Pop / Rock
[Chronique] « Ephemeral » de Rich Aucoin : exalté, épuisant

[Chronique] « Ephemeral » de Rich Aucoin : exalté, épuisant

23 octobre 2014 | PAR Bastien Stisi

Afin d’évoquer We’re All Dying to Live, le premier album du gentil Canadien Rich Aucoinqui avait fait son petit effet lors de sa sortie en 2011, la critique, toujours fervente de mimétisme lexical, avait pris l’habitude de parler de « pop péplum », rappelant ainsi la grandiloquence des compositions d’un disque au sein duquel figurait également un nombre de collaborateurs suffisamment important pour que l’on veuille bien le mettre en avant. L’expression pourra être réutilisée ici.

[rating=3]

50 musiciens, quelque 20 000 voix issues des foules rencontrées lors des nombreux festivals parcourus lors de la tournée du premier album, 8 producteurs différents pour les 10 titres contenus sur l’objet digital…il y a encore du monde sur Ephemeral, le second essai discographique du Canadien constructeur de l’électro pop la plus faramineuse et la plus gloutonne du moment.

Du monde crédité sur le disque, et aussi, revers de la médaille à force de cumul, plein de bourdonnements dans les oreilles pour quiconque parviendra à aller au bout de son écoute sans être atteint entre-temps par une gênante crise d’épilepsie des tympans. Car le second album de Rich Aucoin, peut-être plus encore que le premier, sera inévitablement le prétexte d’un clivage. On sait que les excès laissent rarement indifférent. Ici, basiquement, il y aura les adorateurs et les détracteurs.

Ainsi, si certains attendent de la musique pop qu’elle se fasse la servante ultime du bonheur outrancièrement formulé, du stimulus de masse, du contentement des sens par son égarement, ceux-là trouveront avec Ephemeral l’album idéal, le parfait copain d’extase plein d’emphases toutes faciles à ressentir. Celui qui colorera les instants grisonnants, qui invitera le cynisme contemporain à aller se faire mettre (par des bisounours sous LSD, sans doute), qui matérialisera le concept de « pop ultime », en le glorifiant.

Les autres, par contre, qui voient des boutons s’incruster sur leur visage à chaque redoublement de chœurs, de voix doublées et de « ohohoh » balancés sans raison apparente (l’un des systématismes les plus navrants de l’électro pop de stade), ceux-là déguerpiront très rapidement, et ce peut-être même dès l’introducteur « Let It Go », power pop faisant appel (au mégaphone) à la gentille transe collective. Déjà passés à autre chose, ils n’auront pas le temps de se confronter à l’électro rock excitée et sensible de « Want To Believe », à l’indie explosée de « Four More Years », au dubstep inattendu de « They Say Obey ». Ils n’apercevront pas non plus les nuances que peuvent comporter un objet souvent boursouflé, mais toujours assumé, et ces titres qui gagnent beaucoup  en ne lâchant pas l’éjaculation pop après le moindre petit coup de rein (« I Am Sorry », « Meaning In Life »).

On sait les lives du Canadien parcourus par une force, une vitalité, une authenticité, une rage colorée inimitable. Et c’est bien sur scène (le 4 décembre à l’Ubu dans le cadre des Transmusicales de Rennes, par exemple ?) qu’il faudra favoriser l’écoute de cet Ephemeral. Car c’est a priori sur ce terrain-là que le disque aura une chance de parvenir à ne pas trop entrer en résonance avec son titre (« Ephemeral », bien sûr, se traduit par « Éphémère » en français…) 

Rich Aucoin, Ephemeral, 2014, Platinum Records, 29 min.

Visuel : © pochette de Ephemeral de Rich Aucoin

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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