire qui, en 2018, le consacre comme une figure du cloud rap. Sa rencontre avec le label musical « La Ligne Bleue » marque le tournant ; il s’entoure alors des meilleurs beatmakers, tels que Blasé, collaborateur de Niro et de Youv Dee ou Mookice, jeune producteur électro très en vue.

Dans le sillage de ses premiers morceaux, il se forge une identité visuelle colorée et avant-gardiste. Pour se démarquer, il exploite ses compétences en design en créant des tenues streetwears osées mais toujours harmonieuses. Il change d’apparence comme de chemise, arborant toujours une couleur de barbe différente. Au-delà de l’esthétisme, il y a aussi des textes tout en rimes et en légèreté. Celui qui se revendique lyriciste dit dans son interview pour « 1863 » en avril 2020 : « les écrits sont de plus en plus négligés dans le rap ». Heureusement, Rad est là pour nous parler d’amour avec des phases renversantes…

Soucieux de conserver l’originalité qui fait sa force, Rad est constamment dans une démarche d’innovation. Si ses influences mélangent cloud trap et rap français, il ne correspond pas à un genre musical pour autant. Très réticent à s’enfermer dans une case, comme il l’explique dans son interview pour « GLÖRK media » en janvier 2021, il évite de suivre l’actualité du rap et n’aime pas y être associé, par peur d’y perdre sa singularité.

La vision affûtée d’un artiste encensé

Pour Rad Cartier, utiliser sa vision, c’est transformer ses sensations en expériences musicales immersives. Ce qu’il nous donne à voir, c’est ce que ses yeux ont su apprécier ; de l’univers rétro de ses clips-vidéos à son style vestimentaire très recherché, Rad déploie toute son inventivité sous nos yeux émerveillés.

On retrouve ces références à la rétine dans toute sa discographie; déjà en 2018, pour la couverture de Filles du Calvaire, il se représentait devant l’objectif d’une caméra à vision thermique. Aujourd’hui, c’est avec le clip de « Quartier Dimension », match de foot en split screen qui nous donne le choix entre deux mondes : celui de la blue pills ou celui de la red pills, qu’il fait le grand saut pour nous partager sa vision rétrofuturiste, qui pourrait presque relever du cyberpunk. Mais pour Rad, pas question de tomber dans la mélancolie dystopique ; il la laisse volontiers à des artistes comme Laylow, et préfère se mettre en scène dans des clips qui redonnent le sourire, dans lesquels les figurants ont l’air complices et épanouis, lui le premier.

Rad Cartier est l’artiste à découvrir si l’on veut se tenir au courant de ce qui fonctionne dans le rap, le zouk, la pop actuelle… Et pourtant, inutile d’essayer de l’affilier à un genre ; chez Rad, c’est la liberté qui permet la création.

© Pochette de l’album « VISION THERMIQUE » de Rad Cartier (10 décembre 2021)

Agenda culturel du weekend du 17 décembre
Rencontre avec Rebecca Journo autour de « L’Épouse »
Chloe Boyer

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