Rap / Hip-Hop
Nekfeu, de Jack London à John Fante

Nekfeu, de Jack London à John Fante

27 avril 2020 | PAR Margot Delpech

En juin, Feu (Seine Zoo / Polydor / Universal), le premier album solo de Nekfeu fêtera ses cinq ans. Les références littéraires traversent l’album de fond en comble ; il est temps de les redécouvrir.

« Je bouquinais en cachette pendant que les gamins de mon âge parlaient de voiture », pas besoin de lui poser la question, Nekfeu s’est penché sur les livres dès son plus jeune âge. Alors, à qui s’est-il identifié ?

« Plus je monte et plus j’m’identifie à Martin Eden »
Réponse sur le premier titre de la tracklist. En 2015, l’album tant attendu FEU débarque sur les ondes et «Martin Eden » est le morceau en pole position. Martin Eden c’est avant tout le personnage fictif de Jack London, un roman publié en 1909. C’est l’histoire d’un jeune homme qui grandit dans la précarité, pauvre, sans trop de perspectives d’avenir. Schéma classique de l’amour impossible, il succombe à une jeune fille issue d’un milieu sélect. Pour conquérir sa belle, il travaille longuement pour devenir un homme à la hauteur. Une fois le cercle élitiste atteint, son trop-plein de lucidité l’amène à une réalité douloureuse : ceux qu’il avait tant enviés lui semble emmanchés. Si Jack London a toujours nié un roman autobiographique, Nekfeu assume pleinement sa ressemblance au personnage.

« J’me sens comme Maupassant quand il écrivait le Horla »
Nekfeu emprunte cette fois le nom d’une œuvre de Maupassant « Le Horla » qui se définit par « hors-la-loi ». Lui qui s’est toujours « dresser contre ceux qui veulent le dresser » se positionne clairement du côté des voyous : « Il n’y a pas de sous-métier… Sauf flic ! » Rappelons qu’avant de se présenter comme un « Horla », en 2012, il criait fort « je suis un renégat ! » sur le titre « Renégat » avec 1995. Pour comprendre, « La ballade du frémont » dresse les anecdotes du fennek sur un feat avec son compère le rappeur Doums autour de leurs fameux rappels à la loi.

Risibles amours
Milan Kundera est mis à l’honneur avec le titre « Risibles amours. » Si simple de faire le parallèle quand on connaît les œuvres des deux hommes. L’écrivain tchèque pose son regard critique sur « le jeu dévorant » qu’est l’amour. On y découvre les dérives et vices cachés d’une autre époque autour de sept nouvelles. Nekfeu, lui, raconte qu’il voit « succéder les flirts » et conte ses amourettes à son tour. Et on le sait, l’amour est un thème abordé des milliers de fois par ce dernier. Une des premières musiques publiées sur Youtube est « Suga » en 2011. Le rappeur est à l’époque encore inconnu du grand public, il y déclare sa flamme avec mésentente : «J’ai beau y réfléchir, je ne comprends pas, tu me manques, mais je suis le genre de jeune qu’on ne trompe pas. » Depuis, l’amour est présent sous toutes les formes et est resté une source d’inspiration indéfectible pour l’artiste. On ne compte plus les déclarations sur instrumental : « Égérie », « O.D », « au cœur du G », « Elle pleut », « rouge à lèvres » ou encore, « dans l’univers » en featuring avec Vanessa Paradis.

« Je demande à la poussière comme John Fante »
Le voilà en Arturo Bandini, le personnage principal italien du roman semi-autobiographique de John Fante. Ce dernier est sans surprise écrivain et adule les femmes, il vit dans une chambre d’hôtel délabrée qu’il n’arrive même pas à payer. Animé par un rêve : devenir un jour un grand auteur de bouquins. Dans les rues de Bunker Hill, à Los Angeles, Arturo flâne pour passer le temps et fréquente les bars. Dans l’un d’eux, il tombe sous le charme de Camilla Lopez, une serveuse mexicaine qui va le rendre fou d’amour.

L’amour, l’écriture, l’ascension sociale et la marginalité… Des thèmes réels teintés d’histoires fictives comme Nekfeu sait le faire : « Il y avait que dans l’art que je pouvais exprimer ma propre déformation de la réalité, et en faire une force. »

visuel : Nekfeu /crédit : wikimédia (libre de droits)

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Margot Delpech

One thought on “Nekfeu, de Jack London à John Fante”

Commentaire(s)

  • Alexandre

    Martin Eden la meilleure ma préféré très belle article

    avril 29, 2020 at 22 h 50 min

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