Musique
Musiques du monde : Trio Chemirani invite…

Musiques du monde : Trio Chemirani invite…

10 mai 2011 | PAR Vincent Brunelin

Quand le trio de percussions persanes convie six musiciens prestigieux le temps d’un album (Accords Croisés / Harmonia Mundi), cela donne une œuvre délicate où s’entrecroisent les sonorités orientales, africaines et cubaines. Porté par des rythmes et des mélodies hypnotiques, l’ensemble se révèle tout à la fois gracieux et virtuose.

La musique est une affaire de famille pour les Chemirani. Djamchid, père et maître ès percussions, accompagné de ses deux fils Keyvan et Bijan, compose ce trio de surdoués, interprètes inspirés des polyrythmies iraniennes. Une famille musicale se révèle aussi à travers cet album, fruit de la rencontre avec les six solistes venus des quatre coins du monde partager les notes et les sons. Si le disque donne lieu à de beaux échanges plus qu’à une réelle interpénétration des musiques, la magie opère sur la quasi totalité des titres grâce à la dextérité du trio et de ses invités, oscillant sans cesse entre frénésie et apaisement.

L’album s’ouvre sur les rythmes syncopés et inquiétants des zarbs, udus, dafs et autres bendirs (« Dar bâzé »). La formation démontre une incroyable variation de toucher sur ces instruments, capables de générer des combinaisons mélodiques surprenantes pour des percussions. Quand la kora mandingue du malien Ballaké Sissoko se joint au trio, le disque se fait plus lumineux et aérien (« Alou soroma », « Taama »), ou bien mélancolique (« Azadeh »). Le flux et reflux d’une vague sur « Flamenco mar » et le jazz joyeusement déstructuré de « La marelle » sont remarquablement servis par le piano aux sonorités andalouses du cubain Omar Sosa.

Prenant des atours orientaux, l’album nous entraîne progressivement vers des envolées hypnotiques et tourbillonnantes, magnifiées par la lyra de l’irlandais d’origine et crétois d’adoption Ross Daly (« Synkathistos », « Nokay »), la contrebasse de Renaud Garcia-Fons (« Oryssa ») et le bouzouki du génial touche-à-tout Titi Robin (« Yar Marâ »).
Le guitariste français Sylvain Luc tire aussi son épingle du jeu. Si sa participation sur « Dordaneh » manque un peu de relief, elle prend en revanche de l’ampleur sur l’envoûtant « Saadi », mêlée aux incantations poétiques de Djamchid Chemirani.
Au fil de ces quinze titres se dessine un disque instrumental de haute volée, porté par la grâce et la virtuosité des musiciens, sans jamais virer à la démonstration.


Trio Chemirani invite
(Accords Croisés – Harmonia Mundi), 2011


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L’intérieur et l’extérieur fusionnent en matière rouge ténêbre imaginée par Anish Kapoor
Vincent Brunelin

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