Musique

Présences 2013: Carton plein pour Ibrahim Maalouf et David el Malek

Présences 2013: Carton plein pour Ibrahim Maalouf et David el Malek

26 janvier 2013 | PAR Marie Charlotte Mallard

Ce vendredi, troisième jour du festival Présences 2013 place aux influences Jazz et purement orientales du trompettiste Ibrahim Maalouf et du saxophoniste David El Malek. Preuve du succès et de la renommée qui n’en finit plus de monter pour ces deux musiciens, le Grand Théâtre de Provence fait salle comble, plus aucune place n’était disponible depuis plus d’une semaine pour ce concert. Ce soir, chacun interprétait une œuvre de sa composition : Music from source, suite pour David El Malek, et Point 33 concerto pour trompette orientale pour Ibrahim Maalouf.

Le concert débute par l’oeuvre du fabuleux autodidacte David el Malek, Music from Source Suite, création du festival Présences, pour 16 chanteurs, instruments traditionnels, saxophone ténor et orchestre. Ici l’orient se mêle clairement à l’occident, dans l’utilisation même des instruments. Composée de 9 neufs mouvements, l’oeuvre s’inspire de l’histoire de son compositeur, son arrivée en terre promise « Eretz Israel » du nom du premier mouvement, du « Hir Nen » sorte de village coopératif dans lequel il a vécu avec ses parents nom du 5ème mouvement. Les textes, extraits de liturgies sont chantés en hébreu, la musique très rigoureuse est exigeante rythmiquement puisque le compositeur place le rythme au centre de tout. Entre orient et occident, entre musique symphonique et jazz, cette musique se situe, à la limite, aux frontières de tous les styles.

 

L’introduction, est purement orientale et nous invite d’emblée au voyage. Le saxophone entre discrètement puis l’orchestre et les voix le rejoignent. Les instruments se mêlent et la musique prend de plus en plus d’intensité, et l’on se laisse facilement aller, bercer par le rythme chaloupé. La musique swing, jazz, groove. Le constat est sans appel, le titre du Festival, Odyssée Initiatique en Méditérranée sied parfaitement à cette oeuvre très personnelle et en même temps universelle. Sorte de nouvelle symphonie du nouveau monde, l’on sent dans la musique d’El Malek, la découverte d’une autre contrée. Aussi, une nouvelle terre s’offre à nous et l’on passe de l’émerveillement à l’appréhension, du déracinement à la contemplation.  Les neufs mouvements s’enchaînent, nous baladant d’un caractère à l’autre. L’ambiance est festive autant que poétique, notamment dans les derniers mouvements. Les dernières notes à peine posées, les applaudissements éclatent et les bravos fusent. La salle est subjuguée, les commentaires sont unanimes, le moment passé fut magique, éblouissant, somptueux…Ce soir, Israël était là, nous y étions, point besoin d’avion, en quelques notes nous étions tous transportés. Après cela, chacun se demande si Ibrahim Maalouf arrivera à faire mieux….

Après l’entracte, place donc au trompettiste, Ibrahim Maalouf, accueilli comme une star par un tonnerre d’applaudissements et des cris venus de toute la salle. Vêtu d’un jogging noir et de baskest il surprend par sa décontraction, il se changera entre les deux parties de l’oeuvre, cette première tenue étant censée évoquer un pyjama, la première partie de l’oeuvre étant l’évocation de rêves. A peine arrivé sur scène, il prend la parole pour effectuer quelques remerciements mais surtout expliquer au public du Grand théâtre de Provence sa composition. L’œuvre d’Ibrahim Maalouf est une commande de radio France, elle fut créée par l’Orchestre de chambre de Paris et la maîtrise de Paris lors d’un concert le 5 juin 2012, à l’occasion du précédent festival de Saint-Denis. Initialement composée pour être une musique de ballet moderne, elle est conçue en deux temps. La première, est l’évocation de trois rêves que le trompettiste aurait fait, la seconde compose réellement le concerto pour trompette orientale. Le tout, raconte de façon métaphorique l’histoire d’un homme, emprisonné dans sa condition, trouvant refuge, salut, et avenir grâce à sa passion la trompette, et à son génie de l’invention.

La trompette orientale débute seule, elle pose une note, puis un silence. Elle reprend la première note, et l’agrémente d’une petite suite, de plus en plus longue. Puis l’orchestre rentre, les cordes tiennent une note grave, tapissant l’atmosphère. Le choeur d’enfant entre ensuite, les voix sont fantomatiques, effectuent de simples (mais néanmoins difficiles) vagues. Le tout, représente l’évocation du sommeil grandissant, et la plongée vers un univers onirique. Cette introduction sera reprise au début de chacun des rêves. Une fois le tableau posé, Ibrahim se penche sur l’ordinateur et lance un véritable Beat de style Hip Hop. L’ambiance se transforme, l’orchestre, le choeur, le beat rythmique, créent un fond sonore sur lequel Ibrahim peut enfin poser sa trompette orientale.  Sur fond de musique de rue, il nous expose de façon métaphorique ses rêveries, et l’on plonge avec lui dans ces univers oniriques, comme ensorcelé par ce mélange des genre et par le son chaleureux de cette trompette. Dans la seconde partie, la composition est plus classique, l’ambiance est majestueuse et monumentale, presque fantastique au sens littéraire du terme. La sonorité orientale évoque le lointain, elle nous transporterait presque dans les contes des mille et une nuit. Le son de la trompette orientale, rond, chaud, feutré et intime, envoûte. La facilité d’Ibrahim subjugue. Dans cette deuxième partie l’orchestre est plus mis en valeur avec de longs passages instrumentaux. Le concerto se termine dans un immense fracas ponctué d’un coup de gong. Les applaudissements explosent, la salle, éblouie, crie, siffle, frappe des pieds tant elle fut transportée, une reconnaissance digne d’une star de rock que l’on ne voit que rarement pour ce type de concert. C’est, plus qu’un succès, un véritable carton plein!

 

La salle ne veut plus quitter l’artiste et ne cesse de le rappeler. Il reviendra pour effectuer un boeuf Jazzy, avec David el Malek. Les deux instrumentistes partiront en improvisation, emportant le public comme les instrumentistes de l’orchestre. En effet, alors que les deux musiciens improvisent tout doucement, un contrebassiste commence à les rejoindre, puis deux, puis le timbalier, puis le public frappant dans ses mains. Le concert se clôt donc sur cet instant festif et amical dans la joie et la bonne humeur…. les deux artistes ont tout du long subjugué le public, le moment passé fut unique, magique, sublime, poétique et onirique. Ce soir les deux artistes nous ont véritablement fait traverser la Méditérranée….

 

Concert disponible à l’écoute sur france musique: http://sites.radiofrance.fr/francemusique/em/concert-soir/emission.php?e_id=80000056&d_id=515005264

visuels: pascal bouclier http://www.festivaljazzsaintgermainparis.com

Home

Jean-Luc Verna, étoile plastique, chante la lumière noire d’ I Apologize au Centre Pompidou
Pascal Mathieu revient « Sans motif apparent »
Marie Charlotte Mallard
Titulaire d’un Master II de Littérature Française à la Sorbonne (Paris IV), d’un Prix de Perfectionnement de Hautbois et d’une Médaille d’Or de Musique de Chambre au Conservatoire à Rayonnement Régional de Cergy-Pontoise, Marie-Charlotte Mallard s’exerce pendant deux ans au micro d’IDFM Radio avant de rejoindre la rédaction de Toute la Culture en Janvier 2012. Forte de ses compétences littéraires et de son oreille de musicienne elle écrit principalement en musique classique et littérature. Néanmoins, ses goûts musicaux l’amènent également à écrire sur le rock et la variété.

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *