Pop / Rock

Grand Corps Malade règne sur la dernière journée de la Fête de l’Humanité

Grand Corps Malade règne sur la dernière journée de la Fête de l’Humanité

17 septembre 2018 | PAR Thomas Gayrard

Au dernier jour de la grand messe communiste de France, le slameur sensible Grand Corps Malade et le doublé punk Hurlements de Léo / Marcel et son Orchestre offrent quelques belles communions à une foule avide de partager vertiges et transes dans la poussière du parc de La Courneuve.

Alors que défilent, par la fenêtre du RER, les frontières des périphéries entre la capitale et sa banlieue, on se dit que le PCF a fini par comprendre quelque chose de l’importance du hip hop pour porter la parole. Ici chaque jour a sa tête d’affiche rap. Et jusqu’à l’embarras du choix : depuis le mastodonte bicéphale NTM en ouverture vendredi ; jusqu’à la double programmation Grand Corps Malade / Kalune (P’tite Scène) hier ; en passant par la touche plus contemporaine du binôme drolatique et toulousain Bigflo et Oli samedi, face à des figures historiques du genre, Les Sages poètes de la rue (P’tite Scène). La faute sans doute au maillage territorial du parti, à son contact au quotidien avec les jeunesses des quartiers et des cités, par les militants, les mairies et les élus de la banlieue rouge ou d’ailleurs, de ces relais dont on longe désormais comptoirs et estrades chargés des produits du terroir.

Grand Corps Malade, héraut du vivre ensemble et de la bonne énergie, est là debout sous un soleil d’été indien à peine voilé, appuyée sur sa béquille comme sur sa plume, face à la foule qui fait le clapping pour la Grande Scène. On retrouve bien l’alchimie qu’opère le cinéaste slameur entre fiertés militantes, chantre de son territoire du 9-3 (Je viens de là) et intimités émouvantes – quand on rencontre l’amour ou la fatalité, quand on devient papa surtout. On le projette même héritier du Renaud des premiers temps, quand ses hymnes à l’enfant soufflent un joli silence à toute l’audience et résonnent des échos des Pierrot ou Mistral gagnant. Tendresse de père, tendresse de fils aussi, quand il lance « Maman je vais te raconter pourquoi un soir je suis pas rentré » et fait exulter le public en cadence pour un beau final fraternel.

L’Huma fête aussi l’autre genre musical compagnon de route de la gauche des luttes et des ivresses depuis 3 décennies, lui aussi certifié old school : rock-musette & punk-guinguette, la face véner et rigolarde de la chanson française. Ainsi des Hurlements de Léo, patronyme inspiré d’un titre culte des VRP (Grands Anciens de l’alternatif français potache). Accordéon et batterie, cuivres et cordes électriques, portent les voix rageuses, comme encore adolescentes, du chanteur et saxophoniste Julien Artus ou du guitariste Laurent Bousquet. Tout un art de faire glisser la complainte mélancolique romantique, avec son orchestration grand seigneur, vers une cavalcade de colère à la folle manière ska, tantôt retenue sur une pulsation de suspense, tantôt libérée en de gros rush saturés. Les Léo n’épargnent par leur sueur, rouges de rugir et bondir autant dans la chaleur de l’après-midi, pour nous faire lever la poussière au rythme des applaudissements.

Ils ne leur restent qu’à transmettre le relais à leurs « oncles » (sic), aînés et initiateurs de cette si riche P’tite Scène dont il ferme le rideau cette année. C’est Marcel et son Orchestre qui débarque, caché derrière un drap, pour mieux dévoiler son look foutraque de travestis tout en postiches et en couleur. Tandis que déjà des stands se vident ou se plient, et que les cohortes de visiteurs sont soudain traversées de l’exode des jeunes portant sacs à dos et tentes 2″ (les campeurs partent récupérer leurs trains sur Paris), la troupe balance son rock fanfare parodique pour conjurer l’ambiance géante de fin de soirée qui s’installe sur le parc.

Sans doute nous aurions pu chroniquer aussi tables rondes et conférences, rencontres-débats et radio lives, sans parler de l’Agora, du cinéma ou de la librairie où se décrypte notre monde, qui font la densité intellectuelle et politique de l’événement. Mais sa programmation musicale suffit à faire manifeste. Quoi qu’on pense du PCF et de son quotidien, force est de rendre à César ce qu’il donne à son peuple d’un week end. Entre hip hop et rock, entre grandes voix (Catherine Ringer, Julien Clerc, Bernard Lavilliers, Jeanne Added) et nuits électro, entre les pointures internationales de Franz Ferdinand et les petites formations de la province ou de l’étranger accueillies sous l’hospitalité des chapiteaux, l’Humanité nous aura déployé toutes les couleurs du rouge.

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Thomas Gayrard

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