Musique

Nirvana : Live at Reading

15 novembre 2009 | PAR Mikaël Faujour

Nous vous l’avions annoncé dès septembre : début novembre paraissait le célèbre enregistrement du concert donné par Nirvana au festival à l’été 1992, l’un des bootlegs les plus copiés de l’histoire.

Des tartines ont été écrites sur ce concert qui fit tant pour la légende de la bande à Cobain. Père depuis moins de quinze jours de Frances Bean et désireux de faire taire les rumeurs qui le donnaient ravagé par les drogues, Kurt Cobain déboule sur scène en chaise roulante, pour une entrée en matière théâtrale à l’humour décalé. S’effondre. Puis se lance dans une heure et demi d’un set débridé, où les maladresses techniques (vocales, guitaristiques…) sont rattrapées par une énergie furieuse et jubilante d’un Cobain au sommet… et d’ailleurs loin de l’image exclusivement torturée que le temps a bien voulu nous laisser garder. Cobain se marre, passe un moment de pure jouissance rock’n’roll en harmonie avec le public (à l’image du « Lithium » chanté en chœur de bout en bout par la foule), se marre par instants (« Sliver »), reprend des morceaux – qu’il adore – des fabuleux des Wipers (« D-7 »), de Fang (« The Money Will Roll Right In ») ou de Shocking Blue (« Love Buzz », absent du CD) ou en faisant reprendre à toute la foule en chœur un poignant « I love you » à Courtney Love…

Clairement, il s’agit moins d’un album live à écouter qu’à voir. Le set étant long, le choix de la maison de disques a été d’élaguer : retiré le jeu avec la foule, retirés aussi l’énorme version alternative de « Tourette’s » dont la version finale – tout comme celle de « All Apologies » – atterrirait l’année suivante sur le troisième et dernier LP In Utero. Et c’est bien dommage. Car sur CD, « Sliver » ou surtout « Smells Like Teen Spirit » (passablement massacré par un Cobain qui avait fini par détester ce morceau si parfait qui fut sa boîte de Pandore) sont loin d’être aussi chavirants que ceux de la compilation From the Muddy Banks of the Wishkah. (Pour rappel, il s’agissait jusqu’alors de l’unique enregistrement live en CD. Sorti en 1996, qui retraçait la carrière scénique de Nirvana.)

C’est en fait surtout en DVD qu’il faut regarder ce live et jouir d’un groupe délivrant une performance d’une intensité rare, si bien que ce Live at Reading est carrément n°1, pour le NME, des « concerts qui ont changé l’histoire du rock ». Rythmique implacable et puissante (quel grand batteur que ce Dave Grohl…), joie palpable de jouer et d’être ensemble, foule ravie : tout est là. Et cela fait merveille sur des morceaux aussi ravageurs que « Aneurysm » (l’un des meilleurs morceaux du répertoire de Nirvana, qui pourtant en compte un sacré nombre), « Lounge Act », le cyclone d’électricité « tourette’s » (dont le titre était encore « The Eagle Has Landed »)… et jusqu’à l’hymne américain massacré gaiement en clôture du show, à la fin d’un « Territorial Pissings » furieux. Clin d’œil évident à l’autre guitariste gaucher de Seattle… Jimi Hendrix.

Pour ces quelques raisons et pour bien d’autres, voilà THE DVD à offrir et s’offrir. Un bijou.

Live at Reading, 2009, CD et DVD, Polydor/Universal

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Mikaël Faujour

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