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[Toute La Culture du Clip] Metronomy – Old Skool

[Toute La Culture du Clip] Metronomy – Old Skool

14 mai 2016 | PAR Antoine Couder

POP LIFE

Pour sûr que l’industrie du disque ne va pas très bien et d’ailleurs les artistes s’en inquiètent régulièrement. Prenez Joseph Mount, leader de cette machine à cash qu’est devenue Metronomy. Il comprend parfaitement que sa maison de disque angoisse quand elle apprend que le groupe n’a pas très envie de tourner pour promouvoir un nouvel album annoncé pour début juillet, « parce que les gens achètent de moins en moins de disques comme vous savez ». Joseph a un sens de l’humour très particulier et c’est vrai qu’il parle de tout cela comme s’il n’était pas concerné ce qui est tout de suite très ironique dans un monde où chacun semble se battre continuellement pour sa survie. Metronomy évidemment est bien au delà de tous ces problèmes bassement matériels surtout depuis que Joseph a réussi à équilibrer sa formule entre mélodie imparable et approche plus expérimentale qui a fait le succès du disque « English Riviera » en 2011. Cinq ans plus tard, les Metronomy n’ont plus trop besoin de travailler et s’ils font des disques, c’est pour « s’amuser » Ce petit dernier, appelé « Summer 8 », est, selon Joseph, une sorte de « pédicure audio », un véritable petit soin pour le dire autrement. Pour autant, on peut se demander si la pédicure sera suffisante pour soulager celui qui visiblement ne prend plus trop son pied. « Old Skool », le premier titre dévoilé la semaine dernière n’a rien de très amusant. En fait, il y a un problème. « You keep your friend, I’ll keep my friend » dit la chanson. Les potes sont devenus très bizarres et se sont transformés en de drôles de people upper class incarnés ici – forcément- par des personnages de séries télé (Sharon Horgan de « Catastrophe » et, surtout, Ben Crompton de « Game of Thrones » qui ressemble à un jeune Sean Pean dans le corps d’un vieux taureau). Si c’est ça tes potes Joseph, on comprend que tu les regardes bizarrement (l’enfant couché à l’étage au-dessus qui finit par se lever et observer de loin cette bande de dégénérés que sont devenus ses parents). Il faut dire que l’ambiance est irrésistible. Un beat droit dans ses bottes et une basse , « la » basse Metronomy qui finit par batifoler avec les tripotages de Mix Master Mike (Beasties boys) et boucle en beauté la liste des guests « Old skool ». C’est peut-être lui d’ailleurs qui apporte un zeste d’imprévisibilité à une chanson glissant comme un bateau mouche sur une Seine ensoleillée avec ce scratch aiguisé comme des couteaux de boucher qui installe définitivement une tonalité un peu malsaine à cette soi-disant fête entre soi-disant amis. De ce scénario a priori inoffensif se dégage quelque chose de terriblement cynique, la vision d’une société que l’on ne peut ni aimer ni quitter, et dans laquelle il faut trouver une entrée pour renverser la situation en sa faveur. En prenant garde, bien sûr, à ne pas se faire embrocher vivant par les grands couteaux à scratch du DJ.

Réalisé par Dawn Shadforth

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Antoine Couder
Antoine Couder est journaliste. Il est l’auteur de « Fantômes de la renommée (Ghosts of Fame) », une autofiction portée par l’histoire de la musique enregistrée qui a été sélectionnée pour le prix de la Brasserie Barbès 2018. Son travail explore le lien narratif entre document et fiction et plus particulièrement le thème de la musique, entendue au sens de l’écoute et de l’inspiration qu’elle procure. Il écrit actuellement une fiction anthropologique se déroulant entre l’Allemagne, la Suisse et la France.

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