Electro

[Toute La Culture du clip] ZHU – In the Morning

[Toute La Culture du clip] ZHU – In the Morning

18 juin 2016 | PAR Antoine Couder

Techno-organicité 

 

Est-ce un film, l’un de ces vrais faux films qui veulent documenter pour de vrai et faire entrer la fiction dans le réel ? On peut encore l’imaginer jusqu’à la minute vingt (1’20) avant de partir sur la planète Disclosure et son petit beat caractéristique où très vite, quelque chose cloche. Très vite,  on comprend que l’on n’aura pas à subir le pathétique imaginaire des productions electro-hédonistes de l’été  (et, par exemple, le totalement  décérébré « Say to me » de Whtkd). Zhu, autrement dit Steven Zhu, le petit génie aux manettes n’est pas là pour rigoler et se considère comme son « propre ghostwriter » c’est-à-dire qu’il composerait anonymement pour lui-même, sans être crédité car, dit-il « la musique n’a pas de visage » Au-delà du blabla pour génération Y, on sent bien ici une méfiance sur tout ce qui pourrait de près ou de loin établir une sorte de suprématie de l’artiste sur son oeuvre, de l’humain sur le reste de la nature. Le créateur disparaît sous la musique et la procréation elle-même est soumise au grand mouvement organique de la nature. On pense  au voyage d’Ulysse et à la déesse Echo, mythe fondateur de la musique et au  petit livre de Thomas Lessour au sujet du « sacre du chaos » et aux « Chaos-phonies » (éditions Ollendorff & Dessein, 2016). L’auteur y explique notamment  comment – à partir de la résistance d’Ulysse- , la voix passe du côté du logos (de la raison), des techniques de contrôle qui s’érigent à rebours de la sensorialité, de la voix organe. Un divorce entre voix parlée et voix chantée ici cruellement personnifié dans le falsetto de la voix qui renoue avec le drame des castrats, « ceux qui ne savent plus que chanter » et dont l’âme a été vendue à l’église, ici à la technologie avec laquelle « in the morning »  tente une fusion ultime. A la fin, alors que le jour se lève, quelque chose sort du ventre de celle qui porte le futur post-humain tandis que la voix filtrée au vocoder laisse entendre le dernier écho de ce qui resterait ici-bas de paternité humaine.  Humanité, tes jours sont peut-être déjà comptés…

réalisé par Elliott Sellers

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Antoine Couder
Antoine Couder est journaliste. Il est l’auteur de « Fantômes de la renommée (Ghosts of Fame) », une autofiction portée par l’histoire de la musique enregistrée qui a été sélectionnée pour le prix de la Brasserie Barbès 2018. Son travail explore le lien narratif entre document et fiction et plus particulièrement le thème de la musique, entendue au sens de l’écoute et de l’inspiration qu’elle procure. Il écrit actuellement une fiction anthropologique se déroulant entre l’Allemagne, la Suisse et la France.

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