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Nouvel album de R.E.M. en écoute: Retour vers le futur

Nouvel album de R.E.M. en écoute: Retour vers le futur

05 mars 2011 | PAR Pascal

Collapse into now, le quinzième album du mythique R.E.M. arrive le 8 mars. Nos héros, tous producteurs, tous musiciens, tous auteurs, nous offrent leur album en écoute libre sur la radio NPR jusqu’à la date ultime de la sortie de leur opus de douze titres.

Là n’est pas la seule bonne surprise. Michael Stipe, Peter Buck et Mike Mills poursuivent leur réflexion sur le temps et l’humaine condition avec un album sans faiblesse, des guests surprenants, géants et inattendus de la scène rock alternative. De Patty Smith et son guitariste Lenny Kaye à Eddie Vedder le leader de Pearl Jam, des tempos industriels de Bill Riefin, Nine Inch Nails aux déroutants Peaches et Joel Gibb, électrons électroniques libres de la scène berlinoise, un seul homme pouvait donner une unité sonore digne de leurs noms : Garett Jacknife Lee, le frère d’armes et réalisateur de U2. Uno, dos, tres, catorce : Back to future !

Produire et diffuser. On sait où le bât blesse. Pour ne citer qu’eux, Radiohead et R.E.M. ont depuis longtemps pris les devants à la recherche d’une correspondance entre l’art et ses galeries virtuelles, repensant la dématérialisation que notre groupe bien aimé nomme dans l’un des titres « l’antimatière ». Un concept aussi populaire soit-il dans son expression musicale n’en est pas moins pensé dans une démarche artistique globale. Utilisation des radios web, des podcasts, réalisation de films pour chaque titre par des vidéastes et plasticiens notoires telle Sophie Calle, objet disque cd et nylons avec bonus de tous ordres, une production est une entreprise culturelle tentant d’ignorer la crise. Certes, la chose est plus aisée quand on est un groupe mythique dans une compagnie majeure. C’est comme les soldes, il est plus facile de gérer et faire des économies en achetant moins chères quand on est riches. Le phare du rock alternatif rendu populaire n’y déroge pas. Mais au début était l’idée pour ne pas dire le verbe. Au début était le groupe et ses accords, son militantisme.

Alternatif et populaire, deux adjectifs qualifiant la démarche artistique de R.E.M. . Depuis Out of time (1991), album qui ne sortira qu’après douze ans d’existence, nos héros ont toujours eu comme ligne éditoriale une réflexion sur le temps et la modernité (Fables of the reconstruction, Automatic for the people, Accelerate). Démarche militante, pacifiste, écologiste, un son aux gimmicks entêtantes et mélodiques à la guitare sous effets de mandoline et d’orgue, une démarche façon rock progressif avec des albums concepts, des tournées planétaires, une créativité toujours audible, un leader à la voix de ténor conteur sont les marques de ce groupe.

Collapse into now ne déroge pas à la ligne éditoriale. Douze titres excitants entre ballade, chanson pop, rock expérimental tel le magique « Blue » dernier titre de l’album avec Patty Smith. Les titres sont tous envoyés sans concession, forts, hauts et clairs. L’esprit du groupe jouant « live » omniprésent. Il est rare – mais tel est le savoir-faire du spécialiste Jacknife Lee – de savoir rendre l’esprit du groupe. Ici, c’est une vraie réussite, nous sommes dans un salon avec eux, tels des privilégiés et c’est bien au-delà des sons, des mots et de leurs trouvailles. C’est un « ensemble » qui se donne. Nous ne traduisons jamais le mot POP en France. Et pour cause. Le mot « variétés » porterait quasiment dans les élites, l’opposé de cette démarche inventive. Pourtant, la variété, cet accent populaire si critiqué est la véritable force de conviction du public. Il se mesure en nombre d’albums vendus, certes. Mais on se doit d’être entendus, surtout si le message est de ceux de la nature de R.E.M.. Rendre une philosophie, une réflexion, une alternative – puisque c’est le mot – popissime par de pures chansons avec couplets, refrains, recherche du bon riff de guitare, de la mélodie chantante, production léchée et perfectionniste, c’est offrir en quelque sorte « la connaissance », une histoire de « modernité » finalement.

Collapse into now n’est pas un titre de l’album, façon particulière au groupe de définir cet ensemble musical comme un projet, l’album d’une magistrale présence. Collapse, un verbe aux sens nombreux : s’écrouler, flancher, fléchir, plier, comprimer. Nos visionnaires proposent dans leurs douze morceaux de revenir à l’humain, la culture, la matière, le sensible, le réel. Offrons-nous une colère, non une indignation, bien présente pour aller dans le futur, bleu, dernier titre de l’album. Jamais le nom d’un album n’aura sonné aussi philosophique. Les morceaux s’égrènent aisément, plaisamment, comme de petites sources nées de particularités géographiques, psychologiques ou politiques. Et tout coule dans un environnement sonore, certes, proche de Vertigo (U2), mais jouissif, jamais lascif ni facile. Le trio reste essentiel à la composition et les invités, eux aussi variés de par leurs univers, posent leurs voix (Eddie Vedder, Patti Smith, Peaches, Joel Gibb), donne ce rythme particulier propre à R.E.M. proche du tambour rituel et de la batterie Metal dont Bill Riefin apporte le lien essentiel et fédérateur comme le battement présent du cœur. Les participations de Peaches et Joel Gibb sont des témoignages de l’engouement du band pour Berlin qui lui dédie un morceau Uberlin ainsi que pour une culture esthétique futuriste dépassant le son pour aller vers l’image.

Quand on entre dans la légende, pourrait dire le dicton, on se doit de résister en détails tant pour rester vivants qu’en avoir les honneurs et pouvoir lever la tête vers Elvis avec ou sans les sourcils du héros militant Michael Stipe dont chacun, dans les années 90, cherchait la voix et la voie. Avril 77 voyait la naissance du mouvement punk. Aujourd’hui le « no future » a ouvert un « yes future » éblouissant. Le rock est une culture voire un art à part entière avec ses tendances, ses arbres, ses bourgeons, ses adorateurs, ses modes de vie, sa bibliothèque, son panthéon, ses intellectuels, ses artistes, leurs moyens de production de diffusion. Un art populaire donc. La dernière bonne nouvelle réside dans le projet cinématographique qui devrait bientôt voir le jour. Y sont associés : Sophie Calle, Mr and Miss Stipe, James Herbert, Jem Cohen, James Franco.

Téléchargeons, gratuitement et momentanément. Téléchargeons légalement. Achetons l’album. Il arrive aujourd’hui. Il inspire le sourire et l’avenir dans la voix de miel d’un grog chaud, celle de Michael Stipe.Rien ne s’écroulera qui ne soit sincère, cardiaque et sans crise comme le retour vers le futur de R.E.M. Collapse into now.

Pascal Szulc

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