Pop / Rock

[Live report] The Garden et Warpaint au Trianon

[Live report] The Garden et Warpaint au Trianon

17 mars 2015 | PAR Bastien Stisi

Tranquillement, les Californiennes de Warpaint préparent la sortie de leur troisième album. Après avoir dévoilé au cours des dernières semaines deux singles globalement positifs (on passe même un très chouette moment à l’écoute de « No Way Out »), et après avoir annoncé que d’autres suivront dans les prochains mois, elles étaient hier soir de passage dans le XVIIIe arrondissement parisien, dans l’enceinte du Trianon. Initialement prévu au mois de février, le concert et la tournée européenne du groupe avaient dû être reporté au dernier moment.

The Garden : hors de l’Eden

Et on a bien cru qu’il serait de nouveau annulé, ce concert. Car une heure d’attente entre la première et la seconde partie, c’est suffisamment long pour que le doute s’installe. Extrapolons : ceci s’explique peut-être qu’au moment de planifier les horaires de passage de la soirée, les organisateurs n’étaient pas suffisamment au fait des particularités entourant les deux jumeaux Shears et de leur projet The Garden, et notamment, leurs facultés à mettre sur pied des morceaux durant la plupart moins de 2 minutes (et encore, sur leur album éponyme datant de 2013, on ne se contente que de quelques secondes ; un seul titre sur douze dure plus d’1 minute…)

Partant de ce postulat, et même si la discographie des deux jumeaux (qui ne se ressemblent en fait pas tant que ça…) comporte déjà trois albums (tous parus chez les radicaux de Burger Records), tout va forcément très vite. En une petite demi-heure, tout est ainsi bouclé, et puisque les morceaux s’arrêtent aussi brutalement qu’ils débutent, on a l’impression d’en avoir entendu défiler une grosse vingtaine, simulacre de pot-pourri dans lequel tous les fruits seraient quand même bons à manger…

Et ses fruits-là sont défendus. Ils portent le goût d’un punk désinvolte, d’un hip hop ninety, d’une électro cradote, d’un garage huileux (eux parlent de « Vada Vada »…) Leur tube « The Woman » dépasse à peine la minute d’exécution, et évoque un Ramones très pressé. Ils sautent, se tordent, frappent des ennemis invisibles, et se comportent, globalement, comme deux gosses aux gueules d’anges échappés du jardin d’Eden afin de venir semer le bordel dans le monde réel, qu’ils prennent alors pour un ring, sur lequel ils déversent leur punk vénéneux, sonique et toxique avec, pour simples outils, le duo basse noire / batterie belliqueuse (quelques samples hip hop 90’ défilent aussi parfois derrière). On a récemment vu ces gosses californiens défiler sous les ordres voluptueux du chorégraphe et styliste Hedi Slimane. On ne serait pas surpris, un jour, de les voir également défiler pour le Sheitan…

Warpaint : rock indé et onomatopées

C’est sans doute cette petite hype (et peut-être le fait que les deux groupes soient californiens ?) qui a projeté les deux frangins timbrés aux côtés de Warpaint. Car d’un point de vue stylistique, le contraste est saisissant. Du vice suggéré par The Garden, on passe en effet au concert, lisse quoique loin d’être mauvais, imposé par le girls band que compose le quatuor américain (préoccupation égalitariste : essayons ici de ne pas caler le mot « sexy » ou « sensuel »…)

Lisse, donc, mais pas non plus factice : Warpaint, la cover de son dernier album en fond scénographique, moule sa pop dans un shoegaze tempéré, un post-punk clair, un chamanisme obscur. Une pop qui prend, souvent, son temps avant d’exploser sereinement. Certains tubes, adjoints d’onomatopées pas vulgaires, sont bruyamment célébrés (« Love Is To Die », « Disco // Very », « Feeling Alright »). D’autres le seront plus grandement encore lorsqu’ils auront eu le temps de circuler davantage. On pense notamment à ce « No Way Out », que l’on mentionnait déjà, et qui s’imposera comme le paroxysme génial d’un live qui, et ce n’est pas si fréquent, ce sera considérablement amélioré au fur et à mesure qu’il se sera écoulé.

Visuels : (c) Robert Gil

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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