Musique

Présences 2013: Créations Méditerranéennes, Suite et fin…

Présences 2013: Créations Méditerranéennes, Suite et fin…

28 janvier 2013 | PAR Marie Charlotte Mallard

Ce dimanche, le festival de création musicale de Radio France soufflait ses dernières notes en terre provençale. Pour ce dernier jour, trois concerts étaient donnés. Faute de temps et surtout parce qu’il nous fallait quitter le sud et rejoindre nos pénates parisiennes en fin de journée, nous n’avons pu assister qu’à un seul concert dans cette journée. Néanmoins cela ne nous empêchera pas de dresser le bilan de cette 23ème édition, purement méditerranéenne.

Cet après-midi, c’était autour de l’Alto que s’unifiait la programmation avec une oeuvre de Gianvincenzo Cresto, In amoroso canto, et du célèbre Luciano Berio, Naturale, Su Mélodie Siciliane. Néanmoins, nous avons également fait un détour par la Grèce, avec l’oeuvre d’Alexandros Markéas, Trois fois Hellas, et pu entendre un nouvel opus du compositeur d’origine Libannaise Zad Moultaka, Callaras I. Les oeuvres étaient interprétées par le Quatuor Voce, auquel venaient s’ajouter l’altiste Christophe Desjardins et le percussionniste Daniel Campolini.

Chacune des oeuvres semblent marquées d’une double personnalité et apparaissent intrinsèquement antithétiques, entre calme méditatif, énigmatique et brutalité ardente, rugueuse, sauvage et abrupte.  Toutes, jouent sur les impressions, les effets, les jeux de rythmes, les dissonances, les modalités atonales, et semblent en quête de vocalité. Enfin, toutes revêtent un caractère minimaliste qui, malgré l’intérêt et l’attention qu’il suscite peut également facilement porter à la somnolence dans les passages les plus posés.  Le concert débute par l’oeuvre de Cresto, qui porte en elle la notion même de dualité. Aux frémissements aigus les plus pianississimo s’opposent la cacophonie, la violence des cordes frottées, frappées sauvagement, et les bourdonnements lancinants. L’oeuvre de Markéas se situe à peu près dans le même esprit. Là encore, le compositeur joue sur les sensations et les effets de glissandos, de notes dégoulinantes, y sont omniprésents, plongeant le spectateur dans un au-delà étrange. Rien de bien étonnant quand on sait que la pièce s’inspire des miroloi grec, chants de lamentations funèbres entonnés par les pleureuses. La Lamentation y est d’ailleurs représentée par le thème douloureux et obsédant de l’alto. La composition de Moultaka, était quant à elle une réflexion sur notre monde, une figuration abstraite du silence auquel nous contraint notre civilisation. L’alto joue ici un rôle thématique étant sans cesse sur les même notes, et s’oppose en cela au reste du quatuor. Les sonorités orientales sont également présentes, rappelant le rabab entendu la veille, de même la sensation d’un déraillement comme pour symboliser la fin d’un monde. La pièce se clôt d’ailleurs sur un échappement furtif, comme quelque chose qui s’envolerait au loin pour ne jamais plus revenir. Chacune des pièces jouées cet après midi se voulaient réflexives. Notre préférence ira toutefois, pour ce concert à l’indétrônable et le cultissime Luciano Berio, pour Alto, percussions et voix enregistrées. Inspirée comme son nom l’indique de diverses mélodies siciliennes, elle nous emmène véritablement au coeur de cette petite île italienne, et se propose de les inscrire irrémédiablement dans notre mémoire, mais pas seulement. En effet, les voix enregistrées sont ici des voix orientales. Entre ici et ailleurs, l’on passe d’un monde à l’autre, d’un pays à un autre, de moments solennels, sensibles et émotifs à d’autres plus festifs. Toute la palette sonore de l’instrument est utilisée. Christophe Desjardins sera d’ailleurs largement applaudi à la suite de cette prestation.

Pour clore le festival, le concert du soir donnait à entendre une oeuvre de l’italien Luigi Dallapiccola Canti di Prigionia pour deux harpes, deux pianos et six percussions, puis Callara II de Zad Moultaka pour seize chanteurs, deux pianos, deux harpes et percussions et enfin Avoaha pour choeur, deux pianos et trois percussionnistes de Maurice Ohana.

Pour clôturer, ce dernier Report du festival rien de tel qu’un petit bilan. Tout d’abord force a été de constater que le festival n’a pas reçu pour cette édition  à Aix en Provence dans le cadre de Marseille-Provence 2013  le même accueil qu’à Paris ou il se donne chaque année. Peu de public au rendez-vous dans l’immense salle du grand théâtre de Provence. Si cela peut se comprendre pour les concerts de l’après-midi, on fut surpris de ne voir que trop peu de monde à celui du philharmonique de Radio France de samedi soir, qui devait pourtant être un évènement majeur et fut exceptionnel. En effet, personne aux balcons, de même les places en parterre étaient à peine remplies, beaucoup de trous et de places vides ça et là. Cela se ressentait également dans les applaudissements parsemés et peu chaleureux du public qui peinait à rappeler compositeurs et artistes sur scène pour les saluer. Etant habitué à voir les spectateurs Parisiens rappeler trois fois minimum compositeurs  et chefs d’orchestres sur scène, l’on s’interroge. Récemment encore, lors du cycle Beethoven de l’ONF qui laissait également place à la composition contemporaine, l’on a pu constater un véritable engouement pour certains compositeurs, rappelés plusieurs fois sur scène. De même pas un seul concert sans que le chef ne soit largement salué  4 à 5 fois. Était-ce une question de timidité? une question de répertoire? Seul le concert de vendredi soir était complet, et ne comptait plus une seule place vide, parterre et balcons compris, sans doute grâce à la présence d’Ibrahim Maalouf. A la décharge du public Aixois, il faut dire que la programmation était de manière générale unifiée autour de la musique à effet, des jeux sonores plus que thématiques. Très abstraite et minimaliste, elle restait bien souvent inaccessible à un public de non-spécialistes. Même en tant que spécialiste et porté par un intérêt indubitable pour la musique instrumentale et la création contemporaine, on regrette l’aspect rébarbatif et répétitif de la programmation. En effet, si les origines des compositeurs étaient largement variées, l’on aurait aimé voir plus de diversité dans les différents genres et styles musicaux abordés.

Nos coups de coeur resteront pour ce festival, la composition de David El Malek, qui a subjugué l’assemblée, littéralement envoûtée par son voyage initiatique en terre Israelienne, également la composition d’Ibrahim Maalouf véritable petit bijou mélangeant énormément d’influences et de genres. Thierry Pecou et sa composition aux accents égyptiens mêlant Rabab et Derbouka, l’oeuvre de Francesconi à la mémoire de Berio pour violoncelle et orchestre entendue samedi soir, impressionnante par son exigence et sa virtuosité, de même le chant Alluvial de Essyad.

Visuel: radiofrance.fr/francemusique

Tous les concerts du festival Présences 2013 à réécouter sur http://sites.radiofrance.fr/francemusique/accueil/

 

 

 

 

 


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Marie Charlotte Mallard
Titulaire d’un Master II de Littérature Française à la Sorbonne (Paris IV), d’un Prix de Perfectionnement de Hautbois et d’une Médaille d’Or de Musique de Chambre au Conservatoire à Rayonnement Régional de Cergy-Pontoise, Marie-Charlotte Mallard s’exerce pendant deux ans au micro d’IDFM Radio avant de rejoindre la rédaction de Toute la Culture en Janvier 2012. Forte de ses compétences littéraires et de son oreille de musicienne elle écrit principalement en musique classique et littérature. Néanmoins, ses goûts musicaux l’amènent également à écrire sur le rock et la variété.

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