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Neil Young, « Homegrown » :  le « lost album » de 1975 enfin retrouvé !

Neil Young, « Homegrown » :  le « lost album » de 1975 enfin retrouvé !

09 juillet 2020 | PAR Jean-Christophe Mary

A bientôt 75 ans, à l’heure où d’autres goûtent une retraite bien méritée, le rocker canadien sort de ses cartons Homegrown un album enregistré en en 1975 en hommage à son histoire d’amour avec la comédienne Carrie Snodgress L’album est resté inédit jusqu’à présent, atteignant un statut légendaire parmi les fans de Neil Young.

Au printemps 1975,  Neil Young prévoit de sortir quelques chansons composées entre l’automne 74 et le début de l’année 75. Le hic c’est que d’autres titres enregistrés  en 1973 attendent eux aussi d’être publiés. Ce sont ceux qui figureront sur l’album « Tonight’s the Night ». Indécis Neil Young réunit donc un cercle d’amis et de proches et leur joue simultanément les deux albums. Face à leur réaction, Neil Young optera de sortir les chansons de « Tonight’s the Night » et laissera dormir dans ses cartons les titres de « Homegrown » pendant… 45 ans. Si des titres « Star of Bethlehem » « Love Is a Rose » « , »Little Wing  » et » White Line sont apparus ici ou là  à différentes périodes sur d’autres albums de Neil Young, l’album Homegrown est lui composé de douze chansons de Neil Young, dont sept sont bel et bien inédites telles  «Separate Ways», «Try», «Mexico», «Kansas», «We Don’t Smoke It No More», «Vacancy» et «Floride»

Sous le coup d’une séparation douloureuse avec la comédienne Carrie Snodgress (dont le fils Zeke Young nait le 8 septembre 1972 atteint d’infirmité motrice cérébrale), Neil Young préféra mettre ses titres de côté. La douleur s’étant atténuée avec le temps, Neil Young peut enfin exhumer de ses archives personnelles ce « lost album ». Comme dans tout chagrin d’amour qui se respecte, le chanteur développe ici son blues entre pop candide et saveurs folk classique. On tourne les pages de son carnet de bord intime de l’époque où le spleen côtoie ce chagrin d’amour, petits bonheurs de la vie, mais aussi les angoisses, les doutes, et bien sûr l’inévitable rupture.

Enregistrées avec la complicité de Levon Helm et Karl T Himmel (batterie), Ben Keith – slide guitar), Tim Drummond (basse) et Stan Szelest (piano) les chansons sont toutes explicites, portées d’une voix douce mais étendue, une voix émotionnellement chargée, à commencer par ce « Separate Ways » entre music country et ballade folk avec cette basse mixée en avant, très présente . Les titres défilent entre nos oreilles avec le son d’une époque bien marquée celle des 70’s. Loin de la rugosité intense de « The Night de Tonight » et de la désolation effrayante de  » On The Beach », « Homegrown » nous renvoie à l’époque des productions folk de Laurel-Canyon. Du coup ce bel ensemble sonne plus folk, plus roots que l’album « Fleetwood Mac » de Fleetwood Mac et le « One of These Nights » des Eagles, deux albums aux productions plus léchées, sortis eux aussi la même année. Homegrown donne un aperçu de l’état d’esprit de Neil Young au milieu 70’s avec parfois des titres un peu bizarres comme ce « Florida » sorte de long monologue sur fond de bruitages étranges. Mais, on se retrouve vite en terrain connu avec des chansons qui nous semblent plus familières comme « Kansas » joué guitare voix et harmonica ou « We Don’t Smoke It No More » sorte de blues classique où piano et harmonica s’en donnent à coeur joie. En écoutant et réécoutant Homegrown, on a l’impression de découvrir de vieilles chansons inconnues , des chansons restées dans leur version originale, dans le jus de l’époque et qui nous semblent pourtant familières. On salue ici au passage le beau travail de restauration  de John Hanlon, Chris Bellman et Bernie Grundman.

Laissons à Neil Young  le mot de la fin: « Je m’excuse. Cet album Homegrown aurait dû être là pour vous quelques années après Harvest. C’est le côté triste d’une histoire d’amour. Les dégâts causés. Le chagrin d’amour. Je ne pouvais simplement pas l’écouter. Je voulais continuer. Alors je l’ai gardé pour moi, caché dans le coffre-fort, sur l’étagère, dans le fond de ma tête… mais j’aurais dû le partager. C’est vraiment beau. C’est pourquoi je l’ai fait en premier lieu. Parfois, la vie fait mal. Tu sais ce que je veux dire. C’est celui qui s’est échappé ».

Neil Young Homegrown (Wea), Reprise Records, sortie le 19 juin 2020.

Titres : Separate Ways, Try Mexico , Love Is A Rose, Homegrown,  Florida Kansas, We Don’t Smoke It No More,  White Line, Vacancy,  Little Wing Star of Bethlehem. 

visuel : couverture de l’album.

 

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