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[Chronique] « Artpop » de Lady Gaga : non, ceci n’est pas de l’art

[Chronique] « Artpop » de Lady Gaga : non, ceci n’est pas de l’art

04 décembre 2013 | PAR Bastien Stisi

Lady Gaga Artpop

[rating=1]

Avec Artpop, l’Américaine Lady Gaga signe son quatrième album studio en six années de carrière. Les saisons défilent, la postérité mainstream se densifie, mais les mélodies aguicheuses et les gimmicks grotesques ne bougent pas d’une note. « Pop » ? C’est ok. « Art » ? Certainement pas !

Lorsque la machine à tubes Gaga Corporate s’enrhume, ce sont nos tympans qui demandent d’urgence une consultation chez l’ORL le plus proche : la lady new-yorkaise a beau associer à son dernier album l’illusion de la démarche Pop Art et rendre de plus en plus gaga le gratin de la hype mondiale (le plasticien Jeff Koons qui a réalisé l’artwork de l’album, la maison Versace qui en a fait son égérie 2014, la performeuse Marina Abramovic à qui Lady Gaga a apporté son soutien…), ce n’est pas avec la soupe indigeste et racoleuse que représente cet Artpop que sa musique atteindra la hauteur de ses illustres références.

Depuis 2008 et la sortie de l’ultra-diffusé The Fame et son tube planétaire « Poker Face », la New-yorkaise aux cheveux dorés assiège les auditeurs MTV du monde entier (et tous les autres aussi…) à l’aide d’une pop taillée pour les masses et pour les fins de soirées drôlement mal accompagnées. Sans les considérations du compositeur Karlheinz Stockhausen à l’esprit (pop = musique de masse = danger = totalitarisme), avec un bon coup dans le nez et une humeur consentante, il y a, d’ordinaire, moyen de ne pas déguerpir au premier coup de synthé trop mal assuré.

Plus question toutefois d’entertainment pur et dur sur cet Artpop, puisque le disque est empreint d’une capacité d’épuisement phénoménale. Gaga explore son nombril comme un rappeur bodybuildé explorerait les contours de son anatomie purement masculine, et engage des envolées vocales semblables sur de pâles plages de dubstep détraqué (« Aura », « Swine »), de rock décharné (« Manicure »), ou de disco bourriné, à l’image d’un insupportable « Fashion ! » semblable à un hymne de connasses enivrées par deux ou trois mojitos trop sucrés au milieu d’une piste de danse mal éclairée. Nous voilà cette fois-ci avec une bonne raison de prendre la fuite sans passer pour un incurable snobinard aux considérations sonores trop étriquées.

Comble de l’accalmie, la diva Gaga ne se contente pas de réutiliser à ses fins La Naissance de Vénus de Botticelli sur un artwork signé Jeff Koons, mais salit également par le biais de son « Vénus » le « Rock Number 9 » du duo frenchy Zombie Zombie, dont elle réutilise les lyrics (« Rocket number 9 take off to the planet Venus ») en ignorant la touche spatiale et délétère qui faisait le charme initial de la pépite cosmique. Nausée.

Sur l’autel de la pop, bien loin de celui réservé à l’art, certainement pas d’ « Applause » pour la Lady américaine, mais un sacrifice pour ne pas fâcher quelques divinités trop susceptibles : la tête aux idées désespérément identiques de la Vénus la plus marketée de la dernière décennie.

Lady Gaga, Artpop, 2013, Streamline Recrords, Polydor, 59 min.

Visuel : © pochette de Artpop de Lady Gaga

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

8 thoughts on “[Chronique] « Artpop » de Lady Gaga : non, ceci n’est pas de l’art”

Commentaire(s)

  • Hugo ASENSIO

    L’art n’est pas dans la musique mais dans le visuel, un vrai journaliste aurait fait bien plus de recherches avant de déblatérer un tel tissu de conneries puériles et complètement stériles. A bon entendeur ;)
    PS : je conseille tout de même à ce « site » de ne pas engager des incompétents. Ce genre de journaliste pensant écrire des chroniques de MUSIQUE alors qu’ils ne font que critiquer pour obtenir le buzz sont bons à jeter. Il faudrait peut être penser à faire une véritable sélection dans votre recrutement.

    décembre 4, 2013 at 16 h 22 min
  • Jean

    Que c’est pathétique… Une critique musicale qui parle de tout et en même de temps de rien. Pourquoi écouter Lady Gaga en pensant que l’on va entendre une oeuvre d’art musicale ? Depuis ses débuts elle ne fait que des musiques entêtantes et n’a jamais parlé de repousser les limites de la musique mais de l’entertainment. Voilà pourquoi elle mélange art, mode, musique et ce depuis 2008. Or moi qui au contraire n’aimait absolument pas ses débuts, son évolution est remarquable et sur cet album, pour qui a une oreille musicale légèrement développée remarquera que les genres se confondent, s’enchaînent et créent des choses intéressantes, racontent une histoire, très loin de ce que la pop offre aujourd’hui. Je pense à Swine qui altère les différentes humeurs du viol en fonction des beats et des breaks, à ARTPOP qui hypnotise par son groove jazzy electro surfant sur la relation au vide, à Mary Jane Holland où Queen rencontre l’électro dans un délire sur la notion de double personnalité. Du début jusqu’à la fin, la voix change, les sons évoluent, l’album se construit. C’est pour ma part très intéressant, vraiment inspiré, pas du tout commun et bien trouvé. Les références foisonnent, à tel point que l’on a besoin de réécouter plusieurs fois un morceau pour en comprendre toutes les subtilités. Bref je pense qu’il y a vraiment un phénomène du  » Lady Gaga est has been  » pour se sentir un tantinet connaisseur, mais il faut savoir apprécier de temps à autre de la bonne musique qui change comme elle peut le paysage musical pop actuel.

    décembre 4, 2013 at 16 h 52 min
  • Bastien Stisi

    Bonjour Hugo, et merci pour votre commentaire qui, lui, se détache largement de toutes « conneries puériles et complètement stériles ».

    En tant que journaleux viscéralement obsédé par la recherche du buzz 2.0 (en vous baladant sur Toute La Culture, vous remarquerez notre attachement à ce genre de problématiques), je n’avais évidemment pas remarqué la nuance ô combien nichée que vous venez nous faire remarquer ici.

    Le visuel et la musique sont-ils à ce point relié qu’ils doivent tout deux se retrouver impliqués derrière le titre d’un album ? On est en droit de le penser, et de considérer dans le cas présent que le titre « Artpop » fasse tout autant référence au visuel de Jeff Koons qu’aux morceaux récités par Lady Gaga. À travers cet angle, il semblerait que la chronique (je vous assure, s’en est une) gagne une possibilité d’exister en tant que telle.

    Que vous refusiez le contenu du propos de cet article, voilà votre droit le plus absolu. Que vous défendiez les intérêts de la dame Gaga au point de qualifier ceux qui oseraient émettre une critique sur sa créativité musicale d' »incompétents bon à jeter », permettez-moi de m’en offusquer quelque peu.

    Je ne vous « jette » pas pour ma part ce commentaire à la figure, mais vous le propose.

    Bien cordialement

    décembre 4, 2013 at 17 h 28 min
  • Maxime

    Hugo n’a cependant pas totalement tort lorsqu’il parle « d’incompétents bon à jeter ». Si la violence de la critique ne justifie en aucun cas de vous qualifiez d’incompétent, les erreurs présentes dans votre chronique peuvent cependant amener à le penser (après on est d’accord ou non avec le « à jeter »): Quand on cite ou qu’on prend un exemple, on s’assure qu’il est juste. Ce que vous n’avez pas cherché (ou réussi) à faire soit par incompétence (on y vient!), soit par ignorance, soit (et c’est là le plus grave) par plaisir de dénigrer.

    En effet le « gaga olala » n’est pas relié au célèbre Poker Face (issu de l’album The Fame, on est d’accord), mais au tube n°1 de Lady Gaga, Bad Romance « Ra Ra Raaaa, Roma Romamaaa, Gaga olalala… » présent sur l’album The Fame Monster.

    Deuxième erreur : à vouloir trop vite critiquer ARTPOP sans vraiment l’écouter ou même regarder la pochette, on écrit des bêtises. Le « dubstep détraqué » est présent dans Swine et non pas Swing…une lettre qui change tout le sens de la chanson, et qui explique juste tout le pourquoi de la chanson (texte et musique)

    Enfin la dernière : elle réutilise les lyrics de Sun Ra pour Venus, et non pas de Zombie Zombie, a qui elle n’emprunte « que » la rythmique…

    Bref, plusieurs bourdes qui viennent décrédibiliser cette critique selon moi. Les mauvaises critiques sont tout aussi légitimes que les bonnes. Mais quel que soit le point de vue, pour qu’une critique soit légitime, elle ne doit pas être truffée d’erreurs!

    Cordialement

    décembre 5, 2013 at 2 h 35 min
    • Bastien Stisi

      Merci pour votre remarque Maxime, la coquille de « Swine » est corrigée, tout comme celle de « Poker Face ». Le « gaga oulala » a dû me traumatiser, j’ai tendance à le voir un peu partout, jusque dans mes cauchemars les plus névrotiques (ceci est un autre sujet, j’en conviens).

      Concernant « Venus », je vous invite à écouter le « Rocket Number 9 » des Zombie Zombie, afin de constater qu’il n’y a pas que du faux dans cette « critique », qu’elle soit bonne ou mauvaise.

      Cordialement

      décembre 5, 2013 at 10 h 37 min
  • Maxime Benot

    Je trouve cette critique totalement juste, cet album montre la dérive du système dans lequel Lady Gaga es née : le marketing musical de masse. Elle fait de la musique pour vendre et pour gagner de l’argent, ce n’est pas une artiste à part entière. D’où une chanteuse consacrée à son art sortirait un parfum par exemple ? Bref, c’est un rabaissement du niveau de la musique qu’elle a initié, rien d’autre. Intéressons-nous à de nouveaux vrais artistes comme Lana del Rey qui fait de la Pop, qui fait de la bonne musique et qui se vend bien d’ailleurs.
    Lady Gaga est un phénomène marketing, encore pire que Britney Spears qui en était un aussi, et totalement catastrophique vis-à-vis de Madonna que l’on a tristement comparée à elle. En effet, Madonna a fait de la musique, qu’on en pense du bien ou du mal, révolutionnaire pour l’époque (première chanteuse véritablement provocatrice), et qui, en dépit des critiques, s’est RENOUVELÉE, pendant 30 ans, + ou -, contrairement à Lady Gaga qui nous passe au micro-onde son premier album pour en sortir un troisième..

    décembre 5, 2013 at 19 h 46 min
  • Dan

    Les journalistes sont devenus acides et caustiques, espérant provoquer le déclin de certains artistes afin de les tuer. Allez voir un de ses concerts… cette fille est une show girl, chanteuse et pianiste géniale.Point. c’est déjà pas mal non?

    décembre 6, 2013 at 8 h 36 min
  • FuckMeImARTPOP

    Tellement drôle , Lady Gaga vous suce la bite et vous recrache le liquide dans la tronche !:) #ARTPOP

    décembre 9, 2013 at 16 h 17 min

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