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[Interview] Le Prince Miiaou : « Plus les gens écoutent ma musique, plus je deviens pudique »

[Interview] Le Prince Miiaou : « Plus les gens écoutent ma musique, plus je deviens pudique »

27 janvier 2014 | PAR Bastien Stisi

Loin de s’autoproclamer reine d’un royaume persécuté par les miaulements pop et rock qu’elle émet depuis 2007, Maud-Élisa Mandeau, auréolée de son projet Le Prince Miiaou, fait paraître aujourd’hui Where Is The Queen ?, un quatrième album studio sans morceau en français mais avec l’apparition de synthétiseurs rénovateurs pour en moderniser les contours. Café et rencontre avec l’une des artistes indie pop françaises les plus attendues de ce début d’année 2014 :

Ton nom de scène « Le Prince Miiaou », ton album Where Is The Queen ?…As-tu une obsession régalienne avec ton univers musical ?

Le Prince Miiaou : Il y a du vrai là-dedans…Ce n’est jamais exactement ni la reine, ni le prince, ni le roi, mais c’est vrai qu’il y a toujours l’idée (sans doute inconsciente) d’une image classieuse qui me plaît. À la base, « Where is the Queen », d’ailleurs, était une chanson écrite  en français que je n’ai finalement pas mis dans l’album…

Pourquoi n’y figure-t-elle pas ?

Le Prince Miiaou : Jusqu’ici, j’avais toujours au moins un titre en français sur mes albums, mais je ne voulais pas en inclure un uniquement parce que j’avais l’habitude de le faire avant. Le son faisait penser à « Lullaby » de The Cure, mais il ne me plaisait pas…Je le regrette un peu, car je sens bien que le texte a beaucoup plus d’impact en français, et surtout lors des concerts, où les gens comprennent tout de suite beaucoup mieux ce que je dis. En anglais, je vois bien qu’ils n’essayent même pas de comprendre et qu’ils se focalisent davantage sur la mélodie (bon, je suis la première à faire la même chose…). C’est du coup assez dur pour moi de faire passer l’émotion d’un morceau, car il y a une distance automatique qui s’impose.

Ceux qui ne connaissent de toi que le single « J’ai Deux Yeux » pourraient en effet être un peu déboussolés…

Le Prince Miiaou : Tu as raison, certains me l’ont d’ailleurs déjà dit ! Après, je ne suis pas là non plus pour répondre à une commande, et j’ai quand même eu la chance d’avoir pu composer jusqu’ici dans les deux langues, ce qui m’a permis de ne pas rentrer dans une case unique.

Est-ce le fait d’avoir écrit une partie de ton album à New York qui a dicté cette absence de français ?

Le Prince Miiaou : Je ne crois pas. Je crois plutôt que c’est le fait que plus les gens écoutent ma musique, plus je deviens pudique dans mes paroles : si je dois écrire en français, je mets la barre très haut, et finis par ne plus le faire du tout…Mes deux premiers albums (ndlr : Nécessite Microscopique et Safety First) ont été peu médiatisés, j’étais à l’époque libre de faire et de dire ce que je voulais. Maintenant les gens me regardent, et je me sens obligée de me cacher derrière l’anglais…

En parlant de langue anglaise, ton single « Happy Song For Empty People », c’est une référence au Happy Song For Happy People de Mogwai ?

Le Prince Miiaou : Oui, j’aime beaucoup leur formule  « Happy Song For Happy People ». Chez eux c’est ironique, chez moi beaucoup moins. Je trouve juste que l’on prenne parfois un peu les gens pour des ânes à la radio…Je suis également une grosse fan de Mogwai, même si à la base, lorsque j’ai commencé Le Prince Miiaou, je voulais faire du Encre, le projet de Yann Tambour. Et puis, plus ma carrière a avancé, plus je me suis mise à chanter en anglais, et plus je me suis mise à écouter des artistes qui chantent en anglais.

Et qui écoutes-tu exactement ?

Le Prince Miiaou : Je n’écoute pas grand chose, je ne sais jamais trop où j’en suis dans mon époque, et ai une consommation assez monomaniaque de la musique : je découvre un ou deux albums par an et je les épuise complètement. Je viens de découvrir Son Lux là (ndlr : dont l’album défile dans le bar au moment où l’on parle), et pendant deux ans, très clairement, j’ai écouté James Blake, Bon Iver, Michael Jackson et Steve Reich. J’ai aussi eu un gros flash avec Alt-J l’année dernière, que j’ai trouvé à la fois pop, moderne et fouillé.

« Pop, moderne et fouillé » : ça se rapproche un peu des sonorités nouvelles qui apparaissent sur ton nouvel album, non ?

Le Prince Miiaou : J’ai acheté un synthé, du coup ça a peut-être effectivement modernisé le tout. C’était une vraie volonté de ma part de dépasser l’influence des années 90…Je me suis mise à la batterie également pour le disque, ce qui donne peut-être un côté brut et des rythmes moins chiadés (à l’ordinateur, je pouvais faire ce que je voulais, plus maintenant).

Est-ce l’intervention d’Antoine Gaillet (M83, Julien Doré, Herman Düne…) dans le mixage qui a favorisé cette évolution du son ?

Le Prince Miiaou : L’évolution existait en réalité bien avant son mixage final. Je suis très attachée à l’idée d’autoproduction, et j’ai une idée extrêmement précise de ce que je veux. Lorsque je fais mes maquettes, et avant même que quiconque n’y jette un œil, c’est déjà produit. Ça ne sonne pas forcément bien niveau qualité, mais l’objet est là. Je produis déjà dans le sens où je mets déjà les effets, qui font déjà partie de l’arrangement. J’ai du mal à faire la distinction entre la production et la composition. Je fais tout en même temps, et c’est ça « faire un morceau » pour moi.

Sur ce disque, on s’est posé la question de savoir si ça ne ferait pas du bien qu’il y ait un regard extérieur. Comme je fais vraiment tout de A à Z dans ma musique, je me lasse parfois un peu de ma manière de faire. Lorsqu’Antoine Gaillet est arrivé, la maquette était donc déjà assez aboutie, mais là où son intervention a été remarquable, c’est dans sa manière de mise en valeur de ma voix et dans le mixage final de l’album.

J’ai été assez touché (et assez surpris) par « Aliénore », l’intermède que tu glisses au sein de ton album. Est-ce une réflexion sur ton statut d’artiste, et sur la vacuité de cette position sociale que nos sociétés contemporaines fantasment tant ?

Le Prince Miiaou : Il y a un peu de ça oui. C’est un métier où on nous demande de porter un masque, de faire bonne figure, d’être joyeux, sympa, de montrer que tout va bien. Avec « Aliénore », je voulais juste montrer que le succès est relatif et mettre en avant quelque chose de très simple : ma grand-mère qui me demande une photo dédicacée pour une petite-nièce que je ne connais pas…Sur un album, il y a forcément un masque qui est porté, dans la mesure où tout est parfaitement pensé en amont et que je me cache un peu, comme je le disais, derrière l’interprétation de morceaux en anglais. Là, tu peux être certain que personne ne porte aucun masque…

Le Prince Miiaou sera en concert au Café de la Danse le 13 mars 2014.

Le Prince Miiaou, Where Is The Queen, 2014, autoproduction, 40 min.

Visuel : © pochette de Where Is The Queen du Prince Miiaou

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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