Pop / Rock

[Live report] Le Prince Miiaou au Café de la Danse

[Live report] Le Prince Miiaou au Café de la Danse

14 mars 2014 | PAR Bastien Stisi

Un nom d’album comparable à une discussion de personnages beckettiens (Where Is The Queen ? / Who Is Asking ? / I Can No Tel / She S’Gone / Gone Where ? / Just Gone…), l’apparition d’instruments faiseurs de sons modernisés, l’utilisation exclusive de la langue d’Anna Calvi… Maud-Élisa Mandeau (camouflée sous le pelage nominal du Prince Miiaou) présentait il y a quelques heures au public (très) assagi du Café de la Danse son quatrième album, paru au mois de janvier dernier.

Le Prince MiiaouAfin de tisser le lien entre le studio et le live, ce sont d’abord quelques éléments du décor qui font leur apparition sur scène, permettant à la scénographie de reproduire les cônes inégaux qui se juxtaposent sur la pochette de l’album. Bientôt, c’est au tour de Maud-Élisa et de ses musiciens d’investir l’espace légèrement surélevé du Café de la Danse, et de débuter la récitation presque intégrale des compositions d’un album marqué par des tonalités plus synthétiques qu’à l’accoutumée. Des bruitages électroniques et cataclysmiques parcourent même parfois le lieu, mêlant le baroque, l’indie et le contemporain dans une cacophonie particulièrement étrange. Le Prince cultive les paradoxes, et ceux-ci sont recouverts d’une beauté idéale.

Dans la fosse, quelques membres du public (les plus expressifs) récitent parfois les paroles du très diffusé troisième album Fill the Blank with Your Own Emptiness, alors que certains (les moins originaux) préfèrent entonner le tout petit chant du chaton. Pourtant, autour du Prince Miiaou, ce ne sont pas de gentils et attendrissants félins qui sont offerts à la vue de tous, mais des guitares, une basse, un clavier, une batterie et même une contrebasse, venus rappeler la richesse luxuriante d’une discographie dont on verra défiler avec bonheur quelques-unes de ses pépites les plus marquantes (le radieux « Turn Me Off », l’excité « Be Silent »…)

Révérence au frangin en charge du son en studio (« Bro »), passage de l’aigu au grave avec une belle dextérité, guitares bien plus gonflées et poussées que dans les limites du studio « Happy Song For Empty People », « Beloved Knife », « Alaska »)…la release de la princesse indie se teinte d’une belle diversité, venant même transformer l’espace d’un instant sa génitrice en humanoïde émettrice d’une voix de robot tristounet (« JFK »). L’odyssée du Prince est sinueuse, mais aussi conquérante qu’attachante.

Si l’on regrettera quelque peu le manque de liens entre des morceaux qui auraient sans doute gagnés à être plus farouchement et plus directement enchaînés, on demeurera indubitablement sous le charme décalé d’une très singulière artiste à laquelle l’on pardonnera même le joli (et annoncé) saccagement de son immense tube « J’ai Deux Yeux », trop timidement interprété aux côtés des filles de LE A en guise de terminaison (qui avaient pourtant assuré auparavant la première partie du concert).

Quelques ratés sans conséquence, une belle honnêteté, une release efficace et enflammée : l’indie rock français ne paraît pas près de devoir se chercher une nouvelle figure régalienne…

Les prochaines dates de la tournée du Prince Miiaou sont à retrouver par ici.

Visuel : © pochette de Where Is The Queen du Prince Miiaou

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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