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[Chronique] « Monomania », nouvel album de Deerhunter : trouver la lumière dans la décharge

[Chronique] « Monomania », nouvel album de Deerhunter : trouver la lumière dans la décharge

15 mai 2013 | PAR JD

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Un peu moins de 3 ans après sa dernière livraison Halcyon Digest, Deerhunter revient laver nos oreilles avec Monomania (Kranky – 4AD records), beau et planant, un album d’indie rockeurs pas totalement assagis. Entre shoegaze psyché, garage et dream pop au son lo-fi, l’album des rockeurs d’Atlanta fait honneur au genre. 

Voilà plus d’un dixième de siècle que Bradford Cox et ses potes se la jouent indie sans compromis sur la scène du rock américain. Dix ans que le son noisy de Deerhunter forme dans les échos de la voix habitée de mister Cox une alchimie teintée de poésie adolescente et délicate. Du punk et du garage des débuts, Deerhunter n’a eu de cesse, depuis, d’évoluer vers une noisy pop psyché, planante et onirique. Microcastle, en 2007, amorçait magnifiquement le virage dont Monomania semble être l’aboutissement aujourd’hui.

L’album s’ouvre sur deux morceaux au son dirty dont le très saturé « Leather Jacket II ». Son bien crados, riff efficace, le morceaux sonne punk et sale, à des années lumières des productions aseptisées du rock mondialisé de notre époque assoupie. Et que dire de « Monomania », morceau phare de l’album… Une bombe de saturation crade, un hommage au garage dégueulasse des années glorieuses du rock and roll. Les guitares pleurent sous la voix traînante et salie de Bradford Cox. Les sons se mêlent vers un final de bruit apocalyptique donnant à la musique de Deerhunter des accents de Velvet Underground que les années 80 auraient blazé. Un mélange de garage, de shoegaze et de grunge.

Mais loin de n’être qu’ un album de rock garage énervé, Monomania est un labyrinthe complexe sans les grosses ficelles habituelles de l’industrie musicale. Avec le relativement trad ricain « Pensacola » au blues bricolé avec trois fois rien, et le rock seventies de « Back to the middle » ou de « Dream Captain » que ne renierait pas un David Bowie version ampli à lampes de « Rebel Rebel » en passant par la jolie pop mélodieuse de « The Missing » composée et chantée par le guitariste, Lockett Pundt, et la mélancolique « Sleepwalking », ce groupe prouve qu’il a le goût des accords que l’on n’attend pas et des changements de gammes raffinés. « THM » confirme que les mecs de Deerhunter sont de faux durs, des esthètes à la poésie délicate sous les guitares shoegazes. La musique évoque une respiration difficile. C’est beau et inspiré. Tout comme l’avant dernier morceau de l’album, « Nitebike », guitare / voix à delay qui gémit dans les volutes d’un son épuré. Les vibratos naturels de la voix de Brad Cox sonnent éternellement classes. Deerhunter sait soigner ses fins de morceaux. Et celle de ce dernier est magnifique.

« Punk (La Vie Antérieure) », sans doute une référence au poème de Baudelaire et à ses voluptés calmes, vient clore un album dont il est difficile de s’extraire sans dommage. Un album qui ne sera pas suivi d’un carton commercial, c’est certain, mais qui fait d’ores et déjà entrer Deerhunter dans la catégorie des groupes majeurs du rock indépendant. « Finding the fluorescence in the junk / By night illuminates the day » sont les premières paroles du morceau d’ouverture « Neon Junkyard »…  Trouver la lumière dans la décharge, c’est peut-être encore cela le rock’n’roll.

 Photos (c) : Pochette de Monomania et visuel officiel

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