Rap / Hip-Hop

[Live report] Lauryn Hill au Zénith de Paris

[Live report] Lauryn Hill au Zénith de Paris

15 septembre 2014 | PAR Stéphane Rousset

Précédée de son obscure réputation, Lauryn Hill, la star des Fugees a assuré un show aux allures de Block Party au cœur d’un Zenith ému et nostalgique.

Courbée en deux sur l’écran de son smartphone, Muriel abime des yeux déjà bien fatigués. Il est minuit passé à Pantin et sur la banquette en bois de la station Hoche, son voisin engage la conversation :
« – T’étais au concert de Lauryn, c’est ça ? T’as trouvé comment ?
–  Ah, c’était mortel ! Enfin…  au début c’était bizarre, j’avais du mal à reconnaître les morceaux. 
»

Au début, surtout, Ms. Hill se fait désirer. En première partie, L’ex-Saïan Supa Crew Sly Johnson a.k .a The Mic Buddah se charge d’ambiancer le Zénith avec sa nu-soul suave et léchée. Lentement mais inexorablement, comme un sablier, la fosse et les gradins se remplissent. 21h et quelques, tous les ados de 98 sont là, trentenaires ou presque, prêts à accueillir l’idole. Car il faut bien l’avouer, plus qu’un concert, c’est Lauryn que l’on vient voir de ses propres yeux. La belle, presque quadra, a toujours su se faire rare. Rare comme l’impact de son unique album studio, The Miseducation, sur toute une génération, bien au-delà du cercle alors restreint des fans de hip hop. On attend L-Boogie et on se tape des bandes annonces sur grand écran, comme au ciné avant le film. Au bout d’une demi-heure, les sifflets se font de plus en plus nourris.

« It was all a dream, I used to read Word Up Magazine, Salt’n’Peppa and Heavy D up in the Limousine… ». Une fois les lumières éteintes, c’est la voix de Biggie qui rend le sourire à un public impatient. Une intro ? Non, on est reparti pour une grosse demi-heure de classiques balancés par un DJ qui connaît son métier. Biggie, Dre, Snoop, Horace Andy, Sista Nancy, nous voici replongés au temps de la MJC et des boutons d’acné. Les bras se balancent, les hanches ondulent, mais les fans attendent.

22h15, soulagement et ovation. L’ex-Fugees apparaît enfin, éclatante dans sa jupe flamenco noire à pois rouges, chemise blanche sous veste écarlate, sandales à lanières, collants et chapeau noirs. A côté de ses choristes aux allures de I-Threes, la star se réapproprie « Soul Rebel » de Bob Marley. L’esprit du Jamaïcain – grand-père d’au moins cinq de ses six rejetons –  ne quittera plus la soirée. « Its’ funny how money changes the situation…. » Viennent ensuite les morceaux que Muriel a eu du mal à reconnaître, tant Lauryn les a revisités, réinventés pour l’occasion. Alors que sur l’album, ils étaient laid-back et sensuels au possible, les voici électrisés au rock, poisseux de funk, syncopés de reggae et réhaussés de cuivres synthétisés. Pour la soul, Ms Hill n’a qu’à entrouvrir la bouche. Taillés pour la scène, les classiques mille fois entendus (« Everything Is Everything », « Lost Ones », « Ex-Factor ») sont méconnaissables et le public, d’abord désorienté, se laisse prendre à ce qui ressemble désormais à une grande célébration. Difficile de savoir où commence et s’arrête chaque morceau, encore plus de chanter en chœur. Quelques certitudes, cependant : le charisme de la fille du New Jersey, à l’image de son flow quand elle rappe, est intact ; sa présence et son énergie, tant vocale que physique, impressionnent ; et même les doutes sur sa bipolarité refont surface quand elle recadre ses musiciens avec des gestes fermes, à mi-chemin entre le chef d’orchestre et l’entraîneur de foot. Aucun doute, c’est elle qui mène la danse.

Après une grosse demi-heure à un rythme effréné, les lumières s’éteignent et la scène se vide. Guitare sèche sur les genoux, comme sur la pochette de son MTV Unplugged, l’artiste multi-facettes propose un intermède plus intime. Ballades soulful et dissidentes sur lesquelles sa voix si particulière, reconnaissable entre toutes –  à la fois ronde et éraillée, chaleureuse et presque nasillarde – se prélasse à son aise. Un set acoustique qui permet à tout le monde de souffler un peu.

Calme avant la tempête, puisqu’au retour des musiciens, L-Boogie enchaîne avec un plaisir non feint les tubes des Fugees. Frissons et jubilation quand les 6000 bouches du Zénith entonnent Ready Or Not  ou Fugee-la. Plus à l’aise que jamais, elle se permet même de rapper les couplets de Wyclef et Pras. Partout où l’on regarde, des sourires et des corps envoûtés. A l’heure qu’il est – 23h passées – Lauryn pourrait chanter n’importe quel titre que le public serait heureux. C’est d’ailleurs ce qu’elle fait, puisque la fin du show est une succession de reprises de Bob Marley. En haut, dans les gradins, tout le monde s’est levé pour se déhancher ou chanter sur « Jamming », « Is This Love » ou « Turn Your Lights Down Low ». Final en apothéose avec « Doo-Wop (That Thing) », qui n’a pas pris une ride en plus de 15 ans.

Avant de disparaître pour une durée toujours indéterminée, la diva s’offre un petit bain de foule et signe quelques autographes. La soirée est un succès, les fans rassasiés et heureux d’avoir vu l’idole, il est temps de retourner au métro en marchant le long des quais. Il paraît qu’au même moment, Jay Z et Beyoncé remplissait le Stade de France pour le deuxième soir consécutif… Muriel cherche les vidéos sur son smartphone.

Visuel : (c) LilooPix

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Stéphane Rousset

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